L'ULg trouve un partenaire au Texas pour mieux valoriser la biomasse

Les chercheurs de Gembloux se focalisent sur les propriétés de conduction de la lignine, un composant du bois. ©Biosphoto

Agro-Bio Tech et l’université Texas A&M s’unissent pour chercher ensemble une valorisation non-énergétique de la biomasse. À Gembloux, on se focalise sur l’extraction d’une molécule à haute conduction électrique.

Qui dit biomasse dit chaudières à pellets ou production de gaz ou d’électricité à partir des déchets de matières organiques et ménagères. Chez Agro-Bio Tech, l’unité d’agrochimie de l’Université de Liège basée à Gembloux, on a choisi de chercher ailleurs des sources de valorisation de la biomasse. "En Wallonie, on ne voit que l’énergie, mais il y a d’autres possibilités, comme par exemple la conversion industrielle", souligne Eric Haubruge, vice-recteur de l’ULg.

Depuis quelques années, les chercheurs d’Agro-Bio Tech se focalisent donc sur le recyclage de la biomasse en matériaux à haute valeur ajoutée. Ils ciblent en particulier la lignine, une molécule brune que l’on retrouve notamment dans le bois et qui assure la rigidité des végétaux. L’idée, c’est d’en faire un superconducteur d’électricité.

"On pourrait produire des molécules à très haute valeur ajoutée susceptibles de remplacer certains métaux dans l’électronique."
Aurore Richel
Directrice de laboratoire à Gembloux Agro-Bio Tech

"Un de nos doctorants a découvert que la lignine, une fois extraite et modifiée, peut avoir des propriétés électriques intéressantes. On pourrait alors produire des molécules à très haute valeur ajoutée susceptibles de remplacer certains métaux dans l’électronique", explique Aurore Richel, directrice du laboratoire de chimie biologique industrielle de Gembloux Agro-Bio Tech.

"Nous étudions aussi la possibilité d’utiliser cette biomasse pour des additifs, comme par exemple des antioxydants qui empêchent les plastiques de jaunir, une application qui pourrait aussi être utilisée dans des produits cosmétiques", ajoute-t-elle.

Heureuse coïncidence, l’université Texas A&M, liée depuis 2009 à un partenariat avec l’Agence wallonne à l’exportation (Awex), travaille sur la biomasse avec le même but: la valoriser au maximum. Si les chercheurs texans se focalisent sur la production de fibre de carbone, leurs homologues wallons se concentrent sur la conduction électrique.

Les chercheurs des deux universités ont décidé d’unir leurs efforts, l’objectif étant de créer un laboratoire international virtuel ouvert à d’autres partenaires potentiels et qui se consacrerait à la valorisation de la biomasse. Celui-ci devrait s’ouvrir au début de l’an prochain, pour être pleinement opérationnel à la rentrée académique 2018-2019.

Application industrielle

Les scientifiques belges et américains en sont encore au stade de la recherche fondamentale, mais une partie de leurs travaux est déjà assez avancée pour permettre d’envisager une application industrielle.

"Avec Texas A&M, nous nous donnons deux ans pour finaliser un projet concret", précise Aurore Richel. Celui-ci pourrait prendre la forme d’une spin-off commune, qui permettrait au partenaire texan d’être éligible à l’obtention d’aides européennes à la recherche et à l’ULg de bénéficier des aides américaines. Mais ce ne sera pas pour tout de suite. Il s’agira au préalable de lever l’obstacle de la propriété intellectuelle. "À ce stade, nous sommes propriétaires du savoir-faire en matière de molécules électriques à partir de lignine, Texas A&M restant propriétaire des fibres de carbone obtenues à partir de ce matériau", dit le Pr Richel. Chaque partenaire devra ensuite déclarer son savoir-faire existant pour pouvoir partager les futurs revenus commerciaux, avant une concertation pour déterminer qui fait quoi.

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