La phase I du projet de réacteur de recherche Myrrha est enclenchée

Le contrat pour la conception du bâtiment qui accueillera l’accélérateur de particules de Myrrha a été signé ce mardi 5 novembre. ©SCK-CEN

Le projet Myrrha, un prototype de réacteur nucléaire de recherche, avance pas à pas. Un premier contrat, à hauteur de 7,6 millions d'euros, a été signé ce mardi 5 novembre pour la conception des bâtiments et des utilitaires de la première phase du projet.

Du beau monde à Mol ce mardi 5 novembre. C'est, en effet, le jour choisi par le Centre d'étude de l'énergie nucléaire, le SCK-CEN, pour présenter le projet Myrrha à la communauté politique et scientifique internationale. Parmi la foule, un homme, Carlo Rubbia, sort du lot. Ce lauréat du prix Nobel de physique est le penseur derrière la technologie sous-jacente à Myrrha. Son idée, révolutionnaire, est celle d'un Energy amplifier, un réacteur nucléaire capable de produire de l'électricité tout en brûlant une grande partie de ses déchets nucléaires et ceux d'autres réacteurs.

La réduction du volume et de la toxicité des déchets nucléaires constitue, en effet, l'une des applications majeures de Myrrha - ou Multi-Purpose hYbrid Research Reactor for High-tech Application. Premier prototype d'un réacteur semi-industriel sous-critique piloté par un accélérateur de particules (ADS) au monde, Myrrha visera, entre autres, à utiliser le combustible (uranium/plutonium) plus efficacement à l'intérieur du réacteur, réduisant, par conséquent, la quantité de déchets radioactifs. Pour ce faire, le projet orientera la recherche vers le procédé de transmutation de déchets nucléaires, permettant, de casser les noyaux des actinides mineurs, les résidus hautement radiotoxiques qui se forment lors de l’irradiation du combustible nucléaire, et, donc, de réduire le volume et la durée de vie des résidus hautement radiotoxiques.

hamid Aït Abderrahim, directeur du projet Myrrha. ©myrrha

En outre, comme l'indique Hamid Aït Abderrahim, directeur adjoint du SCK-CEN et directeur du projet Myrrha, "Myrrha ne sera pas seulement dédié aux déchets nucléaires". Le projet a également une vocation médicale, "Grâce à l'accélérateur de Myrrha, il sera possible, dès 2027, de produire des radio-isotopes médicaux plus ciblés que ceux utilisés actuellement. Ceux-ci permettront de détruire des cellules cancéreuses tout en réduisant les effets secondaires pour les patients", explique-t-il.

Un bâtiment pour 2026

Pierre en angulaire de la phase I du projet, l'accélérateur de particules de Myrrha a (presque) trouvé un toit. Le bâtiment destiné à l'accueillir, un tunnel de 150 mètres de long pour 7,5 mètres de large et 3,5 mètres de haut, devrait voir le jour en 2026. "Les travaux débuteront sur le site du SCK-CEN de Mol entre la fin-2021, et le début de l'année 2022", signale Hamid Aït Abderrahim.

Un contrat de 7,6 millions d'euros a ainsi été signé avec un consortium composé de Engie Tractebel et l'entreprise espagnole Empresarios Agrupados, qui assurera, en tant que soutien d'ingénierie, la conception des bâtiments et des utilitaires (système de refroidissement, approvisionnement en eau et électricité) de la première phase de l'accélérateur. L'entreprise qui sera chargée de la construction des infrastructures sera sélectionnée fin 2020.

Trois phases

Actuellement en phase test au cyclotron de Louvain-la-Neuve, l'accélérateur de particules, une fois installé à Mol, viendra clôturer la première des trois phases de Myrrha. A elle seule, la phase I aura nécessité 300 millions d'euros. Cet investissement a été rendu possible par l'allocation de quelque 558 millions d'euros au projet par le gouvernement fédéral. "Les 258 millions d'euros restants serviront à développer les phases II et III et viendront participer aux frais de fonctionnement des infrastructures", détaille Hamid Aït Abderrahim. Au total, le projet nécessite 1,6 milliard d'euros de financement.

1,6 milliard
d'euros
Le projet Myrrha a un coût total estimé à 1,6 milliard d'euros.


Pour réunir les fonds nécessaires aux prochaines étapes du projet, Hamid Aït Abderrahim dit "continuer à travailler activement à la recherche de financements internationaux". Confiant, il poursuit: "Nous avons un projet magnifique qui intéresse le monde entier. L'investissement est rendu plus attrayant par le fait que la Belgique y ait déjà mis les moyens et parce que le projet est, dès la phase I, à une échelle pré-industrielle, ce qui permet de chiffrer le coût d'une application industrielle et d'effectuer des démonstrations convaincantes." L'Allemagne, la France et l'Union européenne figurent parmi les principales cibles visées pour investir dans la suite du projet.

En attendant la suite, le directeur de Myrrha tient à rassurer :"Les moyens financiers libérés par la Belgique permettent de financer la phase I dans son entièreté. Même si on ne parvenait pas à mobiliser suffisamment de partenaires étrangers pour la suite de Myrrha, la première phase permet d'aller au bout de beaucoup de choses". Pour une industrialisation éventuelle de la recherche conduite par Myrrha, il faudra attendre 2040, à condition que les financements suivent.

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