carte blanche

Cinq vérités qui dérangent à propos de la transition énergétique

La transition énergétique est nécessaire pour le bien commun et pour les générations futures. Mais au vu des chiffres, des technologies disponibles et des comportements observés, ne négligeons pas les habitudes à changer, les investissements nécessaires à consacrer et les pierres d’achoppement du "tout électrique".

Le secteur de l’énergie est responsable de 70% des émissions de gaz à effet de serre (GES) dans le monde. Il est donc le principal concerné lorsqu’il s’agit de respecter les accords de Paris visant à lutter contre les changements climatiques et garder les températures globales sous le 1,5°C par rapport à l’ère préindustrielle.

Marie-Christine Marghem . ©Photo News

L’Union européenne (UE) peut servir de phare au monde. Elle s’est fixé l’objectif de neutralité carbone à l’horizon 2050 et la Commission a proposé de réduire de 55% ses émissions de gaz à effet de serre en 2030 par rapport à 1990 en ligne avec le « Pacte Vert », priorité de la présidente Ursula von der Leyen. Il s’agit de réduire l’empreinte carbone tout en relançant l’économie vers un nouveau modèle de développement.

Verdissement en cours

Le secteur de l’énergie doit massivement se transformer. Le découplage entre l’exploitation des ressources naturelles et la prospérité est possible. Entre 2005 et 2018, l’UE a réduit sa consommation d’énergie de 8%, ses émissions de GES de 19% tout en voyant son PIB s’accroître de 18% (1). Mais sur la même période, la Chine - devenue la fabrique du monde - a vu le doublement de ses émissions.

Domenico Rossetti di Valdalbero. ©Jan Van der Perre

En Europe, le verdissement est en cours. Les renouvelables sont passées de 7 à 20% de la production d’énergie en 20 ans. Le charbon est en voie d’extinction même si des pays comme la Pologne et l’Allemagne l’utilisent pour produire respectivement 80% et 30% de leur  électricité. Le pétrole et le gaz couvrent 55% de la consommation énergétique dans l’UE.

20%
Part du renouvelable
Les énergies renouvelables sont passées de 7 à 20% de la production d’énergie en 20 ans.

Au-delà du changement climatique et de l’impact des polluants sur la santé publique, la sécurité d’approvisionnement énergétique est en question. L’UE importe plus de 90% du pétrole et plus de 80% du gaz naturel qu’elle utilise de pays tiers. Hormis la Norvège, ces importations proviennent d’Etats dont la gouvernance est loin des valeurs démocratiques de l’UE.

La transition énergétique - positive pour l’économie, pour la planète et la sécurité d’approvisionnement - s’accompagne de cinq vérités qui dérangent.

L’électrification est et sera sans doute l’un des principaux catalyseurs de la transition vers une énergie propre (2). L’électricité couvre 25% de la demande finale d’énergie dans l’UE ; dans le scénario de neutralité carbone, elle atteindrait près de 50% de la demande finale d’énergie en 2050. Bref, une très grande partie de la chaleur dans les bâtiments (via les pompes à chaleur), des processus industriels (chimie, acier) et des transports (cf. voitures électriques) dépendront de l’électricité (3).

"L’électrification est et sera sans doute l’un des principaux catalyseurs de la transition vers une énergie propre. De dépendants de nos fournisseurs d’électricité, nous en deviendrons hyperdépendants."
Marie-Christine Marghem et Domenico Rossetti di Valdalbero
Respectivement Présidente et Secrétaire politique du MCC (MR)

Pour nos enfants, un black-out électrique signifierait donc un problème d’éclairage et d’écrans mais aussi un arrêt de la mobilité, du chauffage et des usines. De dépendants de nos fournisseurs d’électricité, nous en deviendrons hyperdépendants.

Deuxièmement, la consommation primaire d’énergie est, en 2020, très proche de celle de 2000 : l’UE consomme 1.400 millions de tonnes équivalent pétrole et cela malgré une démographie constante, des hivers plus doux et une plus grande efficacité énergétique. Cela est partiellement lié à "l’effet rebond" où les économies d’énergie et la plus grande efficacité énergétique sont répercutées sur d’autres consommations énergétiques.

Troisièmement, la transition a un coût, surtout pour les "petits consommateurs". Le résidentiel (maisons, bureaux et commerces) et les transports utilisent 70% de l’énergie dans l’Union. Faire passer sa maison de la classe énergétique D à B engendre un coût (isolation, double vitrage, chaudière à condensation). Bondir à A+ (en ligne avec l’objectif 2050) requiert un investissement substantiel sinon prohibitif pour une grande partie de la classe moyenne. Idem pour le passage d’une voiture thermique à une voiture électrique pour les bas salaires.

Faire passer sa maison de la classe énergétique D à B engendre un coût (isolation, double vitrage, chaudière à condensation). ©BELGAIMAGE

Quatrièmement, le stockage de l’électricité reste problématique. Les batteries - maillon essentiel de l’électrification - ont besoin de matériaux qui, tant dans leur phase d’extraction que pour leur recyclage, posent question d’un point de vue social (cf. mines de cobalt en Afrique), environnemental (cf. part recyclée rarement au-dessus de 50%) et géopolitique (cf. quasi-monopole de la Chine sur les terres rares).

Cinquièmement, si aujourd’hui un tiers de l’électricité de l’UE est produite à partir de sources d’énergies renouvelables, plus de 44% proviennent du nucléaire et du gaz naturel. Quasiment nulle part, il n’est fait référence à ces technologies et à ce combustible dans le cadre des objectifs énergétiques et climatiques de 2030 et 2050 alors que des investissements de milliards d’euros sont en cours que ce soit pour des gazoducs ou des nouvelles centrales.

Ne donnons pas des armes aux "trumpistes"

La transition énergétique est nécessaire pour le bien commun et pour les générations futures. Mais au vu des chiffres, des technologies disponibles et des comportements observés, ne négligeons pas les habitudes à changer, les investissements nécessaires à consacrer et les pierres d’achoppement du "tout électrique". Enfin, sans dogmatisme, utilisons toutes les technologies disponibles.

"Au vu des chiffres, des technologies disponibles et des comportements observés, ne négligeons pas les habitudes à changer, les investissements nécessaires à consacrer et les pierres d’achoppement du 'tout électrique'."
Marie-Christine Marghem et Domenico Rossetti di Valdalbero
Respectivement Présidente et Secrétaire politique du MCC (MR)

Ce changement de paradigme touche à nos modes de vie et à ce qui nous est intime. Ne donnons pas des armes aux "trumpistes", aux gilets jaunes et aux "anti-systèmes". Soyons honnêtes sur la transition énergétique.

Soutenons la vague de rénovations des bâtiments, le changement des vieilles voitures et des appareils domestiques énergivores des personnes à bas revenus par de "justes aides". Et investissons dans l’innovation technologique (cf. nouvelles renouvelables, hydrogène propre, nucléaire, captation, usage et stockage du CO2,) et l’innovation sociale (cf. comportements durables).

La transition énergétique ne sera couronnée de succès que si elle est comprise et intégrée par les 450 millions de citoyens qui doivent devenir les acteurs-clés de ce changement de paradigme dans leurs foyers, leurs modes de vie et de transport.

Marie-Christine Marghem et Domenico Rossetti di Valdalbero
Respectivement Présidente et Secrétaire politique du MCC (MR)

(2) La capacité installée dans l’UE27 est passée de 600.000 à plus de 900.000 mégawatts en vingt ans et la production électrique a augmenté de plus de 12% (de 2657 TWh en 2000 à plus de 3000 TWh aujourd’hui).

Lire également

Messages sponsorisés

Messages sponsorisés