Comment Engie anticipe la révolution de la voiture électrique et partagée

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Et si, en 2030, une part significative des voitures privées était remplacée par des véhicules électriques, partagés et autonomes? Le temps de trajet moyen à Bruxelles serait divisé par deux, et le coût du trajet allégé de 40%. Il y aurait besoin de six fois moins de places de parking, et la qualité de l’air serait drastiquement améliorée.

En 2030, à Bruxelles, une flotte partagée de 18.000 véhicules électriques et autonomes remplace 330.000 voitures privées, et assure 1,1 million de trajets par jour. De et vers la capitale également, les voitures partagées ont la cote: une flotte de 62.000 véhicules remplace 400.000 voitures privées.

Le temps de trajet moyen a été divisé par deux, et le coût du trajet a été allégé de 40%. Le nombre de places de parkings est divisé par six, et il n’y a quasiment plus d’embouteillages, puisque le parc automobile a fondu et que les voitures ne tournent plus à la recherche d’une place où se garer. C’est désormais le samedi après-midi que la demande de déplacements est la plus forte, ainsi que les soirs de vacances. La qualité de l’air dans la capitale s’est drastiquement améliorée et le bruit a fortement diminué, tout comme le nombre d’accidents.

On pourrait arriver à 1 million de véhicules électriques d’ici 2030.
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Ce scénario est décrit dans une étude réalisée par Tractebel et baptisée PlugMyCar, dont L’Echo a pu prendre connaissance. L’étude a été réalisée en 2016, et n’était pas destinée à être diffusée. "Il s’agit d’un projet interne initié par Engie Fab, qui a pour mission de développer de nouveaux business et de nouvelles activités, auquel Tractebel a apporté son support", explique Vincenzo Giordano, co-auteur de l’étude.

Se projeter suffisamment loin

La mobilité électrique est un des éléments de disruption identifiés par le groupe. C’est un enjeu clé pour un énergéticien comme Engie, puisqu’elle fait converger les mondes de la mobilité et de l’énergie, avec des voitures qui deviennent aussi des moyens de stockage de l’électricité, et peuvent rendre une série de services au réseau électrique.

"Cette étude, qui se base sur des modélisations chiffrées, avait pour objectif de se projeter suffisamment loin dans le futur pour faire abstraction du présent, mais pas trop loin, pour ne pas devenir irréaliste, poursuit Vincenzo Giordano. "Le scénario que nous décrivons est un scénario disruptif, et non pas notre vision de ce qui se passera en 2030. À partir de là, il s’agit de revenir au présent pour voir quels nouveaux modèles de business peuvent être développés, ce qui évite de faire du court-termisme."

Le groupe a en fait retenu la leçon de ce qui s’est passé avec les drones. "Ils se sont développés plus rapidement qu’attendu, et le présent n’a pas été suffisamment préparé. Le cadre réglementaire, notamment, n’est pas prêt", constate Michaël De Koster, responsable des développements en mobilité électrique chez Engie.

Si tous ces véhicules se rechargent tous au même moment, cela constituera une fameuse menace. Mais cela offrira également une formidable opportunité.
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Parmi les hypothèses de l’étude PlugMy Car: le taux d’occupation des véhicules à l’intérieur de Bruxelles augmente. On passe à 3 passagers par véhicule, au lieu d’1,2 aujourd’hui, la digitalisation permettant d’organiser les trajets de manière optimale – et aussi de combiner modes de transport privés et publics. "Cela implique bien sûr un changement des comportements, reconnaît Vincenzo Giordano, mais qui aurait dit il y a dix ans que tant de monde mettrait sa maison à disposition via une plateforme comme Airbnb?"

À noter que les facteurs les plus importants dans ce scénario du futur sont l’électrification des véhicules et leur partage — le fait qu’ils sont en outre autonomes a moins d’impact.

Autre élément marquant: le boom de l’e-commerce, qui fait bondir de 75% les trajets liés à la livraison de colis. Conjugué à l’augmentation de la démographie, mais tempéré par la dématérialisation des lieux de travail, le phénomène conduit à une augmentation globale des trajets de 10%.

De nouveaux business

"Comme la flotte est dimensionnée pour répondre à la demande aux heures de pointes, les voitures ne circulent que 150 kilomètres par jour, en moyenne. Le reste du temps, elles peuvent être branchées soit en recharge, soit à disposition du système électrique, qui est complètement décartonné dans notre scénario", note Vincenzo Giordano.

Plusieurs milliers de bornes de recharge ont bien sûr été installées en voirie, mais aussi dans les bâtiments. Un métier qui fait partie de la stratégie de développement du groupe Engie. "L’an dernier, nous avons racheté EV-Box, un des leaders mondiaux dans le domaine, rappelle Michaël De Koster. "Nous voulons apporter à nos clients, B2B d’abord, la technologie, l’installation et la gestion de ces infrastructures. Une autre activité pour nous, c’est tout le rechargement intelligent: nous avons développé des algorithmes qui permettent, en fonction des besoins des utilisateurs et de l’électricité produite localement, de gérer la recharge d’un parc automobile. Ce sont des services que nous assurons déjà pour des clients comme Swift."

Le groupe est aussi en contact avec des sociétés de taxis à Leuven ou à Gand, qui songent à électrifier leur parc. Et il a également en tête l’exemple du Japon, où après Fukushima, les Nissan Leaf ont été équipées d’un système permettant de les utiliser pour alimenter les bâtiments en électricité.

Avec quelque 10.000 véhicules électriques en circulation aujourd’hui en Belgique, le potentiel chez nous est encore limité. Mais Engie s’attend à un boom entre 2020 et 2025, avec la baisse des prix et l’arrivée de dizaines de nouveaux modèles. "On pourrait arriver à 1 million de véhicules électriques d’ici 2030. S’ils se rechargent tous au même moment, cela constituera une fameuse menace. Mais cela offrira également une formidable opportunité, avec une capacité de stockage théorique de 40.000 MWh – incomparablement plus que les 6 MWh de batteries que nous avons installés à Drogenbos, et nettement plus que les 5.000 MWh de la centrale de Coo", conclut Michaël De Koster. Un futur auquel le groupe veut se préparer dès maintenant.

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