Bras de fer entre Madrid et Buenos Aires autour de Repsol

Repsol comme le gouvernement espagnol ont riposté en termes très forts au projet argentin d'exproprier le groupe pétrolier de sa filiale YPF. La demande de compensation, devant un tribunal international, devrait dépasser les 10 milliards de dollars.

 Le groupe pétrolier espagnol Repsol demandera une compensation via un arbitrage international, qui pourrait dépasser les 10 milliards de dollars, après l'annonce par le gouvernement argentin de son projet de l'exproprier de sa filiale YPF, a annoncé mardi son président. Repsol comme le gouvernement espagnol ont donc riposté mardi en termes très forts au projet argentin d'exproprier le groupe pétrolier de sa filiale YPF.

Pour la deuxième fois en moins d'une semaine, l'ambassadeur argentin a été convoqué au ministère des Affaires étrangères.
→ Dès lundi soir, Madrid avait dénoncé un geste "hostile" et annoncé que des mesures "fortes" seraient prises dans les jours à venir. Celles-ci concerneront "le domaine diplomatique, commercial, industriel et énergétique", a précisé mardi le ministre de l'Industrie José Manuel Soria.

"Quelqu'un doit m'expliquer ce qui s'est passé, pourquoi, il y a quatre mois, YPF) était le meilleure entreprise argentine, et maintenant c'est la pire"

Le président de Repsol



Le pays a reçu d'ailleurs le soutien du président de la Commission européenne José Manuel Barroso, qui s'est dit "extrêmement déçu" de la décision, prise lundi par la présidente argentine, de faire passer 51% d'YPF sous le contrôle de l'Etat et des provinces du pays.

Et cette bataille diplomatique se double désormais d'une guerre financière: Repsol, dont le titre accusait le coup mardi matin à la Bourse de Madrid, chutant de plus de 6%, a annoncé qu'il ferait appel à l'arbitrage international pour obtenir compensation.

"Tout Etat a le droit d'exproprier, mais il faut aussi payer", a clamé devant la presse Antonio Brufau, le président de Repsol, et "ces actes ne resteront pas impunis".

Le groupe demandera "une compensation à travers l'arbitrage international", qui devra être "au moins égale" à la valeur de sa part de 57,4% dans YPF, que Repsol estime à 10,5 milliards de dollars (8 milliards d'euros), soit une valeur totale d'entreprise de 18,3 milliards.

Il a le choix entre deux tribunaux, dans ce domaine: le Cirdi, qui dépend de la Banque mondiale, et l'Uncitral, une commission des Nations Unies, a précisé à l'AFP un porte parole du groupe.

"Repsol lancera toutes les actions légales qui sont à sa portée", a déclaré le président de l'entreprise. "L'éventail est large", a-t-il souligné, citant de possibles actions au niveau constitutionnel, commercial ou civil.

Alors que le gouvernement argentin accuse le groupe espagnol de ne pas avoir assez investi dans YPF, M. Brufau a rappelé avoir réalisé, depuis l'achat de la filiale en 1999, "20 milliards de dollars d'investissements, et à cela il faut ajouter les 15 milliards de dollars pour acheter" YPF. Depuis, "les investissements ont toujours été très supérieurs aux résultats", a-t-il insisté.
Au final, la décision de Cristina Kirchner, qui "nous a causé une énorme tristesse", "est une manière de cacher la crise économique et sociale dont souffre actuellement l'Argentine", en raison notamment de sa "politique énergétique erronée", a-t-il accusé.

Le président de Repsol a dénoncé, de la part de Buenos Aires, une campagne de "harcèlement", menée ces dernières semaines, "planifiée de manière calculée pour provoquer la chute de l'action d'YPF et faciliter l'expropriation à prix cassé". "Ce n'est pas digne d'un pays moderne, l'Argentine ne mérite pas ça", a-t-il estimé.


Repsol a rappelé qu'en 2011, YPF a représenté 25,6% de son résultat opérationnel, 21% de son bénéfice net et 33,7% de ses investissements.
"Ce sont des chiffres importants mais que nous pouvons supporter", a indiqué  Brufau, soulignant ainsi la solidité de Repsol, même sans l'Argentine, et disant agir "surtout, pour le respect de la sécurité juridique" des entreprises au niveau international.

Rappelant que "jusqu'à fin 2011, le gouvernement argentin montrait de nombreux signes de satisaction vis-à-vis de YPF", le président de Repsol s'est interrogé: "quelqu'un doit m'expliquer ce qui s'est passé, pourquoi, il y a quatre mois, (YPF) était le meilleure entreprise argentine, et maintenant c'est la pire". S'adressant à Cristina Kirchner, Brufau a dit: "avant d'insulter, de stigmatiser, parlons, parce que l'intérêt d'YPF, c'est l'intérêt de l'Argentine".

 

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