analyse

L'énergéticien Eneco se retrouve dans des mains japonaises

Le groupe néerlandais Eneco est très présent sur le marché belge, avec notamment un parc éolien au large de la cote ostendaise. ©AFP

Le numéro 3 de l'énergie en Belgique a été repris pour 4,1 milliards d'euros par les sociétés japonaises Mitsubishi Corporation et Chubu.

Alors que la banque néerlandaise Rabobank et le géant du pétrole et du gaz Shell étaient présentés comme favoris, c’est finalement un consortium japonais qui remporte la mise. Le groupe industriel japonais Mitsubishi Corporation et son compatriote, le fournisseur d’énergie Chubu, mettent ensemble 4,1 milliards d’euros sur la table pour s’offrir le groupe néerlandais Eneco. Mistubishi détiendra 80% du capital, le solde sera aux mains de Chubu.

Le produit de la vente se retrouvera sur le compte de 44 communes néerlandaises aujourd’hui propriétaires d’Eneco. Rotterdam, La Haye, Dordrecht & co. cherchaient depuis longtemps un repreneur. Dimanche, Eneco a fait savoir dans un communiqué que le consortium dirigé par Mitsubishi avait fait la meilleure offre, y compris pour les collaborateurs.

Ruud Sondag, CEOdu groupe Eneco, et Hiroshi Sakuma, conseiller du CEO de Mitsubishi, exposent l’accord au QG d’Eneco, à Rotterdam.

Suite à cette déconvenue, Shell devra revoir sa stratégie. À l’horizon de dix ans, le géant pétrolier britannico-néerlandais souhaite en effet se transformer en un acteur important du secteur de l’électricité. En association avec le fonds de pension néerlandais PGGM, il voulait racheter Eneco pour se donner une image plus verte. Rabobank, associée au spécialiste du Private Equity KKR, a également raté le coche.

Avec Mitsubishi et Chubu, Eneco se retrouve aux mains de deux riches entreprises qui souhaitent renforcer leur présence en Europe. Mitsubishi est un conglomérat japonais d’une valeur boursière de 38 milliards d’euros, actif à l’international dans des domaines aussi variés que l’automobile, le secteur alimentaire, l’industrie minière et la pétrochimie. Chubu est le troisième plus grand fournisseur d’énergie au Japon et a pour ambition d’accumuler de l’expérience dans les énergies renouvelables grâce à son expansion internationale.

400 MW dans l’éolien en mer

"En principe, la reprise ne devrait avoir aucun impact pour les clients et les collaborateurs en Belgique."
Mark Van Hamme
Porte-parole d’Eneco Belgique

Eneco et Mitsubishi se connaissent bien. Les entreprises travaillent ensemble depuis 2012 à la construction de parcs éoliens en mer aux Pays-Bas (Luchterduinen, Borssele 3 et Borssele 4) et ont installé en Allemagne un des plus grands sites européens de fabrication de batteries. En Belgique, ils ont construit ensemble le parc éolien offshore Norther. Elicio en détient 50%, Eneco et la filiale de Mitsubishi Diamond Generating Europe (DGE) se partageant les 50% restants. Suite à la reprise, les deux entreprises comptent fusionner ces participations dans l’éolien en mer. Au total, Eneco serait doté d’une capacité de plus de 400 mégawatts, et devrait devenir le centre névralgique des activités énergétiques de Mitsubishi en Europe.

Les communes néerlandaises disposent de 40 jours ouvrables pour accepter ou rejeter l’offre du consortium japonais. Au moins 75% des actions doivent approuver l’offre pour qu’elle puisse avoir lieu. A priori, cela ne devrait pas poser problème. Le conseil d’administration et une commission représentant les actionnaires soutiennent les projets de Mitsubishi. De plus, les communes souhaitaient elles-mêmes vendre Eneco. Elles avaient misé sur un prix de 2 à 4 milliards d’euros, avec comme montant le plus souvent cité une valorisation à 3 milliards d’euros. Le consortium japonais y ajoute donc plus de 1 milliard d’euros.

En outre, Mitsubishi et Chubu se sont engagés à préserver l’emploi et les conditions de travail chez Eneco, un élément important pour les communes. Le siège social restera à Rotterdam, les différentes marques d’Eneco seront conservées et 1 milliard d’euros seront investis dans les énergies renouvelables au cours des cinq prochaines années aux Pays-Bas, en Allemagne et en Belgique.

Cette transaction ne devrait avoir aucune conséquence en Belgique. Eneco est le numéro trois dans notre pays, avec 1 million de connexions chez les particuliers et 55.000 clients professionnels. "En principe, la reprise ne devrait avoir aucun impact pour les clients et les collaborateurs", affirme Mark Van Hamme, porte-parole d’Eneco Belgique.

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