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La fin du soutien au renouvelable: on en parle en Wallonie

©Photo News

Au menu des discussions de la task-force certificats verts présidée par Damien Ernst: la suppression totale des certificats verts pour toutes les nouvelles installations renouvelables.

La deuxième réunion de la task-force mise sur pied par Jean-Luc Crucke (MR), ministre wallon de l’Énergie, pour tenter de régler la bulle des certificats verts a été fort électrique, apprend L’Echo, malgré les règles de confidentialité qui ont été fixées. C’est que les propositions qui sont sur la table sont plutôt radicales.

La plus importante d’entre elles? La suppression pure et simple de l’attribution de certificats verts à toutes les nouvelles installations d’électricité renouvelable, qu’il s’agisse d’éolien, de photovoltaïque industriel, de biomasse, d’hydraulique ou de cogénération. Depuis 2014, les petites installations photovoltaïques, elles, ne bénéficient déjà plus de ces certificats verts, mais d’un système de primes, Qualiwatt (lire ci-dessous).

Cette proposition de mettre fin aux certificats verts est, on s’en doute, loin de faire l’unanimité parmi les experts réunis dans ce groupe de travail – au rang desquels figurent un représentant de la Febeg, pour les entreprises électriques et gazières, et la secrétaire générale d’Edora, la fédération des entreprises actives dans les énergies renouvelables.

Le problème auquel fait face la task-force est de taille, et il sera difficile à résoudre sans mesures douloureuses.

Tout le monde est d’accord pour remettre le système à plat et tenter de trouver une solution à long terme à ce dossier qui empoisonne la vie des gouvernements wallons depuis 2011. Mais une fois que la discussion passe des principes aux solutions concrètes, les intérêts des uns et des autres ne sont plus forcément aussi convergents…

Pour certains, une mise à mort du système de certificats verts va signifier le coup d’arrêt pour les investissements dans les parcs éoliens en Wallonie, avec le risque pour la Région de ne plus parvenir à atteindre ses objectifs européens en matière de climat et d’énergie.

D’autres rétorquent que pour 2020, ces objectifs sont déjà quasiment atteints, et ils affirment que les parcs éoliens onshore dégagent désormais des taux de rentabilité d’au moins 10%, ce qui intenable.

Le problème auquel fait face la task-force certificats verts est de taille, et il sera difficile à résoudre sans mesures douloureuses.

Un énorme déséquilibre

Jean-Luc Crucke, qui a pris ses fonctions comme ministre wallon de l’Énergie en juillet dernier, chiffre "au bas mot" la bulle photovoltaïque à 2 milliards d’euros – un montant qui comprend notamment le retour à un temps d’octroi des certificats verts de 15 ans pour les installations Solwatt – une promesse de campagne du MR.

Même sans repasser de 10 à 15 ans pour Solwatt, il reste encore plus de 600 millions d’euros de certificats verts qui ne trouveront pas preneur via le système de quotas actuellement imposé aux fournisseurs d’électricité, et qui ne pourront pas non plus être rachetés par Elia au prix garanti de 65 euros par MWh, si le montant de la surcharge supportée par les consommateurs n’est pas revu à la hausse. Une hausse des tarifs que les précédents ministres avaient évitée comme la peste.

Cela n’a pas empêché Damien Ernst, le président de la task-force, de mettre également sur la table la piste d’une augmentation de la facture d’électricité, pour accélérer le moment où le système reviendra à l’équilibre — on parle de 2022 au lieu de 2025. Cela au prix d’un alourdissement de la facture de près de 10 euros par MWh, soit 35 euros par an et par ménage.

Et une fois la dette du passé épongée, les moyens ainsi dégagés alimenteraient un fonds de transition énergétique qui soutiendrait notamment l’investissement dans l’isolation des bâtiments publics.

Le système de primes Qualiwatt aussi remis en question

Le système de primes Qualiwatt, mis en place en 2014 pour soutenir les petites installations photovoltaïques en Wallonie, tout en évitant de nouveaux dérapages, ne fait pas partie du périmètre de travail de la task-force présidée par Damien Ernst.

Mais le ministre de l’Énergie Jean-Luc Crucke n’a pas caché son intention d’y mettre fin rapidement. Il a demandé à la Cwape, le régulateur wallon du secteur de l’énergie, un avis sur la suppression de ce système en juin 2019 pour les nouvelles installations.

L’avis de la Cwape, publié le 6 décembre, montre que le photovoltaïque est de plus en plus rentable sans subsides. La prime annuelle prévue, durant cinq ans, pour les installations qui seront opérationnelles au premier semestre 2018 sera de 624 euros inférieure à celle qui avait été attribuée aux installations mises en service au premier semestre 2014.

Deux critères ont en fait été fixés par le gouvernement wallon de l’époque: Qualiwatt doit assurer un temps de retour sur investissement de huit ans, et un taux de rentabilité interne de 5%. Deux critères impossibles à atteindre simultanément, souligne la Cwape. Si le seul objectif était le taux de rentabilité interne de 5%, la prime Qualiwatt pour les installations réalisées au premier semestre 2018 devrait être nulle. Mais pour assurer un temps de retour de huit ans, elle sera de 367 euros environ pour une installation type.

La Cwape se montre toutefois réticente à une suppression pure et simple de la prime. Cela pourrait avoir un effet psychologique négatif. Et il n’y aurait plus de garantie sur la qualité des installations ni sur la compétence des installateurs, souligne-t-elle. Dès lors, le régulateur propose une autre piste: la suppression du principe du compteur qui tourne à l’envers pour les nouvelles installations, ce qui inciterait le propriétaire de panneaux photovoltaïques à consommer autant que possible au moment où son installation produit.

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