Elia pas encore débarrassé des Chinois dans sa filiale allemande

Les Chinois de State Grid semblent bien décidés à entrer dans le capital de 50 Hertz. Si cela se confirme, que va faire Elia? ©BELGAIMAGE

Il y a deux mois à peine, le groupe Elia décidait d’exercer son droit de préemption sur 20% du capital du réseau allemand 50 Hertz, pour barrer la route au chinois State Grid. Mais State Grid serait actuellement en discussions avec l’Australien IFM pour racheter les 20% restants…

Quand Elia a décidé de mettre près d’un milliard d’euros sur la table pour barrer la route aux Chinois et porter sa participation dans le réseau allemand à haute tension 50 Hertz de 60% à 80%, il savait que le risque de voir les Chinois tenter de racheter les 20% restants existait. Mais il ne s’attendait sans doute pas à ce que ce risque menace de se concrétiser aussi rapidement…

Selon l’agence de presse Reuters, le fonds australien IFM est en effet à nouveau en discussions avec le chinois State Grid pour revendre les 20% qu’il détient encore dans 50 Hertz.

Pour rappel, début février, IFM avait informé Elia de son intention de vendre à State Grid la moitié de sa participation dans 50 Hertz pour 976,5 millions d’euros. Et Elia a décidé d’exercer le droit de préemption qu’il détenait sur ce paquet d’actions.

Son CEO, Chris Peeters, a eu beau expliquer, le 23 mars dernier, que c’était pour des raisons stratégiques qu’Elia menait cette opération et que le fait que l’acquéreur potentiel était chinois n’avait joué aucun rôle, cela n’a pas trompé grand monde.

Certes, l’opération devrait créer de la valeur dès la première année, tant en termes de bénéfices que de liquidités, pour le groupe Elia. Mais si la société qui gère le réseau à haute tension belge a accepté de débourser le prix fort pour ce paquet d’actions, c’est surtout parce qu’il lui permettait de prendre le contrôle sur l’entreprise allemande, et empêchait State Grid, le géant chinois occupé à placer ses pions dans le monde de l’énergie en Europe, d’y détenir à l’avenir une minorité de blocage.

Les discussions sur la deuxième tranche de 20% ne seraient qu’à un stade préliminaire, mais le gros du travail a déjà été fait lors de la vente précédente, où State Grid s’était montré très déterminé, ont expliqué des sources proches du dossier à Reuters.

Difficile de justifier un nouvel achat au prix fort

Si ces discussions devaient déboucher sur une offre en bonne et due forme acceptée par l’actionnaire australien, que ferait Elia, qui ne peut envisager une deuxième opération de cette taille sans une augmentation de capital? L’entreprise, qui n’a pas encore reçu notification d’un tel accord, se refuse à tout commentaire.

"Elia ne pourrait pas justifier de payer autant pour ces 20 derniers pourcents, sauf s’il a un accord pour les revendre à un partenaire."

"Nous n’avons encore reçu aucune information officielle, mais il faut clairement se préparer à ce scénario, confie une personne bien au fait du dossier côté belge. Cela ne m’étonnerait pas que les Chinois soient prêts à racheter ces 20% pour un prix assez proche des 20 premiers pourcents. Un prix que ne pourrait pas justifier Elia, sauf si c’est pour faire un portage temporaire de cette participation avant de la revendre à un autre partenaire."

"Si ce partenaire pouvait apporter une plus-value régulatoire ou politique à 50 Hertz, ce serait un avantage, précise une autre source. Mais je n’imagine pas qu’Elia subsidie l’entrée d’un tiers dans le capital."

Un partenaire allemand

Mais qui donc serait prêt à débourser le prix fort pour prendre une participation minoritaire dans 50 Hertz? On songe inévitablement à un partenaire allemand, de préférence financier, Elia n’ayant pas l’intention de céder le contrôle industriel sur sa filiale allemande.

On sait que les autorités allemandes ne voyaient pas d’un bon œil l’arrivée de State Grid dans une infrastructure aussi stratégique. Des contacts ont déjà eu lieu entre Elia et le monde financier allemand – Bernard Gustin, l’ancien patron de Brussels Airlines et président du conseil d’administration du gestionnaire de réseau belge, a joué un rôle actif dans le rachat des premiers 20%. Et des propositions de montage financier étaient venues d’Allemagne pour favoriser l’opération. Elia, qui avait décidé purement et simplement d’exercer son droit de préemption, n’y avait pas eu recours. Mais le groupe belge pourrait réactiver ces pistes, si besoin est.

questions | La CREG craint un impact sur la facture

En annonçant le rachat de 20% supplémentaires dans 50 Hertz, Elia avait souligné que cette acquisition n’aurait pas d’impact sur les tarifs des consommateurs, ni en Belgique ni en Allemagne. Mais la Creg, le régulateur fédéral du secteur énergétique, n’a pas ses apaisements à ce sujet, expliquaient fin avril La Libre et Le Soir. Un risque qui inquiète aussi la ministre de l’Énergie, Marie-Christine Marghem (MR).

La Creg a déjà adressé plusieurs courriers à ce sujet à Elia, et estime aujourd’hui n’avoir toujours pas obtenu de réponse satisfaisante.

Elle craint notamment une dégradation du rating financier du groupe, si le levier financier devenait trop important, ou si la filiale allemande connaissait des difficultés financières. Une dégradation du rating qui pèserait bien entendu sur les coûts d’emprunt d’Elia, y compris en Belgique, ce qui pourrait alourdir la facture du consommateur.

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