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Le nouveau gouvernement resserre encore le timing du nucléaire

La prolongation de deux réacteurs (2 GW) reste envisageable si les moyens déployés pour compenser l'atome s’avéraient insatisfaisants au niveau de la sécurité d'approvisionnement ou s'ils conduisaient à un impact négatif des prix sur la facture du consommateur final. ©Montage Walt Van Beek c ANP/Photonews

Dans leur rapport, les formateurs confirment la sortie du nucléaire mais laissent malgré tout une porte ouverte à la prolongation. Dans le secteur, cette nouvelle est perçue comme "un geste fort" ou un "non-sens", selon les acteurs.

"Le gouvernement reconfirme résolument la sortie du nucléaire. Le calendrier légal sera respecté, comme prévu." Cette phrase, tirée du rapport des formateurs Alexander De Croo (Open Vld) et Paul Magnette (PS), est d'apparence limpide et semble s'affranchir de toute interprétation.

"Le gouvernement reconfirme résolument la sortie du nucléaire. Le calendrier légal sera respecté, comme prévu."
Alexander De Croo et Paul Magnette
Formateurs

Mais ensuite, le gouvernement fraîchement formé introduit une exception à la règle: la prolongation de deux réacteurs (2 GW) reste envisageable si les moyens déployés pour compenser l'atome s’avéraient insatisfaisants au niveau de la sécurité d'approvisionnement.

Concrètement, le gouvernement prévoit d'organiser, courant 2021, les enchères prévues prévues par le mécanisme de rémunération de la capacité (CRM). Il s'agit d'indemniser une série de centrales, principalement au gaz, pour la mise à disposition du marché d'une certaine capacité de production. En novembre 2021, le gouvernement remettra un rapport complet sur les projets sélectionnés et c'est sur cette base que sera posée la question de la prolongation du nucléaire belge.

Report déguisé ou plan B?

Si tous s'accordent à la trouver surprenante, cette décision n'est pour autant pas reçue de la même façon par les acteurs du secteur. Certains y voient un refus de trancher alors que la clarté se fait attendre depuis des mois. D'autres, comme l'énergéticien Eneco (très actif dans le renouvelable), y lisent un geste fort, la prolongation n'étant considérée que comme une porte de sortie, une solution de secours.

L'enjeu reste évidemment de garantir la sécurité d'approvisionnement du pays après 2025 (ainsi qu'une électricité abordable pour tous). Pour ce faire, le CRM, faisant actuellement l'objet d'une enquête de la commissaire européenne à la Concurrence Margrethe Vestager, est nécessaire, afin que les centrales au gaz puissent prendre le relais en attendant le déploiement optimal du renouvelable.

Seulement, construire des centrales au gaz et les raccorder au réseau est une procédure coûteuse et longue. Pour certains, cette porte laissée ouverte à la prolongation par les formateurs ajoute un risque au processus. C'est ce que pense André Jurres, un entrepreneur flamand qui a décidé d'abandonner son projet de construction d'une centrale au gaz à Anvers suite à l'incertitude qu'induit le projet du gouvernement. Des observations partagées par la Febeg, la fédération des producteurs d'énergie, même si celle-ci souligne que la plupart de ses membres poursuivent les démarches pour le déploiement de nouvelles unités au gaz.

Timing serré en cas de prolongation

Une prolongation de deux réacteurs reste donc envisageable à l'horizon 2021. Et là aussi, le timing interpelle. L'exploitant des centrales nucléaires, Engie, avait demandé la clarté sur le dossier avant la fin de l'année 2020. Ce n'est pas le cas.

Il faut savoir que le gendarme de la sûreté nucléaire, l'AFCN, exige que les travaux nécessaires à la prolongation de réacteurs soient effectués avant la prolongation elle-même. En cas de prolongation, il faut aussi commander du combustible supplémentaire ou mener des études d'incidence, ce qui prend aussi beaucoup de temps. Si la prolongation devait, in fine, s'avérer nécessaire, le timing imposé aux parties prenantes serait alors extrêmement serré.

Dernier point non négligeable, le rapport des formateurs ouvre la possibilité d'externaliser le fonds Synatom, la filiale d'Electrabel qui est en charge de la gestion des provisions nucléaires. Le gouvernement indique ici qu'il "examine si dans le cadre de la transition énergétique, des moyens peuvent être mis à disposition par le fonds Synatom sans qu’il n’y ait un impact sur la disponibilité et la suffisance du fonds".

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