"Il n'y aura à terme que trois fournisseurs d'énergie en Belgique"

©Dieter Telemans

Les anciens clients d'Eni seront désormais servis sous la marque Eneco. Christophe Degrez, le patron d'Eneco Belgique, estime qu'une consolidation du marché doit encore avoir lieu et qu'à terme il n'y aura plus que trois fournisseurs d'énergie dans le pays.

Cette semaine, 598.000 courriers partent du siège d’Eneco Belgique vers les anciens clients d’Eni, pour les avertir qu’ils seront désormais servis sous la marque Eneco. L’aboutissement d’un processus entamé il y a plus d’un an, qui a entraîné le départ d’une quarantaine de personnes d’Eni, qui ne souhaitaient pas déménager de Vilvorde à Malines, et qui a nécessité une intégration des services commerciaux et des plateformes informatiques.

"Mais tout ne fait que commencer", estime Christophe Degrez, le patron d’Eneco Belgique. C’est en effet parce qu’il est convaincu qu’une consolidation du marché doit encore avoir lieu qu’il a repris un fournisseur trois fois plus grand que lui, même si l’activité de fourniture d’énergie n’est plus guère rémunératrice.

"À terme, je suis persuadé qu’il n’y aura place que pour trois fournisseurs en Belgique. La complexité à gérer est telle, avec trois réglementations régionales et un modèle de marché où l’électricité ne représente plus que 23 à 30% de la facture mais où le fournisseur supporte tous les risques, notamment de non-paiement, qu’il faut avoir une taille suffisante pour développer de nouveaux produits ou de nouveaux services."

"Les fournisseurs vont devoir transformer leur business model. C’est pour cela que nous allons regarder chaque opportunité de croissance interne ou externe, qu’elle soit dans le solaire, l’éolien ou du côté des portefeuilles de clients, et continuer à nous réinventer en permanence."
Christophe Degrez
patron d'Eneco Belgique

Pour le patron d’Eneco, survivre rien qu’en vendant du gaz ou de l’électricité va devenir impossible. "Les fournisseurs vont devoir transformer leur business model. C’est pour cela que nous allons regarder chaque opportunité de croissance interne ou externe, qu’elle soit dans le solaire, l’éolien ou du côté des portefeuilles de clients, et continuer à nous réinventer en permanence."

100% durable

Pour se différencier, Christophe Degrez se fait fort de pouvoir continuer à se profiler comme une entreprise 100% durable, même si le rachat d’Eni ne lui permet plus de tenir sa promesse de couvrir l’entièreté de la consommation de ses clients par de l’électricité verte, locale, et produite par ses propres installations, comme c’était le cas auparavant. "D’ici 2025, nous voulons à nouveau tenir cette promesse audacieuse. La mise en service du parc éolien en mer Norther en 2019, dont nous recevrons la moitié de la production d’électricité, va nous y aider. Mais nous allons devoir investir bien davantage. Nous sommes décidés à nous faire une place dans la nouvelle zone que le secrétaire d’État Philippe De Backer veut développer en mer du Nord. Nous pensons aussi qu’il y a encore suffisamment d’endroits le long des autoroutes ou des chemins de fer où mettre des éoliennes. Et nous pensons que le solaire ne doit pas seulement se développer sur les toits de particuliers qui ont les fonds nécessaires: nous voulons donc transposer au photovoltaïque le modèle participatif que nous avons développé dans l’éolien." Un avenir qui ne sera pas remis en cause, estime Christophe Degrez, par le futur propriétaire de sa maison mère, le groupe néerlandais Eneco, quel qu’il soit.

"Nous allons lancer un pilote qui permettra à nos clients de mettre à disposition du marché, contre rémunération, la capacité de stockage de leurs batteries, qu’elles soient sur roues ou dans la maison."
Christophe Degrez
patron d'Eneco Belgique

L’autre cheval de bataille du patron d’Eneco, qui ne peut cacher son passé d’homme de marketing? La satisfaction du client, avec le développement de nouveaux services. Même si Eneco, qui a été le premier à commercialiser les batteries Powerwall de Tesla en Belgique, n’a vendu que 200 batteries, il veut devenir le "régisseur" de la maison de ses clients. "Nous allons lancer un pilote qui permettra à nos clients de mettre à disposition du marché, contre rémunération, la capacité de stockage de leurs batteries, qu’elles soient sur roues ou dans la maison."

L’intégration d’Eni amène toutefois Eneco à faire quelques entorses aux principes qu’il avait adoptés jusqu’ici. Ainsi, s’il a toujours privilégié le fait d’avoir son propre service clientèle en interne, Eni avait lui des ‘call centers’ externalisés. "Nous avons pris la décision de garder le service clientèle en interne, mais comme nous avons besoin de capacités, nous avons modifié les contrats d’une partie des collaborateurs de ces centres externalisés, qui se trouvent à Maastricht et à Tunis. Ils ne travaillent plus que pour nous, suivent la même formation et les mêmes instructions que nos ‘champions’, qui ont pour mission de résoudre les problèmes des clients en un seul appel téléphonique", explique Christophe Degrez.

Eneco, qui contrairement à Eni, ne pratiquait pas le porte-à-porte, va conserver ce canal de vente, malgré sa mauvaise réputation. "Mais nous avons beaucoup investi pour que les ventes se fassent correctement, avec un vrai service aux clients. La mobilité est très basse dans le secteur: sur 500.000 switches annuels, 300.000 se font via des groupements d’achat, qui touchent toujours les mêmes clients. Nous voulons garder ce canal de vente pour aller réveiller les clients d’Electrabel et d’EDF Luminus."

Eneco Belgique

Eneco Belgique, quicomptait 300.000 contrats d’électricité et de gaz, pour environ 190.000 clients, a quasiment multiplié son portefeuille par quatre en rachetant Eni Belgique et ses 850.000 contrats avec un peu moins de 600.000 clients. Il est désormais numéro trois en Belgique, et numéro quatre en Wallonie.

650 personnes travaillent aujourd’hui pour Eneco Belgique, dont 400 environ sur le ‘payroll’. Parmi le personnel propre, les syndicats chiffrent les départs volontaires à une quarantaine.

Côté renouvelables, Eneco Belgique dispose aujourd’hui de 91 éoliennes onshore et de 63,5 MW en production solaire. Il détient aussi 25% du parc éolien en mer Norther, en construction.

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