L'hydrogène dans les starting-blocks en Wallonie

©BELGA

Les premiers projets hydrogène s’annoncent en Wallonie. L’opportunité pour une série d’acteurs de se positionner sur cette filière et de former un écosystème solide, dit le cluster Tweed.

L’entreprise d’ingénierie CMI a annoncé début juillet qu’elle s’associait à Liege Airport pour plancher sur une installation de production d’hydrogène susceptible d’alimenter la flotte de véhicules de l’aéroport, mais aussi peut-être les navettes qui assureront la connexion avec Liège-Guillemins ou les acteurs de la logistique installés autour de l’aéroport.

L’énergéticien Engie, lui, est engagé dans plusieurs projets d’utilisation d’hydrogène en matière de mobilité. "Nous avons aussi déposé les demandes de permis pour un projet de biogaz à partir de résidus agricoles à Leuze-en-Hainaut. Et il pourrait utiliser du photovoltaïque local qui ne serait plus absorbé par le réseau pour produire de l’hydrogène. Cet hydrogène, combiné au CO2 produit par la bio méthanisation, permet d’augmenter la quantité de biogaz produit", explique Michaël De Koster, responsable business development et innovation chez Engie. Le groupe étudie aussi la possibilité, à Zeebruges et aux Pays-Bas, de produire de l’hydrogène à partir de l’éolien en mer pour diminuer les coûts de développement du réseau électrique.

6 euros/kilo
L’hydrogène vert, qui peut être vendu de manière rentable à 6 euros le kilo, est aujourd’hui grosso modo à parité avec le diesel, selon Joris Proost, professeur à l’UCLouvain.

Son concurrent EDF Luminus, lui, n’a pas encore de projets concrets en la matière, mais aide depuis la Belgique le groupe EDF à décarboner la mobilité et l’industrie grâce à l’hydrogène. Quant à la Région wallonne, elle a prévu dans son plan d’investissement 50 millions d’euros pour un appel à projets public-privé dans le domaine de l’hydrogène, qui devrait être lancé début 2019.

"On n’en est qu’aux débuts, mais grâce à ces projets, toute une série d’acteurs qui ont des compétences, comme de gros bureaux d’études ou des spécialistes de l’électronique de puissance, vont pouvoir se positionner sur cette nouvelle filière et former un écosystème solide en Wallonie", affirme Cédric Brüll, directeur du cluster Tweed, qui rassemble 120 entreprises actives dans les énergies renouvelables et l’efficacité énergétique en Wallonie et à Bruxelles.

Avec le soutien de la Région wallonne, le cluster vient de dresser la roadmap de l’hydrogène pour la Wallonie. Jusqu’ici, l’hydrogène est surtout produit à partir d’énergies fossiles pour être utilisé comme intrant dans des processus industriels spécifiques, comme la fabrication d’engrais, le raffinage de produits pétroliers, l’industrie verrière ou la métallurgie. Il sert aussi de carburant dans le domaine spatial. Mais avec les énormes défis de la transition énergétique, l’hydrogène issu de l’électrolyse de l’eau apparaît comme un vecteur énergétique d’avenir, confirme l’étude.

Son développement devrait toutefois être plus rapide dans les pays où il est possible de produire du photovoltaïque au plus faible coût, selon Engie. "Entre 2030 et 2050, nous nous attendons à voir le développement de hubs d’hydrogène dans certaines parties des Etats-Unis ou en Australie, explique Michaël De Koster. Il y aura toutefois aussi la place, même au niveau belge, pour des initiatives qui permettent d’optimiser les réseaux électriques."

Les grands avantages de l’hydrogène? Il permet une meilleure intégration des énergies renouvelables. Les surplus d’électricité peuvent en effet être transformés en hydrogène, utilisé ensuite comme tel, injecté dans le réseau de gaz ou retransformé en électricité. Avec l’énorme avantage d’offrir la possibilité de faire du stockage intersaisonnier.

Il y a toutefois un certain nombre de défis à relever, comme la diminution des coûts, la disponibilité de certains matériaux et l’amélioration des rendements, qui varient fortement d’une technologie à l’autre.

"L’hydrogène vert, qui peut être vendu de manière rentable à 6 euros le kilo, est aujourd’hui grosso modo à parité avec le diesel, analyse Joris Proost, professeur à l’UCLouvain. Pour remplacer l’hydrogène noir produit à base d’énergies fossiles pour l’industrie dans le port d’Anvers ou de Rotterdam, il faudrait par contre qu’il tombe à 2 euros le kilo. On n’en est pas là!"

"Ce que nous voyons, c’est qu’en 2030, malgré un scénario de développement limité de l’hydrogène, les besoins en électricité représentent la quasi-totalité de la production d’électricité renouvelable en 2017, hors éolien offshore", explique Cédric Brüll. Et cela, en tablant sur la conversion à l’hydrogène de 2% des voitures et des camions seulement, 10% des bus, et d’une très petite partie de l’industrie. "C’est dire s’il faut continuer à développer les renouvelables", plaide Cédric Brüll.

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