Découvrez comment on teste une centrale

©Dieter Telemans

Elia, le gestionnaire du réseau belge à haute tension, a testé les deux centrales placées dans la réserve stratégique, mercredi. Un test réussi, alors qu’un hiver électrique sous tension s’annonce.

Les responsables de la centrale au gaz d’EDF Luminus à Seraing ont été avertis par Elia à 7 heures 58, mercredi: un test démarrait à à 8 heures 30 pour s’assurer que la centrale était bien capable de produire de l’électricité à pleine puissance dans les délais prévus.

Faites la visite à 360° du centre de contrôle – Utilisez votre souris pour naviguer dans l’image et des écouteurs pour entendre les explications du manager de zone David Bertholet.

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Les équipes avaient déjà vécu trois pré-alertes ces deux dernières semaines: EDF Luminus envoie un SMS à tout le personnel concerné en cas de tensions sur les marchés de l’électricité, lorsque les prix dépassent 500 euros par MWh. "Cela signifie qu’il faut recharger son GSM, faire le plein de sa voiture ou éviter de partir à l’étranger", décode un opérateur.

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Une trentaine de personnes travaillent à la centrale de Seraing, placée dans la réserve stratégique belge, pour pouvoir être activée à tout moment en cas de pénurie d’électricité. Seraing est aussi une centrale "black start", capable de redémarrer sans le soutien du réseau en cas de black-out électrique – elle dispose pour cela de deux groupes diesel de 5 MW.

À 8 heures 30, mercredi, les équipes étaient donc sur le pied de guerre, même si des tests en interne ont lieu tous les mois – mais pas à pleine puissance. Après quelques travaux préparatoires, elles ont démarré la première turbine à gaz, et préchauffé les différents équipements. Les premiers électrons ont alors commencé à être injectés sur le réseau, puis la centrale est progressivement montée en puissance. "Une centrale combinée gaz-vapeur comme celle-ci permet d’atteindre un rendement de 52%, contre 33% pour une turbine au gaz classique, explique Dimitri Voidanidis, responsable du site. Mais elle nécessite un certain temps de préchauffage pour éviter les dégâts."

Hiver électrique à risque: test grandeur nature pour la centrale de Seraing

Les yeux rivés aux écrans

Au poste de conduite, les yeux étaient rivés sur les nombreux écrans, sans jamais perdre de vue le tableau digital qui indique en temps réel le nombre de mégawatts injectés sur le réseau à haute tension.

750 mégawatts
Les centrales de Seraing et Vilvorde, placées dans la réserve stratégique, sont à disposition d’Elia pour démarrer en urgence en cas de pénurie d’électricité. Ensemble, elles représentent 750 MW de puissance les trois quarts d’un réacteur nucléaire.

La turbine vapeur, puis la deuxième turbine à gaz, ont été mises en route pour atteindre les 264 MW demandés par Elia à 15 heures, et 472 MW à 15 heures 30 – un résultat légèrement inférieur à l’objectif prévu, fixé à 485 MW – près de la moitié de la puissance d’un réacteur nucléaire. "Avec 13 degrés à l’extérieur cet après-midi, notre puissance est un peu moins élevée" explique David Bertholet, manager de la zone.

Un test similaire avait eu lieu un peu plus tôt dans la journée à la centrale au gaz d’E.ON, à Vilvorde, elle aussi placée dans la réserve stratégique. "Les deux tests se sont passés sans problème", précise Elia.

©Dieter Telemans

Ces tests sont prévus dans les contrats signés par les deux centrales lors de leur entrée dans la réserve stratégique. Mais on ne peut s’empêcher de penser que les tensions que l’on observe sur les marchés de l’électricité depuis deux semaines les ont rendus plus importants encore.

On sait que le gestionnaire de réseau français envisage des "solutions exceptionnelles" en cas de vagues de froid importantes et durables, allant jusqu’au délestage. Les semaines qui viennent sont particulièrement à risque. Et si la France est en difficultés, la Belgique risque fort de l’être aussi, d’autant que Tihange 1 ne sera pas disponible avant le 31 décembre. "Nous sommes prêts, en tout cas, pour une vraie activation de la réserve stratégique", souligne Grégoire Dallemagne, le CEO d’EDF Luminus.

Mais le patron du numéro deux du marché belge de l’électricité estime qu’il faudrait plutôt mettre en place un mécanisme de rémunération des capacités, qui permette de couvrir les coûts fixes des centrales au gaz belges nécessaires pour couvrir la pointe en cas de pic de demande et de faible production des énergies renouvelables. Un sujet sur lequel travaille la ministre de l’Energie Marie-Christine Marghem. "Une fois déduites les rémunérations pour les services auxiliaires rendus au réseau et celles liées aux opportunités de marché, cela nécessiterait peut-être une rémunération de 0,5 ou 0,6 euros par MWh", affirme Grégoire Dallemagne. Soit un montant de l’ordre de 80 millions d’euros par an. "C’est environ 2,5% du soutien versé aux renouvelables", plaide le patron d’EDF Luminus.

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