Luminus s'enfonce dans le rouge à cause des réacteurs nucléaires belges

Le résultat des centrales au gaz (ici, celle de Seraing), meilleur qu’attendu, n’a pas suffi à compenser les déboires des réacteurs nucléaires. ©BELGAIMAGE

Déjà en perte en 2017, le numéro deux sur le marché de l’énergie en Belgique s’enfonce dans le rouge en 2018. En cause: les longs arrêts des réacteurs nucléaires dans lesquels il détient une participation.

Luminus, numéro deux en Belgique dans la production d’électricité et la fourniture d’énergie, clôture l’année 2018 sur une perte nette de 65 millions d’euros. C’est trois fois plus qu’en 2017. En cause: sa participation de 10% dans quatre réacteurs, Tihange 2 et 3, ainsi que Doel 3 et 4.

Ces réacteurs ont eu un taux de disponibilité de 47,4% seulement en 2018, ce qui a eu un impact négatif sur sa marge brute de 76 millions d’euros, explique l’entreprise dans le rapport annuel qu’elle a déposé à la Banque nationale de Belgique avec ses comptes annuels.

Problème de béton en série

Pour rappel, ces quatre réacteurs ont connu de sérieux problèmes de dégradation du béton dans les bunkers qui abritent des systèmes de secours, ce qui a obligé Electrabel, leur exploitant, à mener de longs travaux de réparation. Et ce n’est pas encore tout à fait fini: le redémarrage de Tihange 2, postposé à plusieurs reprises, n’est attendu que le 7 juillet, tandis que le bunker de Tihange 3, qui a pu redémarrer début janvier, doit encore recevoir une nouvelle toiture – des travaux qui sont prévus durant l’été 2020.

Aux arrêts imprévus, s’ajoute l’impact de la révision à la baisse du taux d’actualisation des provisions nucléaires: un élément qui affecte la marge brute de Luminus de 17 millions d’euros en 2018. Conséquence: même si la faible disponibilité du nucléaire a conduit les centrales à gaz à tourner davantage, la marge brute de Luminus fond, passant de 319 millions en 2017 à 275 millions en 2018.

Le chiffre d’affaires est, lui aussi, en sérieux recul. Mais cela s’explique par le fait que Luminus a revu la manière dont il comptabilise ses achats et ses ventes relatives à l’optimisation de son portefeuille électricité et gaz sur le marché de gros. Il prend désormais en compte le net de ces opérations, et non plus l’ensemble. De quoi faire diminuer son chiffre d’affaires à 2,386 milliards en 2018, au lieu de 3,020 milliards en 2017. Le chiffre d’affaires 2017 retraité sur base des nouvelles règles s’établit lui à 2,427 milliards d’euros: il y a donc tout de même une légère baisse en 2018.

2,386
Milliards
Son chiffre d’affaires de 2018 atteint 2,386 milliards en 2018, au lieu de 3,020 milliards en 2017.

Luminus, qui a pour principal actionnaire le Français EDF, mais qui est aussi détenu par une série de holdings représentants les communes belges, ne dit rien, dans son rapport annuel déposé à la Banque nationale, de la rentabilité de ses métiers hors nucléaire. Il indique seulement que le résultat d’exploitation de ses centrales au gaz a été positif et meilleur qu’attendu en 2018, à cause de l’indisponibilité exceptionnelle du nucléaire. Leur production est en hausse de 8,3% par rapport à 2017, et atteint son niveau le plus élevé depuis 2010. La centrale au gaz de Seraing, qui affiche 470 MW, a pu revenir sur le marché de manière anticipée, le 16 octobre 2018, après avoir été placée durant quatre ans dans la réserve stratégique. Luminus a aussi remis en service fin octobre sa centrale au gaz de Ham (52 MW), dont il avait prévu l’arrêt définitif.

Sécheresse persistante

Qu’en est-il des autres métiers, et en particulier l’activité de fourniture de gaz et d’électricité ainsi que de services aux ménages et aux entreprises, sur lesquels Luminus ne donne aucun chiffre précis, pas même la taille de son portefeuille de clients? "Nous ne communiquons pas sur une rentabilité par business, mais tous nos métiers hors nucléaires sont rentables", affirme Peter Dercon, responsable de la communication externe de l’entreprise.

L’année 2018 n’a pourtant pas été très faste pour ses activités de production d’électricité renouvelable: la production des centrales hydroélectriques de Luminus n’a atteint que 85% des chiffres attendus suite à la sécheresse persistante qui a affecté le débit de la Meuse, tandis que la production de ses parcs éoliens n’atteint que 90% du niveau espéré, à cause de conditions de vent sous la moyenne de mai à novembre 2018. En chiffres absolus, la production d’électricité renouvelable de Luminus, qui continue à développer ses parcs éoliens à un bon rythme, a toutefois augmenté de 26% par rapport à 2017.

"Les activités d’optimisation et de production éolienne, thermique et hydroélectrique ont permis de compenser très partiellement les pertes, indique Peter Dercon. Sans le nucléaire, le résultat opérationnel (NDLR. qui est de - 56 millions d’euros) aurait été de l’ordre de 45 millions d’euros."

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