Lampiris vous invite à tester le black-out ce jeudi

Au barrage de la Platte-Taille, Lampiris exploite l'électricite. ©Thierry du Bois

"Participez au test national black-out", propose le fournisseur d’énergie Lampiris. Ce qui suscite des questions.

Le fournisseur d’électricité verte Lampiris invite les 110.000 personnes inscrites à son service d’alerte SMS suite aux risques de pénurie d’électricité à tester le volume de consommation électrique qu’elles pourraient économiser ensemble en cas d’alerte. Ce jeudi 27 novembre, entre 18 heures et 19 heures 30, ces 110.000 inscrits – pour une bonne part, mais pas uniquement, des clients de Lampiris — sont appelés à diminuer autant que possible leur consommation, notamment en débranchant un radiateur électrique, en n’utilisant pas leur four, leur sèche-linge ou leur aspirateur.

Ce test ne semble pas susciter d’inquiétude particulière chez le gestionnaire du réseau à haute tension Elia, qui a été prévenu et sera attentif. Il faut dire que Lampiris a deux arguments pour rassurer Elia: des réserves de production avec la centrale de Plate Taille, et l’engagement que la reprise de consommation se fera en douceur, le fournisseur envoyant des SMS par vagues pour signaler la fin du test.

Par contre, l’impact de cette diminution de consommation s’annonce d’ores et déjà très difficile à mesurer. "Il suffit qu’un grand client industriel enclenche, et les 150 MW de consommation que nous espérons atteindre pourraient ne pas être mesurables au niveau du réseau d’Elia, reconnaît Grégoire Van Cutsem, directeur commercial chez Lampiris. Nous visons en fait trois objectifs. Un, voir quel impact des citoyens peuvent avoir — et nous les interrogerons après le test pour mieux estimer l’effort réalisé. Deux, sensibiliser. Et trois, nous préparer afin d’être rodés le moment venu."

"Réduire la consommation sans une prédiction fine par fournisseur et par gestionnaire de réseau est peu utile".
Frédéric Chomé
Factor-x

Mais même une évaluation a posteriori s’annonce difficile. Il faut en effet non seulement tenir compte des appareils que les volontaires n’auront pas mis en route, mais aussi de ce qu’aurait été leur comportement en temps normal. Sinon, l’impact d’une telle opération sera largement surestimé — à l’image de cet inscrit qui annonce fièrement sur les réseaux sociaux qu’il sait désormais comment économiser 9.425 MW…

Il y a aussi la question des éventuels doublons avec d’autres initiatives — en particulier la Citizen’s Reserve que cherche à mettre en place Frédéric Chomé, patron de Factor-X, société spécialisée dans le conseil en gestion durable et stratégie climatique.

Son objectif, à terme, est plus ambitieux: créer une réserve de clients interruptibles qui pourront être proposés aux acteurs de marché contre rétribution. Pour cet hiver, il vise 400 MW d’effacement, avec une bonne visibilité du profil d’effacement par fournisseur et par gestionnaire de réseau de distribution. "C’est une information extrêmement importante, mais difficile à obtenir. C’est la troisième ou quatrième fois que nous remanions notre questionnaire afin de connaître le profil de consommation de chaque participant un soir de semaine typique", explique Fédéric Chomé. Mais il ne compte encore que 264 inscrits, pour un effacement total de 2 MW… "Nous discutons avec les grands fournisseurs, pour qui nous voudrions calculer le potentiel d’effacement, afin qu’ils puissent réduire leurs prévisions de consommation et que cela ait un effet sur les prix. Et il est clair que nous associer à Lampiris et ses 110.000 inscrits pourrait être efficace", confie Frédéric Chomé.

Le projet Chicon Futé, lancé par l’agence de communication Spade, se veut, lui, clairement plus ludique, même s’il compte sur l’effet viral des réseaux sociaux pour doper son impact. Pourquoi le chicon? Parce qu’il s’agit d’un légume bien belge, et qu’il pousse dans le noir!

Reste le risque, aussi, de voir se multiplier les initiatives, avec des fournisseurs qui pourraient se révéler moins scrupuleux que Lampiris, qui s’est engagé à ne demander un effort aux volontaires qu’en cas d’alerte orange ou rouge — qui signifient risque de pénurie ou risque de délestage, et à ne pas faire de marketing croisé vis-à-vis des inscrits. "Certains fournisseurs pourraient chercher à régler leurs propres problèmes de déséquilibre, avec le risque du syndrome de la chèvre de monsieur Seguin, confie un responsable public. Et quand il y aura vraiment péril, les citoyens qui auraient été inutilement alertés risquent de ne plus réagir".

Lire également

Publicité
Publicité

Messages sponsorisés