Elia lorgne le réseau allemand du néerlandais Tennet

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La branche allemande du néerlandais Tennet ne parvient plus à suivre le rythme d’investissement effréné qu’exige le réseau électrique en Allemagne. Le gouvernement néerlandais cherche des solutions. Le belge Elia, qui ne cache pas ses ambitions internationales, se penche sur le dossier

Près de dix ans après la très rentable transaction portant sur le rachat de 50Hertz, le gestionnaire allemand du réseau d’électricité de l’est de l’Allemagne, une opportunité se présente aujourd’hui au centre du pays. Le gestionnaire néerlandais de réseau d’électricité Tennet possède des câbles de haute tension en Allemagne, qui s’étendent de Kiel (au nord du pays) à la pointe la plus méridionale de la Bavière. Mais l’entreprise publique néerlandaise ne peut suivre le rythme d’investissement effréné qu’exige le réseau allemand. Le gouvernement néerlandais envisage donc plusieurs options, dont une introduction en bourse, un accord de partenariat ou la vente pure et simple des activités allemandes.

Le gestionnaire de réseau belge Elia, déjà présent en Allemagne via sa participation dans 50Hertz, s’intéresse de près aux activités allemandes de Tennet. Selon plusieurs sources, le dossier est encore dans sa phase préliminaire, mais une équipe aurait été mise en place pour analyser le projet. Des discussions seraient en cours avec Tennet, et la direction d’Elia aurait reçu pour mission d’informer régulièrement le conseil d’administration sur l’évolution du dossier.

Ambitions internationales

Elia ambitionne depuis longtemps de passer du statut d’entreprise belge aux mains des communes à celui de groupe international jouant un rôle clé dans la construction d’un réseau électrique européen. En avril, le CEO d’Elia Chris Peeters nous avait déclaré qu’il restait ouvert à toute opportunité d’acquisition et qu’il n’excluait aucun pays européen.

61 milliards
euros
Les quatre gestionnaires de réseaux à haute tension d’Allemagne projettent d’investir 61 milliards d’euros au cours des dix prochaines années pour renforcer le réseau allemand.

Mais ces dernières années, les opportunités se sont révélées plutôt rares. Avec la division allemande de Tennet, Elia pourrait mettre le pied à l’étrier dans le plus grand réseau allemand contigu à celui de 50Hertz. Cela ouvrirait la possibilité de réaliser des investissements concertés et de regrouper l’expertise présente dans les deux entreprises pour la connexion des parcs éoliens offshore en mer Baltique.

Transition énergétique coûteuse

Avec la transition énergétique, le basculement de l’Allemagne de l’énergie fossile (essentiellement à base de charbon) et nucléaire vers l’électricité verte, d’énormes investissements seront nécessaires pour étendre le réseau électrique allemand.

Il y a neuf ans, la firme néerlandaise Tennet a pris pied en Allemagne via le rachat de son concurrent Transnet, pour 885 millions d’euros.

Des "autoroutes de l’électricité" devront être construites pour transporter l’électricité produite dans les parcs solaires et éoliens du nord de l’Allemagne vers le sud, où se trouvent les principaux consommateurs, dont le secteur industriel. Les quatre gestionnaires de réseaux à haute tension d’Allemagne projettent d’investir 61 milliards d’euros au cours des dix prochaines années pour renforcer le réseau.

Gouvernement néerlandais prudent

Pour les Pays-Bas, ces investissements sont difficiles. Il y a neuf ans, la firme néerlandaise Tennet a pris pied en Allemagne via le rachat de son concurrent Transnet, pour 885 millions d’euros. Depuis lors, les Néerlandais ont injecté des milliards d’euros dans le réseau allemand. Au cours des dix prochaines années, Tennet compte investir 23 milliards supplémentaires en Allemagne. Elle devra pour cela compter sur l’État néerlandais pour fournir des capitaux frais.

Le ministre néerlandais des Finances Wopke Hoekstra a récemment fait savoir dans un courrier adressé à la Chambre qu’il souhaitait réduire le risque financier représenté par les activités allemandes de Tennet. "La vente (partielle) des activités à un tiers fait partie des scénarios."

Si Tennet ouvre son capital, Elia aura l’opportunité d’accroître sa présence sur le marché allemand. "Mais l’objectif n’est pas de grandir à tout prix", explique une source proche du dossier. "Nous devrons examiner la situation sous l’angle financier et évaluer si, d’un point de vue stratégique, ce projet est un complément intéressant à nos activités actuelles."

Vieille infrastructure

L’affaire est loin d’être conclue. Le réseau est-allemand 50Hertz est relativement jeune et moderne, car il a en grande partie été construit après la réunification allemande et recèle des opportunités d’élargissement avec les parcs éoliens offshore. La situation est très différente avec la filiale allemande de Tennet: l’infrastructure est beaucoup plus ancienne et donc susceptible d’entraîner davantage de frais de maintenance et de remplacement.

La confiance dont bénéficie Elia dans les cercles gouvernementaux allemands pourrait se révéler un atout de taille.
Une source proche du dossier

Pendant le processus d’acquisition, Elia devra donc se montrer très vigilant et s’assurer qu’il n’y a aucun cadavre dans les placards.

On ne connaît pas non plus avec certitude le pourcentage du capital que Tennet souhaite céder. À La Haye, il se dit que le gouvernement préférerait conserver le contrôle de Tennet, avec l’État allemand ou un autre acteur local comme actionnaire minoritaire. Cela permettrait d’alléger la charge financière pour le gouvernement néerlandais, tout en apportant la garantie supplémentaire que les autorités allemandes ne mettront pas la rentabilité de Tennet en Allemagne sous trop forte pression.

Elia, "la" solution?

Le gouvernement allemand ne semble pas disposé à mettre plusieurs centaines de millions d’euros sur la table pour récupérer une partie du réseau allemand. Elia pourrait donc être "la" solution.

Sa cotation en Bourse permet à Elia d’accéder à des moyens supplémentaires.

Le groupe belge est en bons termes avec le gouvernement allemand, en particulier pour l’avoir aidé à écarter l’investisseur chinois State Grid lors de la vente de 50Hertz. L’an dernier, Elia a fait passer sa participation dans 50Hertz de 60 à 80% et la banque publique allemande KfW est entrée au capital en tant qu’actionnaire minoritaire.

Cette transaction a encore renforcé le crédit d’Elia dans les cercles gouvernementaux allemands. "Tennet est une entreprise publique et toute transaction la concernant devra se conclure au niveau ministériel", explique une source. "La confiance dont bénéficie Elia dans les cercles gouvernementaux allemands pourrait se révéler un atout de taille."

Marge de manœuvre financière

En tant qu’entreprise cotée en bourse, Elia dispose d’un autre avantage. Alors que le gouvernement néerlandais a du mal à faire passer l’idée qu’il devra investir des milliards d’euros supplémentaires dans Tennet au cours des dix prochaines années, sa cotation en bourse permet à Elia d’accéder à des moyens supplémentaires. En juin, le groupe a facilement levé 435 millions d’euros de capitaux frais, et depuis lors, son cours est en hausse de 16%, ce qui lui donne une marge de manœuvre suffisante si elle a besoin de capitaux supplémentaires pour financer son expansion internationale.

Pour se préparer à d’éventuelles acquisitions, Elia est en train d’adapter sa structure. D’ici la fin de l’année, les activités belges devraient être scindées des activités internationales. Cette restructuration doit éviter que les subsides destinés au réseau belge ne soient investis en Allemagne, et inversement. Cela permettra également de réaliser plus facilement d’autres acquisitions, après la reprise de 50Hertz.

Le porte-parole d’Elia a préféré ne faire aucun commentaire suite à notre question de savoir si l’entreprise s’intéressait à l’acquisition du réseau allemand de Tennet.

©mfn

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