Pourquoi les tarifs de l'électricité flambent

Lors du pic de consommation du soir, les prix de l’électricité atteignent des records en Belgique et en France ces lundi et mardi. ©Photo News

Le prix de l’électricité durant le pic de consommation du soir a atteint des sommets, lundi et mardi. Ces pics de prix peuvent constituer un signal intéressant pour le marché, et le pousser à investir dans davantage de flexibilité. Mais il faut pour cela qu’ils soient générés de manière correcte. Et la Creg a des doutes à ce sujet.

Le cocktail est explosif. Deux réacteurs belges sur sept sont à l’arrêt: Doel 3 pour entretien, et Tihange 1 suite aux dégâts causés par une gaffe lors de travaux de génie civil. Et près d’un tiers du parc nucléaire français est hors service, une part pour entretien, une autre parce que l’acier des générateurs de vapeur présente des anomalies, et que l’autorité de sûreté a réclamé des inspections supplémentaires. Ajoutez-y une faible production renouvelable et des températures qui baissent largement sous les normales saisonnières, dopant la consommation d’électricité: tous les ingrédients sont présents pour un mélange détonant.

Résultat: des pics de prix sur les marchés de gros. Le prix de l’électricité pour le pic de consommation de lundi, entre 18 et 19 heures, a atteint 678 euros/MWh en Belgique et 874 euros/MWh en France. Pour mardi à la même heure, la situation est à peine moins tendue: 580 euros/MWh en Belgique et 850 euros/MWh en France. Signe supplémentaire de tension: à 18 heures lundi, le tarif dû par les acteurs en déséquilibre atteignait 1.373 euros/MWh: un record.

"En soi, des pics de prix ne sont pas négatifs, s’ils sont générés de manière correcte."
Andreas tirez
membre du comité de direction de la Creg

Pour avoir un point de comparaison, la moyenne des prix journaliers sur Belpex, la Bourse belge de l’électricité, était de 28,90 euros en août, 37,69 euros en septembre, et avait grimpé à 57,17 euros en octobre.

"Les prix observés lundi et mardi sont exceptionnels, confirme Elia, le gestionnaire du réseau belge à haute tension. C’est le résultat du jeu de l’offre et de la demande, mais cela n’a pas d’effet sur la sécurité d’approvisionnement." Elia est toutefois particulièrement prudent: il ne procède actuellement à aucun entretien pour que le réseau soit entièrement disponible. Et si nécessaire, il pourra toujours faire appel à la réserve stratégique, dans laquelle ont été placées les centrales au gaz de Vilvorde et Seraing.

La ministre de l’Énergie Marie-Christine Marghem (MR) dit elle suivre la situation de très près, et être en contact permanent avec Elia. "Sans la production apportée par Doel 1 et 2, notre pays serait aujourd’hui dans une situation nettement plus complexe", en profite-t-elle pour ajouter.

Une bonne nouvelle?

Si la situation perdure, elle viendra immanquablement alourdir, à plus ou moins brève échéance, les factures des consommateurs.

Ces pics de prix ne sont toutefois pas nécessairement une mauvaise nouvelle. Depuis des mois, les prix de l’électricité sur les marchés sont tellement bas que non seulement, ils ne permettent plus l’investissement dans de nouveaux moyens de production ou de flexibilité, mais qu’en outre ils poussent les producteurs à fermer des centrales existantes. "Certains d’entre eux le regrettent sans doute aujourd’hui", note Andreas Tirez, membre du comité de direction de la Creg.

La situation actuelle permet en effet à des outils plus coûteux, comme des centrales au gaz, de tourner. Elle pourrait aussi encourager les investissements dans le stockage ou la gestion de la demande. "Notre centrale hydraulique de Plate-Taille nous aide bien pour le moment, témoigne Tom Van de Cruys, CEO de Lampiris. C’est comme une assurance que nous avons prise. Si davantage d’acteurs faisaient de même, en développant des outils de flexibilité, cela rendrait le marché plus mature et plus stable."

La Creg inquiète

Mais cela, c’est à condition que ces pics de prix soient générés sur une base correcte. Un point sur lequel le régulateur fédéral a des doutes. "Nous avons le sentiment que des flux de bouclage diminuent les capacités d’importation de la Belgique, mais nous ne pourrons le confirmer qu’a posteriori, explique Andreas Tirez. Nous avons déjà observé cela par le passé. Des flux physiques liés à une autre zone, par exemple des échanges entre le nord et le sud de l’Allemagne, passent en partie par le réseau belge et ont priorité, même si des acteurs de marché sont prêts à payer le maximum pour des capacités transfrontalières. C’est inacceptable pour la Creg, inefficace et injuste".

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