Beaucoup d'embûches pour le méga-projet de centrales au gaz

À Vilvorde, deux projets s’affrontent: celui de BTK et celui d’Electrabel. Le premier arrivé sera vraisemblablement le premier servi. ©Photo News

Les points d’interrogations se multiplient autour du projet de BTK, ce gestionnaire d’actifs basé au Luxembourg qui veut, avec le soutien de Qataris, installer quatre grosses centrales au gaz en Belgique.

Des quatre centrales au gaz projetées par BTK, une seule pourrait se construire sans trop d’embûches, apprend L’Echo – et encore, puisque cette première centrale est en concurrence avec un projet d’Electrabel. Pour les autres, les embûches sont de taille: il faut construire des lignes à haute tension, installer de nouvelles canalisations de gaz et décrocher les permis nécessaires.

Pour rappel, mi-mai, Marc Segers, directeur opérationnel de BTK, avait fait sensation en annonçant sa volonté de construire quatre grosses centrales au gaz en Belgique. Le gestionnaire d’actifs nouvellement créé au Grand-Duché du Luxembourg disait être en train de finaliser l’acquisition des sites de Vilvorde et de Langerlo pour installer, sur chacun des sites, deux nouvelles centrales de 870 MW chacune – de quoi couvrir la quasi-totalité des besoins en nouvelles centrales au gaz suite à la sortie du nucléaire. Un investissement de 2,5 milliards d’euros, pour le compte d’investisseurs qataris, mais aussi de banques suisses ou américaines, expliquait Marc Segers. Dans certains médias, il mentionnait explicitement la société publique Qatargas comme investisseur, mais aussi comme fournisseur de gaz à des conditions avantageuses.

"Les plans de BTK semblent trop beaux pour être vrais" nous avait d’emblée affirmé un concurrent. Depuis, les points d’interrogation se multiplient.

Il y a d’abord Qatargas qui a qualifié jeudi d’"incorrectes et trompeuses" les affirmations de Marc Segers, démentant tout lien avec BTK comme avec Marc Segers. Ce dernier persiste: il n’est qu’un des associés, qui ne traite pas en ligne directe avec le Qatar, et BTK est le holding de tête, la société opérationnelle étant EG Luxembourg. Il est donc possible que Qatargas ne connaisse ni le nom de BTK, ni le sien, affirme Marc Segers, mais la société publique qatarie est bel et bien partie intégrante du projet. "À partir de 2022, date de mise en service de notre première centrale, Qatargas sera notre seul fournisseur de gaz à Zeebruges" déclare-t-il.

Course avec Electrabel

Il reste de nombreux obstacles à franchir. D’abord, il faut finaliser l’achat des deux sites. Ensuite, la première centrale que BTK veut construire entre en concurrence avec un projet d’Electrabel, qui dispose toujours d’un terrain à Vilvorde. "Nous continuons les analyses pour la construction d’une unité de plus de 800 MW sur ce terrain, confirme Anne-Sophie Hugé, porte-parole d’Electrabel. Des contacts préliminaires ont été pris avec les autorités et les gestionnaires de réseau." Le premier arrivé sera vraisemblablement le premier servi: c’est lui qui utilisera la ligne électrique existante de 150 kV.

"Nous nous concentrons pour l’instant sur la construction de la première centrale."
Guy Willemot
Responsable de la centrale existante de Vilvorde

"Nous nous concentrons pour l’instant sur la construction de la première centrale, indique Guy Willemot, responsable de la centrale existante à Vilvorde, et qui devrait à l’avenir travailler pour BTK. Pour les trois autres, des analyses sont encore nécessaires."

Décrocher les permis d’environnement et d’exploitation pour deux centrales à Vilvorde risque d’être difficile en termes d’émissions de NOx. Et pour accueillir une deuxième grosse centrale au gaz sur ce site, des travaux conséquents sur le réseau d’Elia seraient nécessaires, avec un raccordement au réseau 380 kV, ce qui prend du temps. Il faudrait aussi un renforcement du réseau de gaz local.

À Langerlo, c’est pas moins de 20 kilomètres de gazoducs qu’il faudrait construire pour alimenter deux centrales au gaz. "Des travaux qui devraient pouvoir se faire en moins de quatre ans" affirme toutefois Fluxys, le gestionnaire du réseau de transport de gaz. Il serait aussi nécessaire de connecter le site à la ligne de 380 kV qui passe à proximité, ce qui ne sera pas nécessairement chose aisée. Et c’est sur cette ligne que projette de se connecter la centrale néerlandaise de Maasbracht: deux projets incompatibles.

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