Les allégements de la facture d'électricité des entreprises belges mal calibrés

La ministre Marghem n'a pas réussi à réformer le système, vu le lobbying de certaines grosses entreprises du nord du pays. ©AFP

Seuls les industriels électro-intensifs souffrent d’un handicap compétitif par rapport à leurs homologues des pays voisins, affirme une nouvelle étude commandée par la Creg. Les mesures prises pour protéger les entreprises belges sont donc mal calibrées.

En matière d’énergie, les entreprises belges en général bénéficient d’un avantage concurrentiel par rapport à leurs concurrents des pays voisins, constate pour la quatrième année consécutive le consultant PwC dans une étude commandée par la Creg, le régulateur fédéral du secteur énergétique. Une étude qui vient donc affiner le débat sur le handicap énergétique des entreprises, régulièrement dénoncé par Febeliec, la fédération des grands consommateurs d’énergie. Fin mars, la fédération tirait une nouvelle fois la sonnette d’alarme sur base d’une nouvelle étude de Deloitte, qui estime que les grands consommateurs industriels paient leur électricité 15 à 34% plus cher que leurs concurrents en 2019.

Tout dépend, en fait, du profil de consommation de l’entreprise, et surtout, de qui sont ses concurrents, montre l’étude de PwC, qui travaille sur base d’une analyse approfondie du tissu industriel dans les différentes Régions du pays et analyse les prix en janvier 2019.

Pour l’électricité, les plus petits consommateurs industriels (10 et 25 GWh par an) paient davantage que leurs homologues des Pays-Bas. Ceux qui consomment 100 GWh par an paient davantage que leurs homologues français. Et ceux qui consomment 500 GWh par an paient plus que ceux de leurs concurrents allemands.

Pour le gaz, les consommateurs industriels paient généralement moins que leurs concurrents, sauf s’ils utilisent le gaz naturel comme matière première et qu’ils sont de très gros consommateurs (2,5 TWh par an).

Mais dans tous les pays observés, d’importantes réductions sont prévues pour certaines catégories de consommateurs industriels. Et les critères utilisés en Belgique diffèrent de ceux des pays voisins, constate PwC.

La conséquence, c’est que si les industriels belges ont pour concurrents des industriels électro-intensifs – c’est-à-dire des entreprises dont les coûts de l’électricité représentent une part importante du chiffre d’affaires ou de la valeur ajoutée – leur handicap compétitif est sérieux par rapport à la concurrence française, néerlandaise et allemande. Et la situation s’est encore légèrement détériorée en 2019 par rapport à 2018.

Certains industriels belges avantagés

Par contre, si les industriels belges ont pour concurrents des entreprises non-électro-intensives, ils bénéficient d’un net avantage concurrentiel en termes de facture énergétique totale.

"Une partie des recettes fiscales en Belgique est utilisée pour protéger des consommateurs qui ne sont pas particulièrement affectés par un manque de compétitivité des prix de l’électricité, alors que des consommateurs plus vulnérables souffrent d’un désavantage important comparé à leurs concurrents électro-intensifs localisés dans les pays voisins", constate dès lors PwC dans ses conclusions.

À la demande de la Creg, qui elle-même répondait à une demande de la ministre de l’Énergie formulée en novembre 2016, PwC a réalisé une série de simulations. Elles montrent que les gouvernements (fédéral et régionaux) pourraient agir en la matière, affirme le consultant, qui recommande une adaptation des réductions pour mieux protéger les industriels électro-intensifs.

"Je me suis heurtée à un protectionnisme flamand extrêmement développé."
Marie Christine Marghem
ministre de l’énergie

"J’ai fait différentes propositions en intercabinets et en gouvernement, en particulier sur la dégressivité de la cotisation offshore, répond la ministre fédérale de l’énergie Marie Christine Marghem (MR). Mais je me suis heurtée à un protectionnisme flamand extrêmement développé, et face à des partis flamands qui ont préféré bloquer les choses le plus longtemps possible, même si l’Europe dit que le système actuel ne peut perdurer. Il va falloir réaliser un nouvel équilibrage, en prévoyant un incitant pour les entreprises les plus vertueuses."

Les quatre régulateurs belges de l’énergie, à savoir la Creg et les trois régulateurs régionaux, ont décidé de préparer le terrain: ils vont élaborer une étude qui pourra servir de référence pour les futures discussions sur l’éventuelle "norme énergétique" réclamée à cor et à cri par Febeliec depuis des années. Les premiers résultats sont attendus pour le printemps 2020.

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