interview

"Je veux que Johnny Thijs puisse incarner Electrabel" (Isabelle Kocher, Engie)

©jonas lampens

Jeudi matin, 10 heures. Isabelle Kocher nous reçoit à la tour Engie, à Bruxelles, juste avant l’assemblée générale qui a désigné Johnny Thijs et Étienne Denoël administrateurs externes et le conseil d’administration qui a nommé l’ex-patron de bpost président d’Electrabel. La directrice générale du groupe Engie, elle, s’efface du conseil de sa filiale belge à 100%. "Je veux que Johnny Thijs puisse vraiment prendre toute sa place, qu’il incarne Electrabel", justifie Isabelle Kocher.

Le rôle de ces deux extérieurs? Apporter un regard neuf sur la stratégie d’Engie en Belgique, et renforcer le dialogue avec les autorités politiques. "Il y a une vraie décision d’ouvrir le conseil d’Electrabel, composé jusqu’ici uniquement d’administrateurs internes, souligne la patronne d’Engie. Nous voulons être le plus ouverts possible vers l’extérieur, et renforcer le rôle d’Electrabel dans la transition énergétique en Belgique."

Cette réforme de la gouvernance, Isabelle Kocher y travaille depuis un an, nous confie-t-elle. "Il fallait un tandem avec des personnalités emblématiques, réputées à la fois pour leur expérience industrielle, leur bon sens, leur capacité à porter un regard large qui fasse autorité."

"Je suis aussi en train de proposer de faire entrer des administrateurs indépendants chez Synatom, le fonds dédié aux provisions nucléaires."

Le premier contact avec Johnny Thijs remonte à début 2019. "Nous avons pris le temps d’apprendre à nous connaître, je lui ai expliqué combien Engie avait un rôle particulier à jouer en Belgique. Nous avons vérifié que nous avions la même vision de ce qu’est une entreprise qui n’est pas là seulement pour rémunérer ses actionnaires, mais aussi pour avoir un impact positif sur la société. Et j’ai trouvé quelqu’un de disponible, avec une très grande capacité d’écoute et une vraie curiosité. Il a rencontré les équipes, il a eu beaucoup de talent pour faire comprendre ce que serait sa valeur ajoutée, qui est parfaitement complémentaire à celle de Philippe Van Troeye, le CEO d’Electrabel, qui fait un travail remarquable. Et Johnny avait beaucoup travaillé avec Étienne Denoël, ancien patron de McKinsey en Belgique, qui a accompagné bpost à plusieurs reprises. Ces deux personnalités très complémentaires ont exprimé le désir de travailler ensemble. Et il se trouve que le nom d’Étienne Denoël, je l’avais eu aussi par ailleurs. Les planètes se sont donc alignées."

À quel point la Belgique est-elle importante pour Engie?
La Belgique est un pays très important pour nous. Nous y sommes surtout connus pour le nucléaire, mais nous comptons 17.000 collaborateurs, dont les deux tiers travaillent dans les services, et donc dans l’efficacité énergétique: ils sont présents dans les entreprises, et remplacent les systèmes de chaud, de froid, d’éclairage ou de recharge électrique. C’est très important, parce que pour rendre la transition énergétique abordable, il faut d’abord baisser les volumes d’énergie consommés. Si on ne fait "que" remplacer l’électricité carbonée par de l’électricité non carbonée, les factures vont continuer à augmenter.

"La mission de Johnny Thijs et d’Étienne Denoël est de nous apporter un regard neuf sur nos enjeux."

Mais les changements de gouvernance concernent Electrabel, pas les services?
La mission de Johnny Thijs et d’Étienne Denoël est de nous apporter un regard neuf sur nos enjeux. Johnny Thijs est un industriel reconnu, qui a démontré qu’il savait mener une transformation profonde et dans la durée. Étienne Denoël, ingénieur de formation, a passé 31 ans chez McKinsey, et est spécialisé dans le conseil aux entreprises. En plus, sa passion pour l’enseignement et la formation va nous aider à recruter les collaborateurs dont nous avons besoin, et à élever leurs compétences. Cela fait déjà six mois que ces deux personnalités planchent sur les prochaines étapes pour la Belgique.

Quelles sont ces étapes?
Electrabel a un rôle absolument fondamental à jouer, dans le sillage de son rôle historique dans le domaine de la production d’énergie. Electrabel est le premier producteur d’énergie renouvelable en Belgique, Engie joue aussi un rôle important dans les services, sur les sujets d’efficacité énergétique, mais aussi dans le transport. Il va falloir poursuivre ces développements, avec d’un côté l’efficacité énergétique, et de l’autre, la capacité à alimenter nos clients en énergie complètement verte.

"Il y a une vraie décision d’ouvrir le conseil d’Electrabel, composé jusqu’ici uniquement d’administrateurs internes."

Mais cela, vous en étiez déjà convaincue avant. Il n’y a pas beaucoup d’accents nouveaux?
Oui, mais il faut accélérer. Il y a un gisement considérable dans le logement. En Belgique, huit bâtiments sur dix datent d’avant 1985. La mobilité est un autre très grand champ de réformes, pour la réduction des émissions de CO2, mais aussi du bruit, de la pollution et du temps perdu. Nous voulons aussi accélérer le développement du renouvelable, où nous sommes déjà l’opérateur de près de 700 MW en Belgique. En Belgique, il y a aussi une grande proportion d’entreprises grosses consommatrices d’énergie, que nous aidons à baisser leur consommation et à se fournir en électricité verte, traçable, correspondant à leur profil de consommation, avec des solutions sur mesure que nous finançons nous-mêmes. Et l’énergie, nous la vendons comme un service – un peu comme Uber vend des déplacements, et non des voitures.

Johnny Thijs et Étienne Denoël vont-ils aussi réfléchir à la structure d’Electrabel? On sait que le groupe a nourri plusieurs plans d’ouverture du capital à des acteurs locaux…
Non. Ce dont je vous parle est industriel. Leur valeur ajoutée va être d’apporter leur regard neuf pour vraiment identifier la meilleure façon de faire tout ce que je viens de dire le plus vite possible. Et cette volonté d’ouvrir la gouvernance sur l’extérieur, pour avoir la meilleure sensibilité possible sur ce dont les parties prenantes ont besoin, est une démarche plus large, puisque je suis en train de proposer d’ouvrir aussi la gouvernance de Synatom, le fonds dédié aux provisions nucléaires, qui accueillera aussi des administrateurs indépendants.

"Sur l’efficacité énergétique et la capacité à alimenter nos clients en énergie complètement verte, il faut accélérer."

Les deux hommes vont-ils aussi être associés aux négociations sur les provisions nucléaires et sur la prolongation du nucléaire?
Bien sûr!

Avez-vous des nouvelles de la Commission des provisions nucléaires, qui doit décider en fin d’année si vous devez constituer des provisions supplémentaires?
Ces discussions sont en cours, elles se déroulent entre Synatom et la Commission des provisions nucléaires, mais bien évidemment, Electrabel et donc désormais Johnny Thijs sont très présents sur ce dossier. Cela fait absolument partie de ses missions de veiller à ce qu’il soit bien compris en permanence qu’Electrabel et derrière elle le groupe Engie fait face à toutes ses responsabilités.

De même, sur le dossier non encore ouvert d’un éventuel prolongement de certains réacteurs nucléaires, Johnny Thijs jouera un rôle très important. Ce n’est pas notre rôle de déterminer la stratégie énergétique du pays. Nous sommes un acteur industriel au service d’une politique énergétique. Mais nous avons besoin de clarté le plus rapidement possible. Parce que s’il n’y a pas prolongement, il faut prévoir le back-up à temps: les premières centrales s’arrêtent en 2022. Et s’il y a prolongement, il y a urgence: sur les premières prolongations, nous avons dû faire 1,3 milliard d’investissements, c’est un chantier considérable!

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