Deux nouveaux visages au sommet d'Engie en Belgique

©Joost De Bock

Johnny Thijs devrait devenir président du conseil d’administration d’Electrabel et Etienne Denoël, vice-président, apprend L’Echo.

Les nominations ne sont pas encore effectives, mais du changement se prépare dans la gouvernance d’Engie en Belgique. Pas du côté des fonctions exécutives: Philippe Van Troeye, CEO d’Engie Benelux et administrateur délégué d’Electrabel, reste à son poste. Mais bien du côté des mandats non exécutifs: Johnny Thijs, l’ex-CEO de bpost, devrait en effet devenir président du conseil d’administration d’Electrabel et Etienne Denoël, ancien patron de la branche belge de McKinsey, vice-président, apprend L’Echo.

Etienne Denoël ©Mc Kinsey

Une information qu’Engie se refuse de confirmer. Le groupe reconnaît toutefois avoir entamé une réflexion sur la gouvernance d’Electrabel, et confirme que les deux hommes "accompagnent le groupe en tant que conseillers" et "mènent avec le management local une réflexion approfondie sur le développement des activités en Belgique".

En plaçant au sommet d’Electrabel, aujourd’hui présidé par Isabelle Kocher, la patronne d’Engie, deux visages belges reconnus, le groupe cherche manifestement à renforcer son ancrage belge et à faciliter les discussions avec les autorités, alors que des négociations épineuses s’annoncent, que ce soit autour des provisions nucléaires ou de la prolongation de certains réacteurs. "La réflexion porte sur le développement de toutes les activités en Belgique, corrige Anne-Sophie Hugé, porte-parole d’Engie Electrabel. Mais il est clair que la grande expérience professionnelle et la sensibilité aux réalités de la vie économique et sociale belge de Johnny Thijs et d’Etienne Denoël sont autant d’atouts pour ouvrir davantage encore Electrabel et faire comprendre sa mission en Belgique."

L’échec du plan Bianca

Ces dernières années, les plans concoctés par Paris pour sa filiale à 100% n’ont pas tous été couronnés de succès. Il y a d’abord eu le plan Bianca, qui voulait filialiser les actifs belges et néerlandais et en ouvrir le capital pour y faire entrer des intérêts belges, dont, peut-être, l’État. On a même évoqué, un moment, un possible retour d’Electrabel en Bourse. Cela aurait permis à Engie de se payer une assurance contre des décisions trop inamicales des autorités belges et de réduire sa participation dans les activités nucléaires, largement en perte.

"La grande expérience professionnelle et la sensibilité aux réalités de la vie économique et sociale belge de Johnny Thijs et Etienne Denoël sont autant d’atouts."
Anne-Sophie Hugé
porte-parole d’ENGIE Electrabel

Mais les incertitudes autour de la prolongation du nucléaire et sur la suffisance des provisions nucléaires ont empêché la réalisation de ce plan.

Fin 2016, la Commission des provisions nucléaires obligeait Electrabel (et dans une moindre mesure Luminus) à verser 1,8 milliard d’euros supplémentaires dans le pot des provisions nucléaires et proposait à la ministre de l’Énergie Marie Christine Marghem (MR) de réviser la loi qui encadre ces provisions, pour mieux les bétonner.

Isabelle Kocher, directeur général d’Engie, chargeait alors son bras droit Pierre Mongin de formuler une contre-proposition. Mais le plan imaginé à Paris, qui prévoyait une réduction drastique du périmètre d’Electrabel et un cadre strict autour des provisions nucléaires pour améliorer le profil du risque du groupe, a été jugé inacceptable par le Premier ministre et la ministre de l’Énergie. Cette dernière a fait déposer fin mars à la Chambre, sans parvenir à la faire adopter, une proposition de loi qui, à certains égards, est plus dure encore que celle de la Commission des provisions nucléaires, mais aussi beaucoup plus complexe.

La Commission des provisions nucléaires doit, d’ici la fin de l’année, procéder à son exercice de révision triennal.

Ce dossier en milliards d’euros n’est donc toujours pas refermé. Au contraire, la Commission des provisions nucléaires doit, d’ici la fin de l’année, procéder à son exercice de révision triennal. Vu le niveau actuel des taux sur les marchés, le taux d’actualisation de 3,5% désormais appliqué aux provisions pour déterminer le montant qui sera disponible au moment du démantèlement des centrales pourrait être à nouveau revu à la baisse – ce qui pourrait se traduire par une nouvelle grosse facture pour Electrabel. Le changement de scénario concernant le stockage géologique des déchets hautement radioactifs pourrait, lui aussi, venir considérablement alourdir l’addition.

Et puis, il y a la question d’une prolongation ou non des réacteurs nucléaires, qui devrait être au programme des discussions autour de la formation du prochain gouvernement fédéral. Et même si le gouvernement rejette cette option, d’importants investissements dans la production d’électricité seront nécessaires, dans lesquels Electrabel compte bien prendre sa part. Autant de gros dossiers dans lesquels Johnny Thijs et Etienne Denoël pourraient jouer un rôle clé, grâce à leur crédibilité dans le monde des affaires, leur entregent et leur réseau politique étendu.

Johnny Thijs et Etienne Denoël en renfort
Le nouveau casting à la tête du CA d’Electrabel? Un néerlandophone et un francophone, tous deux rompus au monde des affaires et aux relations avec le monde politique.

L’annonce du départ de Koen Van Gerven comme CEO de bpost l’a rappelé à ceux qui l’auraient oublié: son prédécesseur à la tête de l’entreprise, Johnny Thijs, a laissé le souvenir d’un patron charismatique, qui a su faire d’une entreprise publique en pertes une des entreprises postales les plus rentables d’Europe.

Il avait notamment su convaincre son ministre de tutelle, le coriace Johan Vande Lanotte (sp.a), de la nécessité d’un partenariat stratégique, avant d’introduire bpost en Bourse. Depuis sa démission fracassante pour cause de diminution de son salaire, il a exercé une série de mandats d’administrateur, notamment chez Delhaize et Betafence.

Il est actuellement président du conseil d’administration de Recticel et siège au conseil de l’organisateur d’événements sportifs Golazo et de l’entreprise logistique H.Essers. Electrabel ne lui est pas inconnu: il a présidé Max Green, la centrale biomasse détenue alors en joint-venture par AvH et Electrabel.

Etienne Denoël a lui quitté il y a quelques mois McKinsey, pour lequel il a travaillé 31 ans, dirigeant notamment le bureau belge. Parmi ses clients: des industriels, notamment dans la sidérurgie. Mais la grande passion de cet homme décrit comme brillantissime et très abordable, c’est l’enseignement.

Il a littéralement rencontré des milliers de personnes sur le terrain, y compris dans les fédérations d’entreprise et dans le monde politique francophone, pour dresser un diagnostic de l’enseignement francophone en Belgique, puis piloter le pacte d’excellence.

Réputé pour avoir l’oreille des socialistes et être proche de Joëlle Milquet (cdH), il est aussi investi dans d’autres projets, comme Teach For Belgium ou la Fondation pour l’enseignement. "Un vrai engagement sociétal pour lui", assure un observateur averti.

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