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Des fissures pires qu'annoncé dans les réacteurs nucléaires

©BELGA

Jusque 18 centimètres... Les défauts des cuves des réacteurs de Doel 3 et Tihange 2 sont non seulement plus nombreux qu’initialement annoncé, mais aussi plus grands. Et avant cette révision à la hausse, l’Autorité de sûreté nucléaire française manifestait déjà son inquiétude. Christine Scharff

Mi-février, on apprenait qu’au total, ce n’était pas 10.000 microfissures qui affectaient les cuves des réacteurs de Doel 3 et Tihange 2, mais plus de 16.000. Ce week-end, "Le Soir" annonçait que la taille de ces défauts était aussi plus importante qu’annoncé au départ – jusqu’à 9 centimètres à Doel, écrivait le quotidien. Un chiffre encore en deçà de la réalité, a-t-on appris mercredi, lors de l’audition d’Electrabel en sous-commission sécurité nucléaire à la Chambre. Le plus grand défaut à Doel 3 est en effet long de 17,9 centimètres, et le plus grand défaut à Tihange 2 de 15,5 centimètres.

17,9 centimètres
Le plus grand défaut est de 17,9 cm à Doel et de 15,45 cm à Tihange. Cela ne permet pas de tirer des conclusions sur l’intégrité structurelle des cuves, disent Electrabel et l’AFCN.

Si le nombre et la taille des microfissures détectées ont été revus à la hausse, c’est parce qu’à la demande des autorités de sûreté, Electrabel a adapté la méthode d’analyse des données et augmenté la sensibilité des mesures. Cela ne signifie pas que le nombre de défauts a augmenté, ni que les microfissures ont évolué, souligne Electrabel. "Les mesures que nous avons effectuées en 2014 montrent que les défauts n’ont pas évolué depuis 2012. Ce qui a changé, c’est que nous détectons des défauts plus petits, et que dans un certain nombre de cas, par conservatisme, quand certains défauts sont proches, nous les considérons comme une seule anomalie, ce qui augmente la taille moyenne, mais aussi la taille maximale", a souligné Wim De Clercq, responsable du parc nucléaire d’Electrabel. Cela signifie aussi que si ces regroupements n’avaient pas été effectués, le nombre de défauts serait encore plus élevé que les 16.000 et quelques annoncés.

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Le responsable d’Electrabel a répété aux parlementaires que tout indiquait que ces défauts étaient là depuis le coulage et le forgeage des cuves, il y a 40 ans, et qu’ils n’avaient pas évolué. Une affirmation qui n’a pas rassuré tous les parlementaires.

L’Ecolo Jean-Marc Nollet, en particulier, a invoqué un courrier envoyé le 21 décembre par l’ASN, l’Autorité de sûreté nucléaire française, à Bel V, filiale de l’AFCN, l’agence belge de contrôle nucléaire. Ce document, que nous avons pu consulter, fait notamment référence à des tests menés en Allemagne sur un matériau présentant des défauts similaires, et qui montrent que la capacité du matériau à s’allonger et à se déformer chute d’un facteur 10. Une perte de propriétés mécaniques qui implique un plus grand risque de rupture de la cuve.

Vanessa Maetz, parlementaire cdH, s’est elle montrée inquiète d’apprendre que tous les paramètres étaient à la hausse. "En 2013, Jan Bens, le patron de l’AFCN disait déjà que 8.000 fissures à Doel lui semblait un nombre fort élevé. Nous sommes à plus de 13.000 à Doel", a-t-elle souligné. Pour le cdH, un redémarrage de Doel 3 et Tihange 2, mis à l’arrêt par Electrabel le 26 mars dernier, n’est pas envisageable actuellement.

Le ministre de l’Intérieur Jan Jambon a souligné, en commission de l’Intérieur, que ces deux réacteurs ne redémarreraient pas tant que l’AFCN n’aura pas donné son feu vert. "Je comprends que tout ce qui concerne le nucléaire est sensible, mais nous n’avons aucun intérêt à créer la panique: les deux centrales sont à l’arrêt."

Electrabel comme l’AFCN affirment que ces nouvelles informations sur le nombre et la dimension des défauts ne permettent pas de tirer des conclusions sur l’intégrité structurelle des cuves. "Chaque défaut individuel doit être pris en compte dans le calcul final, qui ne dépend pas seulement de la taille du défaut, mais aussi de sa situation ou de son orientation. Ce calcul doit encore être fait", a précisé Wim De Clercq.

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