Engie confirme analyser plusieurs options pour ses activités belges

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Réduction drastique du périmètre d’Electrabel et cadre strict autour des provisions nucléaires: tel est le plan d’Engie.

Le versement d’un dividende d’1,6 milliard d’euros par Electrabel à sa maison-mère fait beaucoup de bruit, Jean-Marc Nollet accusant Engie d’organiser l’insolvabilité d’Electrabel, ce à quoi Electrabel répond que ses capitaux propres sont encore valorisés à plus de 32 milliards. Mais Paris a concocté un plan beaucoup plus ambitieux pour diminuer son risque sur Electrabel, sa filiale à 100%, apprend L’Echo.

Au menu: une réduction drastique du périmètre d’Electrabel et un cadre strict autour des provisions nucléaires. L’objectif — non avoué? Se protéger de l’épée de Damoclès que représentent ces provisions et améliorer le profil de risque du groupe ainsi que le niveau de son cours de bourse.

Questions sur les provisions

Fin 2017, les propriétaires des centrales nucléaires belges, Electrabel et dans une moindre mesure EDF, avaient constitué des provisions de 10,1 milliards d’euros pour couvrir le démantèlement des réacteurs et la gestion des déchets. Mais des questions se posent sur la suffisance de ces provisions comme sur leur disponibilité.

Engie confirme analyser plusieurs options pour ses activités belges

Engie a confirmé ce vendredi qu'il analysait un certain nombre d'options pour ses activités en Belgique "en vue de renforcer l'ancrage territorial de celles-ci". Le communiqué du groupe français fait suite à notre articles paru ce jeudi en fin de journée. Concernant le cadre strict autour des provisions nucléaires, Engie explique "poursuivre ses discussions avec les autorités belges". "Electrabel serait ainsi à même d'accompagner plus étroitement encore la transition énergétique voulue par le pays tout en restant en situation d'assumer pleinement ses obligations, de couverture, de coût de démantèlement et de gestion de l'aval de cycle nucléaire", selon le communiqué.

> Le communiqué d'Engie

L’Ondraf, chargé de la gestion des déchets radioactifs, a inclus une marge de sécurité dans ses calculs, mais elle ne couvre pas les incertitudes liées à l’absence de décision quant au stockage de définitif des déchets les plus radioactifs. L’Ondraf utilise comme scénario un stockage à 200 mètres de profondeur, alors que les autres pays envisagent des profondeurs supérieures. Le scénario belge pourrait être revu, ce qui risque d’alourdir l’addition de plusieurs milliards d’euros.

Autre souci: Synatom, la filiale d’Electrabel qui gère ces provisions, peut en reprêter 75% à sa maison-mère, et plusieurs spécialistes jugent que la sécurisation de ces fonds n’est pas suffisante.

L’Ondraf a été chargé de revoir ses évaluations, et la Commission des provisions nucléaires a entrepris de réviser le système actuel, conçu en 2003, et a proposé à la ministre de l’Énergie, Marie-Christine Marghem, un avant-projet de loi qui garantisse mieux ces provisions. Les principales modifications? Un renforcement des pouvoirs de la Commission des provisions nucléaires, qui pourrait annuler une décision de Synatom ou l’obliger à poser un acte juridique déterminé, et surtout l’instauration de garanties chaque fois qu’un prêt est accordé.

Engie a expliqué au gouvernemnent belge que ces nouvelles règles risquaient d’entraîner une révision à la baisse du ‘credit rating’ d’Electrabel. Or Electrabel, ce n’est pas seulement les activités belges: la société détient aussi une série d’activités à l’international, comme des centrales électriques au Moyen-Orient ou au Brésil. Elle pèse 32,7 milliards d’euros – la moitié de la valeur de toutes les participations du groupe Engie.

Isabelle Kocher, directeur général du groupe, a dès lors chargé Pierre Mongin, directeur général adjoint, de formuler une contre-proposition. Mieux vaut, pour lui, ne pas modifier la loi, ce qui la complexifierait inutilement: des aménagements peuvent être apportés via la convention tripartite conclue en 2004 entre l’État belge, Synatom et Electrabel — une convention qui pourrait devenir quadripartite, Engie donnant sa garantie sur les provisions existantes, Electrabel étant chargé de verser les surplus éventuels qui seraient exigés.

37,2 Mrds €
Un poids lourd
Electrabel, c’est aussi une série d’activités à l’international: la société, qui pèse 37,2 milliards d’euros, représente la moitié de la valeur de toutes les participations d’Engie.

Un Electrabel taille XS

Mais il s’agirait d’un Electrabel au périmètre fortement resserré: il serait vidé de ses actifs internationaux, voire même de la production d’électricité renouvelable. "De quoi faire d’Electrabel quelque chose qui ressemble furieusement à une bad bank" s’insurge un acteur-clé du dossier.

Une lecture que conteste bien entendu Engie, qui répète à tous ses interlocuteurs qu’il n’a pas intérêt à organiser la fragilité d’Electrabel, et qu’il n’a aucunement l’intention d’échapper à ses reponsabilités. Et effectivement, si le rating d’Electrabel se dégrade, cela diminue drastiquement les montants qu’il peut emprunter à Synatom. Mais si Engie devient partie à l’accord et donne les garanties nécessaires, il pourrait lui-même bénéficier de ces prêts.

Un calendrier assez précis avait été imaginé par Engie, avec une négociation de quelques semaines, et une ratification du nouvel accord par le gouvernement belge en mai.

Les Français ont présenté leur plan à la ministre de l’Énergie, ainsi qu’au Premier ministre. Et ils ont été reçus avec beaucoup de circonspection. Impensable, nous revient-il, de prendre le risque de se retrouver avec des provisions insuffisantes au moment où elles devront être libérées. La Commission des provisions nucléaires a elle aussi remis un avis fort critique.

"Sans solution sur le nucléaire, Engie est fragilisé", remarque un Belge très au fait du dossier. "Mais c’est la poule aux œufs d’or que Paris risque de tuer, en voulant se mettre à l'abri d'un scénario où il devrait payer trop de provisions nucléaires." A Paris, où on ne cesse de se féliciter du dialogue engagé avec le gouvernement Michel, on attend le verdict des autorités belges, en se montrant prêt à remettre si nécessaire l’ouvrage sur le métier.

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