Cargill produira à Gand du diesel à partir d'eaux usées

©Stad Gent

Le géant alimentaire Cargill investit 150 millions d'euros dans la construction d'une nouvelle unité de production de biodiesel dans le port de Gand.

Le biocluster au port de Gand poursuit son développement. Dans quelques semaines, le groupe agro-industriel américain Cargill y démarrera la construction de sa deuxième unité de production de biodiesel, a-t-on appris. Le géant alimentaire entend ainsi tirer parti du durcissement de la législation européenne qui vise à remplacer, dans la composition du carburant bio, les produits agricoles comestibles par des résidus d'huile et des déchets.

«L’usine sera unique en son genre en Europe."
Alexis Cazin
Directeur de Cargill Biodiesel

"L'usine sera unique en son genre en Europe, explique Alexis Cazin, directeur de Cargill Biodiesel: elle n'utilisera pas un type unique de déchets, mais pourra produire du biodiesel à partir des types les plus divers de graisses et de déchets pour lesquels il n'existe pas encore d'autres remplois possibles." Un projet qui participe ainsi à l'économie circulaire.

Déchets d'abattoirs

"Comme matières premières, nous pouvons utiliser par exemple des déchets d'abattoirs, dont on ne peut pas faire des aliments pour chiens et chats, mais aussi la graisse de friture des restaurants, et même les boues d'épuration. Ainsi, dans la région gantoise, nous prévoyons de récupérer chaque années 6.000 à 10.000 tonnes de graisses usées, ce qui représentera de 5 à 10% de notre approvisionnement."

"En clair, cette nouvelle usine ne transformera plus des produits comestibles en énergie", assure Alexis Cazin.

150
millions d'euros
Cargill va investir 150 millions d’euros dans la nouvelle usine qui créera 20 emplois directs.

Cargill investit 150 millions d'euros dans la nouvelle usine qui créera 20 emplois directs et devrait être opérationnelle en juin 2022. Au départ, l'installation produira chaque année 115.000 tonnes de biocarburant, avec un objectif à terme de 150.000 tonnes.

Le géant alimentaire entend ainsi se positionner solidement sur un marché appelé à évoluer drastiquement. Dès l’an prochain, l’Europe durcira les exigences relatives aux matières premières pouvant servir à produire du biodiesel. Le règlement européen RED II impose en effet le remplacement progressif, d'ici à 2030, des denrées alimentaires telles que l’huile de palme et le soja, par des déchets non comestibles pour arriver à une nouvelle génération de biocarburant. Ainsi, le diesel et l'essence avec lesquels les Européens feront leur plein devront contenir un pourcentage croissant de ces biocarburants plus durables.

D'abord comme additif

Le biodiesel produit par la nouvelle usine sera utilisé en premier lieu comme additif pour rendre plus durables les carburants fossiles à la pompe. "Si l'énergie électrique monte en puissance dans le transport, elle ne convient pas à tous les véhicules", fait remarquer Alexis Cazin. "Aujourd’hui, 90%  des camions roulent encore au diesel. Ils ne passeront pas tous à l'électrique du jour au lendemain. Toujours est-il que notre société aura encore besoin de carburants liquides et de biodiesel au cours des 15 prochaines années. Par ailleurs, en 2021, nous pensons que le renforcement de la réglementation et le Green Deal européen amèneront les bateaux à utiliser davantage de biodiesel. Nous voyons également un potentiel dans le secteur aérien. Et à partir de 2025, l'industrie bio devrait s'y intéresser aussi, pour produire des dissolvants, des lubrifiants, des emballages… sans pétrole."

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