Electrabel veut moduler la production de ses réacteurs

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Petite révolution dans le parc électrique belge: Electrabel veut faire varier la production nucléaire en fonction des besoins.

L’objectif de l’exploitant des centrales nucléaires belges? Recevoir l’autorisation de l’autorité de contrôle nucléaire de réduire jusqu’à 50% la production d’électricité de ses réacteurs quand besoin est. Une modulation qui pourrait se produire, pour chaque réacteur, jusqu’à 30 fois par an, en injectant de l’eau borée dans le réacteur ou en abaissant partiellement les barres de contrôle, pour ralentir la réaction nucléaire. "Des études sont en cours, pour préparer un dossier technique que nous allons soumettre à l’AFCN, l’agence fédérale de contrôle nucléaire", confirme Anne-Sophie Hugé, porte-parole d’Electrabel. Les analyses qui sont en cours doivent encore déterminer quelles unités pourront être modulées.

Une petite révolution

Jusqu’ici, les réacteurs nucléaires belges sont beaucoup moins flexibles que ceux des pays voisins. Une exception belge qui s’est révélée être un handicap croissant à mesure que les renouvelables se développaient, et que les besoins en flexibilité se faisaient plus importants pour assurer l’équilibre du réseau. En France ou en Allemagne, par contre, une série de réacteurs nucléaires offrent cette souplesse: il est possible de réduire de trois quarts leur production, voire plus, en fonction des besoins.

Electrabel a toujours affirmé que les centrales belges n’avaient pas été conçues pour cela. Mais certains connaisseurs du secteur y voyaient surtout une question de rentabilité et un choix d’Electrabel de faire tourner ses centrales au maximum.

Actuellement, Electrabel pratique déjà une certaine modulation, mais très limitée. "Nous pouvons réduire la puissance de nos réacteurs de 20 à 30%, 3 à 5 fois par an maximum", explique Anne-Sophie Hugé. Des modulations limitées à 72 heures maximum chacune, et qui font partie de l’autorisation générale d’exploitation des centrales nucléaires.

Electrabel compte demander l’autorisation de pratiquer des modulations plus importantes et surtout, beaucoup plus fréquentes. "Des contacts informels ont effectivement eu lieu à ce sujet, confirme Sébastien Berg, porte-parole de l’AFCN. Quand nous aurons reçu la demande officielle, nous l’analyserons. Cela ne nécessite pas nécessairement une nouvelle autorisation d’exploitation: il est possible que cela soit considéré comme une modification non importante". Du point de vue de la sûreté nucléaire, ces modulations sont a priori tout à fait acceptables dans des proportions réduites utilisées trop fréquemment, elles peuvent avoir un impact sur le vieillissement des réacteurs.

L’incitant des prix négatifs

À tout moment, il est nécessaire de maintenir un équilibre entre la production et la consommation d’électricité, sous peine de voir le réseau électrique s’effondrer. Avec le développement des sources de production intermittentes, comme l’éolien et le solaire, l’exercice s’est compliqué. En cas de déséquilibre annoncé, le gestionnaire du réseau de transport d’électricité Elia met en œuvre différents mécanismes de "balancing" pour assurer cet équilibre. Lorsque la production d’électricité est vraiment trop importante par rapport à la consommation, le prix de l’électricité devient négatif. "Quelques fois par an, les offres de prix atteignent 100 euros à 150 euros par MWh", précise Axelle Pollet, porte-parole d’Elia. Ceux qui produisent trop doivent alors payer cette somme pour chaque MWh excédentaire. De quoi inciter à réfléchir, alors que les centrales nucléaires représentent près du tiers de la capacité de production installée en Belgique…

Elia se refuse à tout commentaire sur les projets de modulation d’Electrabel. Mais ces prix négatifs auraient bien joué un rôle dans la décision d’Electrabel à développer la modulation de ses centrales nucléaires, après avoir expliqué des années durant que ce n’était pas possible. "Le paysage énergétique a fortement évolué", se contente d’expliquer Anne-Sophie Hugé. Et contrairement à ce qu’Electrabel avait laissé entendre par le passé, développer cette modulation ne nécessiterait pas d’investissements massifs. "Nous allons avoir une série de frais d’études, mais il n’est pas question de gros investissements", affirme la porte-parole.

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