Dans le ventre de la première prise électrique géante en mer

Ce colosse orange devrait être acheminé fin février à 40 kilomètres au large de Zeebruges. ©Wim Kempenaers

La construction de l’énorme plateforme destinée à la prise unique en mer qui va rapatrier l’électricité des parcs éoliens se termine. Cette prise en mer, un investissement de 400 millions pour Elia, devrait être opérationnelle en septembre 2019.

Dans un des halls de l’entreprise Heerema, à Zwijndrecht, aux Pays-Bas, les travailleurs s’affairent comme des fourmis. L’entreprise, spécialisée dans l’ingénierie et la fabrication de grandes structures pour l’industrie pétrolière et gazière, termine la construction de l’immense plateforme pour la prise unique en mer qui connectera à la terre ferme les parcs éoliens Rentel, Northwester 2 et Seamade (né de la fusion de Seastar et Mermaid).

La structure a été assemblée, Heerema est maintenant occupée à connecter tous les équipements de ce colosse orange de 17 mètres de large et de 27 mètres de long, et qui pèse 2.000 tonnes.

Au premier étage, trois ouvertures dans le plancher sont destinées à accueillir les trois câbles de 28 centimètres de diamètre qui exporteront l’électricité vers la côte. Un étage plus haut, se trouve le cœur de la plateforme, le nœud électrique refroidi au gaz où l’électricité produite par les parcs éoliens arrivera et sera transformée en courant de 220 kV avant d’être envoyée dans les trois câbles de la prise unique en mer.

L’étage suivant accueille les équipements de sécurité et de contrôle. Un étage qui hébergera aussi quelques cabines, une douche et une kitchenette - même si cette prise électrique géante sera contrôlée à distance, depuis le dispatching central du gestionnaire du réseau à haute tension Elia, situé à Schaerbeek. "Cela permettra au personnel de passer quelques jours, par exemple en cas de tempête ou de panne d’hélicoptère", explique Tom Pietercil, gestionnaire du projet pour Elia. Enfin, sur le toit, l’héliport, qui se trouvera à 41 mètres au-dessus du niveau de la mer.

Fin février, le chantier devrait être terminé, et la plateforme sera chargée sur une barge qui sera remorquée jusqu’au large de Zeebruges, à 40 kilomètres de la côte. Là, elle sera installée au moyen d’une énorme grue sur les fondations de cette future prise électrique, une structure métallique de 1.500 tonnes qui a été ancrée à 60 mètres au fond de la mer début novembre.

Un parcours semé d’embûches

"Il y a 20 ans, si on m’avait dit que le gestionnaire du réseau belge à haute tension allait être actif dans l’offshore, je ne l’aurais pas cru", lâche Markus Berger, chief infrastructure officer d’Elia, en levant les yeux vers l’énorme structure.

"Il y a 20 ans, si on m’avait dit qu’Elia allait être actif dans l’offshore, je ne l’aurais pas cru."
Markus Berger
Chief infrastructure officer d’Elia

C’est pourtant son entreprise qui a porté ce projet de prise électrique en mer, dont on a commencé à parler en 2011, avec le développement de l’éolien en mer. Le parcours a été semé d’embûches. "Ce n’est qu’après beaucoup de palabres qu’en 2016, nous sommes parvenus à un accord avec l’administration, les cabinets, le régulateur et les différents parcs sur la façon dont ce MOG (Modular Offshore Grid) allait être réalisé. Et nous avons pris la décision d’investissement bien avant de disposer d’un cadre légal et d’un cadre régulatoire, parce que nous nous étions engagés vis-à-vis des parcs à être opérationnels en septembre 2019", rappelle Markus Berger. Un calendrier qui devrait être tenu.

Le montant de l’investissement? 400 millions d’euros pour Elia - un investissement qui sera rémunéré via les tarifs de transport d’électricité - auxquels s’ajoutent 230 millions d’euros pour les connexions des parcs à cette prise unique.

Les avantages d’un tel projet, selon Elia? D’abord, sa modularité, ce qui a permis de s’adapter au planning de chaque parc  - le parc éolien Rentel, dont la construction se termine, a ainsi tiré son propre câble vers la côte, câble qui sera par la suite réutilisé par le MOG. Ensuite, le fait que contrairement aux liaisons directes de chaque parc avec la côte, il offre une certaine redondance en cas de problème. Enfin, le fait qu’il nécessite la pose de 40 kilomètres de câble en moins sur les fonds marins, ce qui permet une certaine économie et un impact moindre sur l’environnement.

"Beaucoup de technologies ont été développées dans l’offshore au sein des entreprises belges, et cela devient un produit d’exportation, se félicite Philippe De Backer, le secrétaire d’État à la Mer du Nord, qui participait à la visite du chantier lundi. Je reviens de Singapour et de Malaisie, où des entreprises belges sont actives. Nous avons été les premiers à développer des parcs éoliens si loin de la côte. Nous sommes maintenant en train de finaliser cette prise électrique en mer. Et nous allons continuer à investir dans le vent en mer du Nord. Pour moi, c’est un élément-clé."

Prochains parcs en mer: 2 milliards d'investissement pour Elia

Si on veut doubler la capacité de l’éolien offshore, il faudra près de 2 milliards d’euros d’investissements supplémentaires dans le réseau, affirme le gestionnaire du réseau belge à haute tension Elia.

On le sait, le gouvernement travaille au développement d’une deuxième zone dans les eaux territoriales belges, le long de la frontière française, pour accueillir de nouveaux parcs éoliens. L’objectif: y construire 1,7 à 2 GW supplémentaires, qui en tout ou partie, pourraient déjà être opérationnels autour de 2026. Cela implique la construction d’une deuxième prise en mer, plus grande que la première puisque la totalité de la zone y sera connectée, mais aussi le renforcement du réseau à terre, souligne Elia. "À la grosse louche, l’investissement dans un deuxième MOG représente un investissement de 1 milliard, chiffre Markus Berger, chief infrastructure officer chez Elia. Et il faut y ajouter 900 millions d’euros sur terre pour la boucle Kustlus — un nouveau corridor à haute tension entre le nouveau poste qui va recueillir cette électricité éolienne, puis Stevin et Avelgem – et la boucle du Hainaut – c’est-à-dire un nouveau corridor entre Avelgem et Courcelles."

Ces projets font partie du plan d’investissement 2020-2030 d’Elia, actuellement soumis à consultation, sur lequel le gouvernement devrait se prononcer avant les élections. Mais Elia, qui a retenu les leçons du projet Stevin, maillon clé du réseau qui a failli ne pas être prêt à temps pour cause de difficultés de permis, a déjà commencé le travail sur le terrain, notamment avec les gouverneurs des provinces de Flandre-Occidentale et du Hainaut. Car le temps est compté.

"Le nouveau plan d’aménagement des espaces marins devrait être adopté avant Noël, et fin 2018 ou début 2019, nous allons modifier la loi sur l’électricité pour pouvoir travailler via un système d’appel d’offres, afin que ces parcs soient construits au meilleur prix, explique le secrétaire d’État à la Mer du Nord Philippe De Backer (Open VLD). Nous allons aussi prendre à notre charge certains éléments comme l’étude des sols. Début 2020, tout devrait donc être prêt pour lancer un appel d’offres, si les conditions de marché le permettent. La construction pourrait se faire en 2023-2024. Il est donc important que le réseau d’Elia soit renforcé pour 2025-2026." Un appel d’offres dont le secrétaire d’État n’exclut pas qu’il porte sur la totalité de la zone.


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