"Si l'accord sur Elicio capote, nous resterons candidats" (CEO de John Cockerill)

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Le patron de John Cockerill (ex-CMI) voit en Elicio une pièce cruciale au développement du pôle "énergie renouvelable" de son entreprise. Irrité par la polémique autour de la vente, annoncée à 1 euro symbolique, de la filiale d’énergie éolienne de Nethys, il espère que l’accord le liant à la société Ardentia de François Fornieri tiendra le choc.

S’il nous reçoit pour présenter les nouveaux projets ambitieux de sa société dans l’énergie renouvelable et le mantra stratégique réajusté de sa société, Jean-Luc Maurange, le CEO de John Cockerill (anciennement CMI), est conscient qu’il ne pourra pas éluder la question qui fâche: la vente, pour un euro symbolique, très controversée d’Elicio.

Promise à la société Ardentia de François Fornieri, à laquelle participeraient John Cockerill et la spin-off de l’ULiège Black Light Analytics pilotée par Damien Ernst, la filiale spécialisée dans l’éolien et l’énergie renouvelable de Nethys fait couler beaucoup d’encre depuis plusieurs semaines.

Jean-Luc Maurange, CEO de CMI ©BELGAIMAGE

Jean-Luc Maurange s’était tenu éloigné de la polémique jusqu’à maintenant, avouant seulement avoir "fait acte de candidature" pour Elicio. Aujourd’hui, l’homme s’exprime dans de plus grandes largeurs, non sans irritation, et confirme l’intérêt ferme de John Cockerill pour la filiale de Nethys.

Existe-t-il un contrat liant John Cockerill à Ardentia pour la reprise d’Elicio?
Il existe un accord entre John Cockerill et Ardentia, et un autre entre Ardentia et Nethys. Nous y sommes présents en tant qu’acteur minoritaire et à titre de soutien industriel. Nous ne pouvons pas nous permettre de prendre une part majoritaire dans Elicio, sinon, nous le ferions sans hésiter.

"Comment Eneco pourrait-il assurer un milliard de dettes alors que l’entreprise est elle-même à vendre à cause de ses propres problèmes de liquidités?"

Le prix d’Elicio, annoncé à un euro symbolique, fait polémique et a suscité bon nombre de réactions d’observateurs du secteur, certains parlant même d’un "énorme hold-up". Estimez-vous ce prix justifié?
Premièrement, toute la polémique a lieu chez le vendeur, nous sommes l’acheteur. Nous avons fait une offre basée sur une évaluation réalisée pour le vendeur par le cabinet McKinsey. Les consultants de McKinsey sont loin d’être des rigolos. Ensuite, Elicio compte près d’un milliard d’euros de dettes (965 millions d’euros NDLR), dont 265 millions vis-à-vis de Nethys. Un milliard d’euros est loin d’être un prix nul. Elicio vaut donc un milliard et nous prenons la responsabilité de rembourser la dette.

Eneco a communiqué son intérêt pour Elicio et sa capacité à soumettre une offre plus compétitive que celle proposée par Ardentia et John Cockerill. Que lui répondez-vous?
Comment Eneco pourrait-il assurer un milliard de dettes alors que l’entreprise est elle-même à vendre à cause de ses propres problèmes de liquidités?

"J’espère que l’accord ne capotera pas, mais si c’est le cas, et qu’il mène à une nouvelle valorisation, nous resterons candidats."

Et aux autres acheteurs potentiels? On parle de gros groupes qui auraient la capacité d’absorber la dette d’Elicio…
Il est crucial de conserver l’ancrage wallon et belge. On met toujours en avant les 40 employés d’Elicio qui travaillent à Ostende mais, au-delà de la sauvegarde de ces emplois, nous voulons que la technologie des énergies renouvelables reste concentrée à Liège. Par ailleurs, la Wallonie et la Belgique ont déjà beaucoup souffert des entreprises où le centre de décision est localisé à l’étranger. Prenez Ford à Genk ou Opel à Anvers, ce sont des situations que nous voulons éviter en conservant l’ancrage régional d’Elicio. De plus, nous avons un réel projet.

"Toute la polémique a lieu chez le vendeur (Nethys), nous sommes l’acheteur."

Quel est ce projet exactement? Quelle est la nature de l’intérêt de John Cockerill pour Elicio?
Nous ne voulons pas rater l’opportunité, il n’y a pas d’autre entreprise en Belgique capable de porter des projets éoliens d’ampleur. Chez John Cockerill, l’objectif est d’atteindre les 2 milliards d’euros de chiffre d’affaires à moyen terme. Aujourd’hui, nous sommes à 1,4 milliard. Cette croissance passera inévitablement par le développement de nos activités dans l’énergie renouvelable. Nous avons déjà investi dans le solaire et l’hydrogène et nous ne visons pas le photovoltaïque pour le moment, le marché est trop mature. L’éolien est crucial parce qu’il nous permet de diversifier notre portefeuille d’activités dans le renouvelable. Notre ambition est que ce pôle de l’entreprise représente un quart à un tiers de notre activité. Par ailleurs, si on s’intéresse à Elicio, ce n’est pas uniquement pour ses parcs éoliens en mer, mais parce que nous avons la capacité de diversifier son portefeuille d’activités, géographiquement et par notre expertise dans l’énergie solaire.

Que faire si l’accord tombe à l’eau suite à la polémique autour de la valorisation d’Elicio? Seriez-vous prêts à rejoindre, par exemple, la SRIW qui avait marqué son intérêt et sa volonté de "participer à une procédure ouverte et transparente, en consortium avec d’autres, au bénéfice des communes actionnaires"?
Je peux comprendre l’émotion que suscite la vente mais elle se focalise sur des individus et j’espère que les analyses complémentaires viendront confirmer les évaluations réalisées par McKinsey. J’espère que l’accord ne capotera pas, mais si c’est le cas, et qu’il mène à une nouvelle valorisation, nous resterons candidats. Mais il ne faudrait pas qu’une polémique politique, que je peux comprendre, vienne tuer un projet avec autant de potentiel. Nous ne voulons pas rater l’opportunité.

vers un remboursement du soutien public?

Le gouvernement fédéral examinera l’opportunité de réclamer auprès de l’opérateur éolien Elicio le soutien à l’investissement accordé en son temps à Electrawinds, la société ostendaise faillie, présidée un temps par Johan Vande Lanotte (sp.a), puis rachetée par Tecteo (devenue Publifin puis Enodia).

Le gouvernement flamand a engagé, pour non-respect des conditions, une procédure judiciaire pour obtenir le remboursement du soutien à Electrawinds. Le fédéral y est également actif, à travers la Société Fédérale de Participations et d’Investissement (SFPI), pour 32,5 millions d’euros, et Belfius, pour 12 millions d’euros.

"Je vais examiner si le gouvernement belge  vous savez qu’à cet égard je ne suis pas le seul compétent  doit engager la même démarche que le gouvernement flamand. Je vais étudier le dossier", a indiqué jeudi à la Chambre le ministre de la Justice Koen Geens interrogé par le député Jean-Marie Dedecker.

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