EDF Luminus en Bourse malgré le non des actionnaires belges

Le CEO d'EDF Luminus, Grégoire Dallemagne, va devoir composer avec des actionnaires qui se déchirent. ©Dieter Telemans

Le conseil d’administration d’EDF Luminus a décidé d’introduire la société en Bourse. Mais seuls les administrateurs venus d'EDF ont voté pour: les représentants des actionnaires publics belges sont opposés à l'opération.

"Nous nous sentons trompés. Une entrée en Bourse est contre l’esprit du pacte d’actionnaires. Personnellement, je pense que nous pouvons aller devant les tribunaux. Un administrateur doit défendre les intérêts de l’entreprise", réagit Ludo Kelchtermans, représentant d’un des actionnaires historiques d’EDF Luminus, Publilum.

Le conseil d’administration qui s’est tenu mercredi chez EDF Luminus a été conflictuel, opposant frontalement les administrateurs venus d’EDF et ceux représentant les actionnaires publics belges. Il s’est terminé par un vote majorité contre opposition sur l’entrée en Bourse.

"Tous les clignotants sont à l’orange ou au rouge dans le secteur de l’énergie", poursuit Ludo Kelchtermans. Une IPO ne semble ni dans l’intérêt des actionnaires belges, ni dans celui de l’entreprise. Mais elle permet à EDF d’éviter de décaisser les quelques centaines de millions d’euros que vaut la participation des actionnaires liés aux communes belges, qui détiennent toujours 36,5% du capital. Des actionnaires historiques qui en réalité, ne veulent pas nécessairement vendre, mais plutôt s’assurer de la liquidité de leur participation.

Ce n’est que contraints et forcés que ces actionnaires belges, qui s’inquiétaient de ce que vaudraient, à l’avenir, leurs 36,5% dans EDF Luminus, ont enclenché la procédure de sortie prévue par le pacte d’actionnaires signé en 2010. Ils espéraient en fait renégocier avec le géant français EDF de nouvelles fenêtres de liquidité. Mais celui-ci a préféré opter pour l’introduction en Bourse, leur créant un fameux problème.

Avec 63,5% des actions, EDF a la main sur le conseil d’administration d’EDF Luminus, qui avait le choix entre l’entrée en Bourse ou une transaction à un prix convenu à l’avance, basé pour 75% sur le prix obtenu en 2010 par les actionnaires historiques qui avaient réduit leur participation et pour 25% sur la valeur de marché. Il a préféré prendre le risque d’une IPO, à laquelle se sont opposés, mercredi, tous les administrateurs représentant les actionnaires historiques belges, à savoir Publilec, Publilum, Socofe, VEH et Nethys ainsi qu’Ethias, qui détient encore une toute petite participation.

Coincés

Il est vrai que la mise en Bourse risque fort de s’avérer une très mauvaise affaire pour la valeur de leurs actions. Il est en effet très peu sûr qu’ils obtiendront, via la Bourse, les 628 millions d’euros que valait leur participation en 2010.

Mais ils se sentaient coincés. S’ils ne poussaient pas cette année sur le bouton, il ne leur restait qu’une fenêtre de tir, en 2018, avec des conditions de sortie moins favorables: 25% du prix basé sur les conditions historiques et 75% sur la valeur de marché, ou, toujours, une introduction en Bourse. Pas réjouissant, vu la crise qui secoue les entreprises énergétiques.

Ils ont donc joué leur va-tout, espérant amener EDF à renégocier le pacte d’actionnaires. En vain. La majorité du conseil a voté pour le projet de l’introduction en bourse sur Euronext Bruxelles. Une opération qui pourrait être réalisée d’ici la fin de l’année 2015, sous réserve des conditions de marché et de l’approbation de l’Autorité belge des Services et Marchés financiers (FSMA), annonce EDF Luminus.

Un très mauvais timing

Rien n’est moins sûr. Dans le camp belge, certains imaginent déjà aller devant les tribunaux, convaincus que les administrateurs qui ont voté l’opération n’ont pas défendu les intérêts d’EDF Luminus. Il est vrai que l’entrée en Bourse a d’abord pour but d’éviter à EDF de décaisser les centaines de millions que vaut la participation des actionnaires belges dans l’entreprise. Une participation encore valorisée à 539 millions d’euros dans les comptes d’EDF, même si le groupe français a enregistré d’importantes pertes de valeur sur sa filiale belge ces deux dernières années. 

Mais le rapport commandé à des banques d’affaires aboutirait à une valorisation bien inférieure. Il serait surtout très critique vis-à-vis du timing choisi pour prendre le chemin de la Bourse. Une opération dans laquelle il n’y a, en outre, pas 1 euro d’argent frais prévu pour l’entreprise, entend-on. Cela pourrait faire froncer les sourcils à la FSMA, qui va vraisemblablement exiger que le prospectus explique en quoi cette entrée en Bourse est dans l’intérêt de la société, et qui supporte les frais de l’opération.

Et EDF Luminus n’est pas en posture idéale pour séduire les investisseurs. Certes, il est numéro deux du marché belge, avec environ 10% de la capacité de production d’électricité et 1,7 million de clients à qui il fournit gaz et électricité. Mais en 2014, son chiffre d’affaires était en net recul à 3,2 milliards d’euros, et ses résultats juste au-dessus de la ligne de flottaison, avec un bénéfice de 10 millions d’euros. Car ses centrales au gaz, qui ne tournent quasiment plus, sont en perte, tout comme le nucléaire – qui l’aurait même été sans l’arrêt des réacteurs, affirmait il y a quelques semaines Grégoire Dallemagne, à cause de la taxe nucléaire. Le bénéfice repose, pour une très petite part, sur l’activité de fourniture d’énergie et de services, que Grégoire Dallemagne s’attelle à développer, et pour l’essentiel sur la production hydroélectrique et éolienne, dans laquelle l’entreprise continue à investir. Il y a sans doute des histoires plus séduisantes à raconter aux marchés…

Lire également

Publicité
Publicité
Publicité

Messages sponsorisés

Messages sponsorisés