Faut-il interdire la vente de chaudières au mazout?

  • Non, c'est une erreur
  • Selon Willem Voets
  • Patron d'Informazout
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La fin de la vente des chaudières au mazout en 2035: c’est une des mesures prévues dans le Pacte énergétique approuvé par le Fédéral et les trois Régions. Une erreur, pour Willem Voets, general manager d’Informazout, qui estime que le politique doit fixer un cadre et permettre à toutes les technologies de tenter de répondre aux défis de la transition énergétique.

Le job de Willem Voets, qui représente les entreprises pétrolières et les importateurs ou grossistes en gazole de chauffage, n’est pas particulièrement facile, à l’heure actuelle… "Nos membres sont désormais conscients que leurs ventes vont baisser, assure-t-il. Ce qui n’empêche pas que le mazout a un rôle à jouer dans la transition énergétique."

Comment? D’abord, en remplaçant les chauffages au mazout trop anciens. "Pas moins de 40% du parc a plus de 15 ou 20 ans. En remplaçant ces vieilles chaudières par les chaudières au mazout les plus performantes, on peut réduire jusqu’à 30% la consommation et les émissions de CO2, et c’est tout à fait rentable", argumente Voets.

"On ne peut pas, non plus, demain, tous se chauffer au bois."

Systèmes hybrides

Deuxième étape, prévoit-il: développer les systèmes hybrides, qui combinent chaudière au mazout et pompe à chaleur ou boiler solaire. Et enfin, troisième phase, à plus longue échéance: développer des combustibles liquides durables.

Pour le dirigeant d’Informazout, décréter comme le fait le Pacte énergétique qu’en 2035, on ne pourra plus vendre de nouvelles chaudières au mazout, est une erreur.

"La Belgique serait un des premiers pays à le faire, et cela toucherait pas mal de consommateurs, surtout en Wallonie, où le réseau de gaz est moins développé et où les pompes à chaleur ne peuvent pas toujours être installées dans une maison existante. Et en plus, cela va diminuer l’intérêt de l’industrie pour améliorer les techniques de combustion ou pour développer la capture de CO2. Il est important de ne pas exclure de technologies à l’avance. Un monde 100% électrique, nous n’y croyons pas. On ne peut pas non plus, demain, se chauffer tous au bois. Plus vous mettez de technologies en concurrence, et plus vous avez les chances d’obtenir des résultats. Le politique peut fixer un cadre, avec des conditions à rencontrer, où les technologies qui ne parviennent pas à développer des solutions seront exclues."

1,7 million de ménages

En Belgique, sur un peu plus de 5 millions d’habitations, 1,7 million sont toujours chauffées au mazout. Et près de la moitié d’entre elles se situent en Wallonie. "Le mazout est la deuxième source de chauffage après le gaz, situe Willem Voets. Et 90% des habitations sont toujours chauffées aux énergies fossiles."

Ces dernières années, avec le développement des réseaux de gaz, le nombre de ménages qui se chauffent au mazout s’est tassé, surtout en Flandre. "Mais la diminution est très lente, elle est limitée à quelques pour-cent par an, remarque Willem Voets. Ce qui s’est passé, par contre, c’est que la consommation moyenne d’une maison chauffée au mazout a chuté, grâce notamment à l’isolation: elle est passée de 3.600 litres en 1990 à 2.500 litres en 2015."

Son souhait? Engager un véritable débat avec le politique, en proposant par exemple un engagement d’Informazout pour convaincre les consommateurs d’opter pour des systèmes plus efficaces. "Le Pacte énergétique n’est pas encore traduit en texte de loi. Nous espérons donc encore nous faire entendre. Une chaudière est remplacée au mieux tous les 20 ans, en moyenne. Des installations des années 60 sont toujours en service. Nous pouvons accélérer la transition énergétique en les remplaçant par des appareils plus performants et les combiner avec des systèmes durables."

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