"Le gouvernement veut-il tuer l'industrie belge de l'éolien offshore?"

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"Alors que par le passé, nous étions les meilleurs dans la fabrication de turbines, le gouvernement belge a tué cette industrie en tardant à développer l’éolien onshore. Va-t-il à nouveau tuer pour rien une industrie nouvelle, celle du développement de l’éolien offshore, en lui retirant son marché domestique?" lance Frank Coenen, CEO d’InControl.

La tension est forte dans le petit monde de l’éolien belge. Un intercabinet est prévu ce jeudi pour examiner la proposition du secrétaire d’État à la Mer du Nord de retirer les concessions aux derniers parcs qui doivent se construire au large des côtes belges, Nortwhester II, Seastar et Mermaid, et de lancer un appel d’offres européen pour déterminer au plus juste le soutien qui va être accordé à ces parcs. Si la décision se confirme, elle signifiera à tout le moins des retards dans la construction de ces parcs.

Frank Coenen, cheville ouvrière du développement de cette industrie en Belgique, qui a construit Belwind, accompagne le développement de Nobelwind et est actionnaire de Northwester II via la société InControl, monte au créneau, après des mois de discrétion.

Pour lui, un retrait des concessions n’entraînerait pas seulement du retard, mais la mise en danger de toute une industrie. "Une série d’entreprises sont occupées depuis des années à investir dans le placement d’éoliennes, la construction de parcs et de stations électriques. Des milliers de gens travaillent directement et indirectement pour ce secteur. Et sans discuter avec l’industrie, on propose de retirer les concessions! Avant de discuter de dédommagements, ayons un débat sérieux sur le calendrier adéquat et sur le juste niveau de coûts de ces parcs."

Il estime que la comparaison des projets belges avec les résultats du récent appel d’offres en Allemagne, où trois des quatre offres retenues proposent de construire des parcs sans aucun subside, en tablant uniquement sur le prix de l’électricité pour être rentables, néglige plusieurs éléments essentiels.

"D’abord, ces parcs doivent être construits en 2025, alors que les nôtres doivent l’être en 2018, 2019 ou 2020. Ces projets tablent donc sur de nouvelles technologies, pour autant qu’elles arrivent. Ensuite, ces parcs ne se feront que si le prix de l’électricité est à un niveau suffisant pour garantir leur rentabilité. Or le gouvernement allemand croit que le prix de l’électricité en Allemagne pourrait atteindre 65 à 80 euros par MWh d’ici 2025-2030, plus du double du prix actuel. Et le CEO de Dong, qui a remis deux de ces offres à 0 euro, a souligné qu’il avait la possibilité de se retirer dans les quatre ans si les conditions nécessaires à la rentabilité n’étaient pas remplies. En Allemagne, certains parlent déjà de ‘gambling’, d’un jeu de paris. Les parcs pour lesquels Dong a signé en 2015 se font à des prix beaucoup plus élevés: plusieurs dépassent les 140 euros par MWh, prix de l’électricité comprise. C’est bien davantage que le soutien qui a été accordé aux parcs ces dernières années en Belgique, un soutien qui, il est vrai, doit être adapté vu la baisse fantastique des coûts dans l’éolien en mer."

"Débattons sérieusement, avant de commettre l’irréparable!"
Frank Coenen
CEO d’inControl

Autre élément avancé par Frank Coenen: les conditions propres à chaque site. "La vitesse du vent, pour ne prendre qu’un élément, est plus grande en Allemagne. Ce seul poste fait que les parcs y sont 10 à 14 euros moins chers par MWh qu’en Belgique!"

Frank Coenen ne nie pas qu’en retardant la construction des parcs, la chance existe qu’ils se fassent à un coût moindre. "Les coûts ont énormément baissé dans l’éolien, et ils vont sans doute descendre encore. Mais construire un parc éolien restera toujours un investissement énorme. Les coûts ne seront jamais nuls. Et nous ne pouvons pas renvoyer tous ceux qui travaillent dans le secteur à la maison, en leur demandant de revenir dans quelques années. Débattons sérieusement, avant de commettre l’irréparable!"

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