AFCN: le seul dessous-de-table, celui versé pour une jambe cassée

Jan Bens ©Photo News

Le ministre de la Sécurité et de l'Intérieur Jan Jambon demande au Conseil d'Administration de l'Agence Fédérale de Contrôle Nucléaire (AFCN) de faire toute la lumière sur les déclarations de son directeur général Jan Bens qui évoque la corruption au Kazakhstan dans les années '90, avouant avoir proposé des enveloppes alors qu'en mission pour Tractebel, il y dirigeait une entreprise de 10.000 personnes.

Jan Bens, le directeur de l'agence fédérale de contrôle nucléaire (AFCN) - dont on attend les balises de sûreté en vue de la prolongation des réacteurs nucléaires de Doel 1 et Doel 2 exploités par Electrabel - évoque, dans Le Soir, la "corruption invraisemblable" au Kazakhstan en 1995 où il était en mission pour Tractebel.

Jan Bens a fait carrière chez Electrabel. En 1995, Tractebel lui a confié une mission au Kazakhstan, où il s'est retrouvé à la tête d'une entreprise de 10.000 personnes, "avec une corruption invraisemblable". Revenant sur cette période, Jan Bens avoue que "oui", on lui a proposé des enveloppes et qu'il en a "proposées à d'autres".

Ces aveux ont suscité des réactions de l'opposition. Le député Jean-Marc Nollet (Ecolo) a annoncé une interpellation du ministre de la Sécurité Jan Jambon, le gouvernement ayant mis son sort entre les mains de l'AFCN pour la gestion des impératifs de sûreté rendus nécessaires par la prolongation de Doel 1 et Doel 2. "Peut-on encore avoir totale confiance en Jan Bens?", se demande Jean-Marc Nollet sur Twitter.

Quelle est encore là crédibilité du directeur de l'#AFCN suite à ses propos ? http://t.co/GqN9kTl7Vo via @NewsMonkey_BE— Jean-Marc Nollet (@jmnollet) 1 Juin 2015

 

Selon le chef de groupe Ecolo-Groen, Kristof Calvo, les propos du patron de l'AFCN, "mettent en doute la crédibilité du régulateur". Spécialiste du secteur énergétique, le professeur de l'ULg Damien Ernst estime "quand même dingue que le patron de l'AFCN parle du fait qu'il a été impliqué dans de la corruption".

Sur le fond du dossier pendant, Jan Bens rappelle que l'AFCN ne donnera "pas le feu vert si Electrabel ne s'engage pas à réaliser" les travaux nécessaires au prolongement de la vie de Doel 1 et Doel 2. Il redit par ailleurs tout le mal qu'il pense de la loi que s'apprête à voter la Chambre jeudi à cette même fin. "J'aime la clarté. Et cette loi est une acrobatie juridique un peu bizarre", indique-t-il.

"Avant, Electrabel, c'était une boîte d'ingénieurs où la technique primait. On construisait de belles centrales qui fonctionnaient bien. Maintenant, le plus important est de faire de l'argent. Cette fierté n'y est plus."

Le patron de l'AFCN critique également son ex-employeur. 

Le ministre de la Sécurité et de l'Intérieur Jan Jambon demande au Conseil d'Administration de l'Agence Fédérale de Contrôle Nucléaire (AFCN) de faire toute la lumière sur les déclarations de son directeur général Jan Bens.

Jan Jambon ©Photo News

"Le ministre a demandé au président du Conseil d'Administration de l'AFCN de faire le plus rapidement possible toute la lumière sur ces déclarations, conformément à la loi du 16 mars 1954 relative au contrôle de certains organismes d'intérêt public", selon un communiqué envoyé par son cabinet. "La crédibilité de l'AFCN et de son directeur est cruciale, a fortiori à l'heure où l'agence doit prendre position sur le redémarrage et la prolongation de plusieurs centrales nucléaires", a précisé M. Jambon.

"Le seul dessous-de-table que le patron de l'AFCN a versé à l'époque où il était en mission pour Tractebel au Kazakhstan était destiné à un médecin qui, sans cela, aurait refusé de soigner, la nuit, un collaborateur qui s'était cassé la jambe", a indiqué de son côté la porte-parole de l'agence fédérale du contrôle nucléaire Nele Scheerlinck.

Mais "accuser Jan Bens de corruption est tout simplement absurde", a d'ores et déjà réagi la porte-parole de l'agence alors que l'opposition écologiste a annoncé son intention d'interpeller le ministre au parlement. La porte-parole a également insisté sur le fait que la mission de M. Bens au Kazakhstan était totalement indépendante de ses activités comme directeur général de l'AFCN. L'AFCN a dénoncé "avec force l'attitude des députés écologistes qui tentent de récupérer l'affaire à des fins politiques".

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