BP: 50 milliards de dollars pour survivre

La compagnie pétrolière britannique va se refinancer en trois phases. Un employé a indiqué avoir découvert un défaut dans un équipement de sécurité quelques semaines avant l'explosion, mais que ce problème n'avait pas été réparé...

Depuis vendredi dernier, l’Américain Bob Dudley, originaire du Mississippi et autrement plus charismatique que le directeur général de BP Tony Hayward, est le responsable du  suivi de la marée noire du Golfe du Mexique. Cela n’a pas empêché Hayward de commettre dès le lendemain une nouvelle bourde – ou provocation, ou manœuvre communicationnelle – en assistant à une régate de milliardiaires dans le sud de l’Angleterre. Son bateau y concourait, et portait le même prénom que Dudley : Bob.

Le directeur général a commencé cette semaine par un déplacement en Russie – le quart de la production de BP - destiné à rassurer le président Dmitri Medvedev sur l’idée que BP survivrait à la plus grave crise de son histoire, et continuerait d’y opérer.

Pour cela, quelque 50 milliards de dollars seront nécessaires. Le refinancement sera effectué en trois phases : BP va vendre l’équivalent de 10 milliards de dollars d’obligations dans les prochains jours, puis sollicitera des prêts d’un montant total de vingt milliards. Sept banques ont été sollicitées, notamment Barclays, HSBC et RBS. Mais des doutes existent sur la volonté des banques – américaines notamment – à octroyer rapidement des prêts tant que la note finale de la marée noire ne sera pas connu.  A moyen-terme, des actifs d’un montant total de 20 milliards seront vendus. Ils concerneront des participations non-majoritaires, mais aussi et surtout, selon le quotidien britannique The Independent, les actifs en mer du Nord.

BP a accepté la semaine dernière de créer d’ici 2013 un fonds de compensation de 20 milliards de dollars pour les victimes de la marée noire, mais la facture pourrait être au final jusqu’à cinq fois plus élevée. Début juin, BP a indiqué qu’elle disposait encore de cinq milliards de trésorerie, de 5,25 milliards de lignes de crédit non utilisées et de 5,25 de crédit-relais supplémentaires. La société a également renoncé à distribuer les dividendes pour les trois prochains trimestres, soit environ 7 milliards de dollars.

Les mauvaises nouvelles ont continué de pleuvoir ces trois derniers jours.

  • La société Anadarko Petroleum, qui détient un quart de la licence du gisement du puits défaillant, s’est défaussé de sa responsabilité en accusant BP de " faute lourde ".

 

  • Le captage du pétrole représente toujours moins de la moitié de la fuite, alors que des experts cités par le Times ont expliqué que la fuite, même considérablement réduite, pourrait durer plusieurs années. Par ailleurs, un document interne à BP, révélé par le président de la sous-commission de l'Energie et de l'Environnement à la Chambre des représentants, le démocrate Ed Markey, indique que dans le pire des cas, en cas de panne ou de nouvel incident technique, plus de 100 000 barils pourrait se répandre quotidiennement dans le Golfe du Mexique. Depuis deux mois, les estimations de la fuite ont été à plusieurs reprises revues à la hausse. Les responsables de BP sont accusés d’avoir minimisé son ampleur dès le départ, où l’équivalent de " seulement " 5000 barils était censé s’échapper.

 

  • La dernière info n'est pas non plus à l'avantage de BP : un employé du "puits du cauchemar" a affirmé dans une émission de la BBC avoir été témoin d'une fuite qui n'a jamais été réparée, les opérateurs ayant choisi une solution provisoire de remplacement.  Un employé de la plate-forme, dont l'explosion fin avril a causé la mort de 11 personnes et causé la marée noire, a affirmé à la BBC, dans l'émission Panorama diffusée lundi, avoir été témoin d'une fuite sur une importante pièce de sécurité, et assuré que celle-ci n'avait pas été réparée, les opérateurs préférant se reposer sur une pièce de secours.
    "Nous avons vu une fuite sur le bloc d'obturation, nous en avons informé la compagnie, ils ont une salle de contrôle depuis laquelle ils peuvent fermer ce bloc et en activer un autre de telle sorte qu'ils n'ont pas besoin d'arrêter la production", a rapporté Tyrone Benton, qui a décidé selon la BBC de poursuivre à la fois BP et le propriétaire de la plate-forme Transocean, pour négligence dans cette affaire.

 

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