Des prix imposés en vue pour la réserve stratégique

"Sur proposition de la ministre, le Roi peut, pour minimum un an et maximum 3 ans, imposer des prix et des volumes. Paradoxalement, cela laisse plus de liberté au gouvernement", précise le cabinet de la ministre de l’Énergie Marie-Christine Marghem (MR). ©BELGA

Le gouvernement fédéral va plus que vraisemblablement imposer des prix aux offrants à la réserve stratégique d’électricité: toutes les offres rentrées sont jugées déraisonnables.

Neuf offres ont été rentrées pour la réserve stratégique d’électricité pour les trois prochains hivers, et elles sont toutes considérées comme "manifestement déraisonnables" par la Creg, le régulateur fédéral du secteur de l’Énergie, annonçait La Libre mercredi.

La constitution de cette réserve stratégique, destinée à couvrir les éventuelles pénuries d’électricité pour les trois hivers à venir, n’est pas impossible pour autant. Même si l'avis de la Creg n’est pas contraignant, la loi prévoit en effet que le gouvernement peut, dans ce cas, imposer par arrêté royal un prix aux différents offrants concernés. Il a jusqu’au 31 octobre pour ce faire. Cela s’était déjà produit en 2014 pour la centrale au gaz de Vilvorde.

"Sur proposition de la ministre, le Roi peut, pour minimum un an et maximum 3 ans, imposer des prix et des volumes. Paradoxalement, cela laisse plus de liberté au gouvernement", précise le cabinet de la ministre de l’Énergie Marie-Christine Marghem (MR).

Le dossier est délicat, puisque la ministre est actuellement en négociations avec la Commission européenne pour recevoir son aval sur ce mécanisme, mis en place par son prédécesseur, et qui pourrait être considéré comme une aide d’État illégale.

Elia, le gestionnaire du réseau à haute tension, avait estimé fin 2016 que la Belgique pourrait avoir besoin d’une réserve de 900 MW pour l’hiver prochain. Une estimation prudente, qui tenait compte d’une possible indisponibilité d’une part importante du parc nucléaire français, et d’un réacteur belge de 1.000 MW durant tout l’hiver. Marie-Christine Marghem lui avait donné son feu vert pour constituer cette réserve de 900 MW. Mais entre-temps, Engie Electrabel a renoncé à fermer sa centrale de Drogenbos, et la question de savoir si cette réserve n’est pas surdimensionnée se pose.

La ministre pourrait donc saisir l’occasion pour contracter un volume moins important, éventuellement pour un an seulement. Et cela, à un prix serré – la Creg a fait des recommandations à la ministre en la matière, mais son avis reste confidentiel.

Cette possibilité d’imposer un prix aux entreprises qui ont remis une offre "manifestement déraisonnable" ne concerne pas seulement les offres des centrales au gaz qui ont décidé de fermer et qui sont obligées de remettre offre en précisant les conditions auxquelles elles estiment pouvoir rester en stand-by pour redémarrer en cas de besoin, mais aussi les offres en gestion de la demande – de gros consommateurs qui sont prêts à arrêter leur consommation aux moments critiques. "Mais in formellement, nos différents interlocuteurs nous ont toujours assuré qu’ils ne feraient pas usage de cette possibilité pour la gestion de la demande", entend-on du côté des grands consommateurs d’électricité.

Les centrales au gaz obligées de faire offre (Vilvorde, Seraing et Ham, selon nos informations) représentent toutefois pas loin de 800 MW – de quoi couvrir l’essentiel des besoins. Leur imposer un prix pourrait toutefois ne pas aller sans provoquer des grincements de dents. Deux de ces centrales, Seraing et Ham, appartiennent à EDF Luminus, qui dit ne pas comprendre l’avis de la Creg. "Les offres que nous avons déposées étaient en ligne avec notre offre précédente", affirme Nico De Bie, porte-parole.

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