La concurrence pèse sur les énergéticiens belges

Selon une étude menée par Arthur D. Little, les fournisseurs belges d'énergie "sont confrontés à des coûts plus élevés pour attirer des clients, mais aussi pour les garder." ©Dieter Telemans

Les grands fournisseurs belges d'énergie sont à la peine. Pour garder, voire conquérir des clients, ils doivent ouvrir le portefeuille, mais au fil des ans, ces investissements se muent en pertes.

En Belgique, de plus en plus de consommateurs se tournent vers les sociétés énergétiques bon marché. Pour rester dans la course, les sociétés traditionnelles doivent donc pourvoir à des coûts supplémentaires. Pour chaque chiffre d'affaires de 100 euros, elles affichaient, en 2018, une perte opérationnelle moyenne de 9,80 euros. Telle est la conclusion de l'étude menée par Arthur D. Little, consultant sur le marché énergétique belge. 

"Les fournisseurs sont confrontés à des coûts plus élevés pour attirer des clients, mais aussi pour les garder."
Florence Carlot
Arthur D. Little

Néanmoins, ces chiffres négatifs donnent une image quelque peu tronquée. Fin 2018, Engie Electrabel était confronté à la fermeture de six de ses sept réacteurs nucléaires. Il était question de maintenance pour certaines, de défauts à corriger pour d'autres. Cette situation a eu un impact sur le groupe qui a vu son résultat d'exploitation tomber dans le rouge à -1,5 milliard d'euros. La situation du numéro deux, Luminus, n'était guère plus florissante compte tenu des participations de l'entreprise dans quatre centrales nucléaires. 

Un client moins fidèle

Tous les acteurs ne peuvent toutefois pas se cacher derrière cette crise du nucléaire. L'étude montre en effet que les plus grands acteurs du pays sont dans le rouge pour la quatrième année consécutive, là où, dans d'autres pays, les bénéfices pleuvent. La marge moyenne d'exploitation des acteurs belges s'affiche sous zéro depuis 2015. 

150
euros
Pour attirer un client, les entreprises déboursent souvent 150 euros ou plus en publicités, promotions, réductions...

"Cette tendance baissière de la rentabilité est étroitement liée au portefeuille clients", explique Florence Carlot, spécialiste de l'énergie chez Arthur D. Little. "De plus en plus de consommateurs changent de fournisseur. Cette tendance est encore plus prononcée en Belgique que dans les autres pays européens. Cela signifie que les fournisseurs sont confrontés à des coûts plus élevés pour attirer des clients, mais aussi pour les garder."

Pour attirer un client, les entreprises déboursent souvent 150 euros ou plus en publicités, promotions, réductions... Si le client opte après un an pour un autre fournisseur d'énergie, cet investissement ne sera pas récupéré. 

L'époque des clients fidèles, sans révision des contrats, est bel et bien révolue. Il faut dire aussi que l'offre de comparateurs de prix a évolué permettant aux consommateurs de trouver des contrats d'énergie moins chers. 

Une structure de coût plus lourde

Par ailleurs, les acteurs établis en Belgique, comme Engie Electrabel, Luminus, Eneco ou Lampiris, ont souvent une structure de coûts plus lourde

"Les fournisseurs d'énergie procèdent à de gros investissements pour exploiter de nouvelles sources de revenus, ce qui ne fera que peser sur la rentabilité."
Florence Carlot

"L'efficacité opérationnelle peut être améliorée", explique Florence Carlot. "Cinq appels téléphoniques au service client sont parfois nécessaires pour organiser un changement de fournisseur. Cela entraîne naturellement des coûts. Les fournisseurs traditionnels ont ces cinq dernières années renforcé leur service client pour des revenus stables. L'infrastructure et les logiciels sont obsolètes, mais les investissements dans la numérisation sont lourds. Les nouveaux joueurs sont, eux, beaucoup plus efficaces. Ils peuvent partir d'une feuille blanche pour créer des systèmes de vente qui nécessitent moins de personnel."

La Belgique vs le reste de l'Europe

Comparée aux autres marchés européens, la Belgique va particulièrement mal. Et la situation ne semble guère s'améliorer. "Nous ne nous attendons pas à une amélioration drastique de nos marges bénéficiaires. Les fournisseurs d'énergie procèdent à de gros investissements pour exploiter de nouvelles sources de revenus, ce qui ne fera que peser sur la rentabilité."

Les énergéticiens tentent en effet de trouver, dans notre pays, une alternative à l'approvisionnement de gaz et d'électricité qui ne rapportent plus autant qu'avant. Luminus a ainsi repris la société de services ATS; Engie a intégré un fournisseur de bornes de recharge électrique EVBox.

Lire également

Publicité
Publicité

Messages sponsorisés