La prolongation de Doel 1 et 2 n'est pas rentable pour Electrabel

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Electrabel va perdre 200 millions d'euros sur la prolongation de Doel 1 et 2 d'ici 2025. Et elle affirme qu'elle ne prolongera pas d'autres réacteurs aux mêmes conditions.

Le numéro un du secteur de l’énergie en Belgique a clôturé 2018 dans le rouge. C’est sa sixième année de perte en sept ans. La faute, essentiellement, aux problèmes de son parc nucléaire: les réacteurs n’ont été disponibles que 52% du temps seulement, suite à la dégradation du béton dans le local de secours de quatre réacteurs, aux travaux liés à la prolongation de Doel 1 et 2, et à la fuite sur le circuit primaire de Doel 1, qui a entraîné un arrêt beaucoup plus long que prévu de ces deux réacteurs.

"L’indisponibilité du parc nucléaire a eu un impact de l’ordre de 800 millions d’euros."
Patrick Gaussent
Directeur financier d’Electrabel et d’Engie Benelux

Le résultat d’exploitation, qui reflète la santé des activités opérationnelles belges, est de -1,5 milliard d’euros, montrent les comptes que l’entreprise vient de déposer à la Banque nationale,malgré une augmentation des parts de marché d’Electrabel dans la fourniture de gaz et d’électricité – ce qui est une première depuis la libéralisation – et le développement de son parc renouvelable.

"L’indisponibilité du parc nucléaire a eu un impact de l’ordre de 800 millions d’euros, détaille Patrick Gaussent, directeur financier d’Electrabel et d’Engie Benelux. Les centrales thermiques, fort sollicitées cet hiver, ont, elles, rapporté de l’argent, mais sans commune mesure avec l’impact du nucléaire: on parle de 80 millions d’euros environ. Et les capacités additionnelles qu’Electrabel a contractées et installées, en allant au-delà de ses propres responsabilités, pour éviter des problèmes d’approvisionnement en Belgique l’hiver dernier nous ont coûté une cinquantaine de millions d’euros, dont 20 millions environ en 2018."

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La prolongation de Doel 1 et 2 n’est pas rentable

À cela, s’ajoutent l’augmentation des provisions nucléaires, qui se répercute pour la troisième année consécutive sur les comptes d’Electrabel, et une importante perte de valeur enregistrée sur Doel 1 et 2. "Nous avons dû constater en 2018 que quatre réacteurs ne sont pas prolongeables: Doel 3 et Tihange 2, touchés par des inclusions, et Doel 1 et 2, qui pourraient se voir imposer des normes sismiques plus strictes à l’avenir, explique Patrick Gaussent. Le test d’‘impairement’ que nous avons mené réacteur par réacteur nous a montré que nous allions perdre, d’ici à 2025, quelque 200 millions d’euros sur la prolongation de Doel 1 et 2, qui s’accompagne d’un investissement de près de 700 millions d’euros. Nous avons donc enregistré une perte de valeur de cet ordre de grandeur dans nos comptes."

Et qu’en est-il de la rentabilité de la prolongation de Tihange 1? "Nous sommes tout juste à l’équilibre, la principale différence étant que sur Doel 1 et 2, nous payons une taxe nucléaire forfaitaire, alors qu’elle est variable sur Tihange 1", répond le CFO.

"Nous allons perdre, d’ici à 2025, quelque 200 millions d’euros sur la prolongation de Doel 1 et 2."
Patrick Gaussent
Directeur financier d’Electrabel

Cela signifie-t-il que le groupe y regardera à deux fois, si la future coalition gouvernementale envisage d’autres prolongations? "Nous ne procéderons plus à une prolongation aux mêmes conditions, avertit Patrick Gaussent. Ces quatre dernières années, les prix d’électricité sur le marché étaient en dessous des coûts totaux de la production nucléaire. Il faudra un changement de régulation. Plusieurs mécanismes sont envisageables, comme par exemple un prix minimum garanti à l’image de celui que nous avons pour le parc éolien en mer Seamade, à un niveau adapté aux coûts du nucléaire."

Pour revenir aux chiffres 2018, Electrabel a par contre réalisé un bénéfice financier de près de 1,1 milliard d’euros. Un résultat tiré vers le haut par les dividendes versés par des filiales d’Electrabel. "Alors que l’année précédente, Electrabel avait versé un dividende en nature de 1,6 milliard à sa maison mère, en 2018, nous avons appelé nos filiales à nous verser un dividende: 2 milliards d’euros sont ainsi venus d’International Power, la plus importante de nos filiales active à l’international, et d’Engie Energy Management, l’activité de trading d’électricité du groupe", détaille Patrick Gaussent. Mais en parallèle, 466 millions d’euros de réductions de valeur ont été constatées, notamment sur la centrale au charbon de Maasvlakte (Rotterdam), aux Pays-Bas, cédée début 2019.

Pour la suite, Electrabel s’attend à une amélioration, mais lente, grâce à la remontée du taux de disponibilité des réacteurs: l’activité nucléaire restera encore en perte, mais moindre, en 2019 et 2020, prévoit l’entreprise, notamment à cause de la finalisation du programme d’investissements lié à la prolongation. "Le contexte de prix est toutefois en nette amélioration, et nos produits et services énergétiques innovants séduisent la clientèle. Nous attendons donc avec impatience le rétablissement du résultat opérationnel sur les prochaines années", conclut Patrick Gaussent.

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