De l'intelligence artificielle pour "débrider" les éoliennes wallonnes

Le projet O-One est actuellement testé sur le parc éolien de Lierneux (20MW), opéré par EDF-Luminus. ©Frederic Pauwels

O-One, un algorithme développé par une spin-off de l’ULiège, permet de prédire les congestions du réseau. Le projet est actuellement testé par Ores sur le parc éolien de Lierneux, opéré par EDF-Luminus. Le but est de maximiser l’injection de la production renouvelable d’électricité au réseau.

Dans le long chemin de la transition énergétique, le renouvelable est amené à jouer un rôle prépondérant. Seulement, l’installation de parcs éoliens, de champs de panneaux photovoltaïques et autres unités de cogénération se doit d’être accompagnée d’une adaptation des réseaux à haute et moyenne tension, afin de pouvoir bénéficier de la capacité additionnelle. C’est précisément à ce problème qu’ont choisi de s’attaquer les ingénieurs de Blacklight Analytics, une spin-off de l’ULiège, en développant O-One, un algorithme permettant de prédire les risques de congestion du réseau.

Cette solution permettra d’intégrer plus de renouvelable au mix énergétique, en évitant d’énormes investissements sur le réseau.
Jean-Michel Brebant
Porte-parole d’Ores

"On parle de congestion lorsqu’il y a trop de courant dans une ligne électrique", schématise Damien Ernst, professeur à l’ULiège et parrain du projet. "Concrètement, en cas de congestion, toute l’électricité produite par une éolienne ne peut pas être injectée dans le réseau. Grâce à l’algorithme développé par Blacklight Analytics, il est possible de prédire la production et la consommation d’électricité et, ainsi, de moduler de manière active la puissance que l’on injecte dans le réseau", poursuit-il.

Des éoliennes "bridées"

Aujourd’hui, pour parer au problème de congestion, la capacité de production des éoliennes est limitée à un certain seuil. De la sorte, les gestionnaires de réseaux de distribution s’assurent de ne pas injecter plus d’électricité que les lignes ne peuvent en supporter. "Demain, les éoliennes resteront bridées, mais de manière intelligente, avec une mesure en temps réel de la consommation et de la production du réseau", explique encore le professeur de l’ULiège.

Cette solution est d’autant plus intéressante pour les acteurs concernés qu’elle n’engendre pas de surcoût pour le consommateur final. "L’alternative aurait été de réaliser des investissements colossaux sur les infrastructures du réseau pour limiter la congestion. Grâce à la gestion dynamique du réseau de distribution que permet O-One, le problème est contourné à moindre coût", ajoute, enthousiaste, Damien Ernst.

Une phase test menée par Ores

Le projet O-One est l’application concrète d’une longue et coûteuse phase de recherche. Produit dérivé du projet Gredor, financé à hauteur de 4 millions d’euros et piloté par Damien Ernst pour l’ULiège, l’algorithme de Blacklight Analytics est aujourd’hui prêt pour son implémentation industrielle.

Ores, EDF-Luminus et Elia ont accepté de jouer les cobayes pour la mise en place d’une phase test, dont les premiers résultats sont, d’après les intéressés, "très encourageants". "L’algorithme de calculs est mis à l’épreuve actuellement. Nous l’appliquons à nos systèmes dans le centre de pilotage de nos réseaux à Namur", explique Jean-Michel Brebant, le porte-parole d’Ores.

Plus précisément, un raccordement flexible a été mis en place par Ores sur le parc éolien de Lierneux opéré par EDF-Luminus, témoignant d’une capacité de 20MW. "Auparavant, les éoliennes étaient bridées à 11MW sur le site de Lierneux. Grâce à l’algorithme, les premiers résultats nous ont permis de rehausser cette limite à 13MW. Avec cette augmentation de la puissance contrainte, les mégawattheures injectables dans le réseau montent aussi", se réjouit Jean-Michel Brebant.

Augmenter la part du renouvelable

Bien qu’à un stade encore embryonnaire, les solutions de gestion intelligente de la capacité flexible des sources d’énergie renouvelable semblent représenter une avancée considérable pour en maximiser la production. Damien Ernst n’hésite d’ailleurs pas à qualifier cette technologie de "pas de géant", avançant qu’elle constitue "un point de rupture avec la doctrine centenaire qui dictait le fonctionnement des gestionnaires de réseaux de distribution jusqu’à aujourd’hui".

Outre l’impact sur les installations existantes, la gestion dynamique des réseaux de distribution rend possible la mise en place de nouvelles capacités de production. Ores a ainsi donné son accord quant à l’ajout de 200MW éoliens sur son réseau, ce qui aurait été difficilement envisageable sans cette nouvelle technologie. "Cette solution permettra, à terme, d’intégrer plus de renouvelable au mix énergétique sans que cela ne nécessite d’énormes investissements sur le réseau", a ajouté le porte-parole d’Ores.

Lire également

Publicité
Publicité

Messages sponsorisés