Engie acte la fin des réacteurs nucléaires belges

Engie a enregistré un chiffre d'affaires de 55,8 milliards d'euros, contre 60,1 l'an dernier, en un ebitda en recul de 10,5% à 9,3 milliards d'euros ©REUTERS

Engie acte la dépréciation de ses réacteurs nucléaires belges pour 2,9 milliards d'euros et officialise la fin du règne de l'atome sur le mix énergétique noir-jaune-rouge.

S'il ne fallait retenir qu'un seul chiffre de l'année 2020 de l'énergéticien français Engie , ce serait probablement celui-ci: 2,9 milliards d'euros. Ce chiffre, présenté lors de la publication des résultats annuels du groupe ce vendredi, correspond à la dépréciation des actifs nucléaires belges, aujourd'hui actée.

-1,5 milliard
d'euros
Suite à la dépréciation de 2,9 milliards d'euros portant sur les actifs nucléaires belges, le résultat net d'Engie passe dans le rouge à -1,5 milliard d'euros.

Voilà qui enterre pour de bon les derniers espoirs d'une éventuelle prolongation de deux unités au-delà de 2025. En clair, Engie arrête officiellement tous les travaux de préparation qui permettraient la prolongation de ses réacteurs, même les plus récents, à savoir Doel 4 et Tihange 3.

Ainsi, le résultat net du groupe prend un sérieux coup, et passe dans le rouge à -1,5 milliard d'euros, contre un bénéfice de 1 milliard en 2019. Une perte à imputer largement à la dépréciation du parc nucléaire belge donc, mais si l'on omet les éléments non-récurrents, le bénéfice annuel s'élève à 1,7 milliard d'euros, soit 36,5% de moins que l'an dernier.

Redressement au second semestre

Ici, le groupe pointe les effets dévastateurs de la crise du coronavirus, même si "au cours du second semestre, les niveaux d’activité se sont progressivement redressés, ce qui a permis de réaliser une performance organique similaire à celle du second semestre 2019", a pointé la CEO Catherine MacGregor.

En chiffres, Engie a enregistré un chiffre d'affaires de 55,8 milliards d'euros, contre 60,1 milliards l'an dernier, en un ebitda en recul de 10,5%, à 9,3 milliards, peut-on lire dans le communiqué de presse publié ce vendredi. Côté dette, la situation s'est améliorée, le groupe affichant une dette financière nette de 22,5 milliards, en baisse de 3,5 milliards par rapport à 2019. Un dividende de 0,53 euro par action sera proposé aux actionnaires.

Fin du bras de fer contre l'État belge

Au-delà des chiffres, on se souviendra donc de 2020 comme de l'année où Engie aura tranché sur le nucléaire belge. La dépréciation de 2,9 milliards d'euros portant sur les actifs nucléaires sonne le glas de l'atome en Belgique au-delà de 2025, n'en déplaise au gouvernement belge et à son plan B, à savoir la possibilité de décider d'une ultime prolongation de deux unités fin 2021.

"Il a été décidé d’arrêter tous les travaux de préparation qui permettraient de prolonger de 20 ans deux unités au-delà de 2025."
Engie

Mais cette annonce n'est pas une surprise. Pour rappel, en novembre dernier, une vidéo interne ayant fuité dans la presse, avait fait les gros titres et confirmait les divergences d'opinion entre Engie et le gouvernement. On y voyait le directeur des activités nucléaires du groupe, Thierry Saegeman, expliquer à ses équipes que l'entreprise arrêtait tous les projets liés à la prolongation des réacteurs. Le groupe avait tenté par la suite de corriger le tir, indiquant toujours considérer l'option d'une éventuelle prolongation de deux unités à la fin 2021.

Mais le message est aujourd'hui clair. "À la suite des annonces du gouvernement belge au quatrième trimestre 2020, il a été décidé d’arrêter tous les travaux de préparation qui permettraient de prolonger de 20 ans deux unités au-delà de 2025, car il semble peu probable que cette prolongation puisse avoir lieu, compte tenu des contraintes techniques et réglementaires", lit-on, noir sur blanc, dans le communiqué de l'entreprise. La Belgique et le nucléaire, c'est donc fini.

Recentrage stratégique

Bien sûr, l'année 2020 d'Engie ne peut se résumer au seul nucléaire belge. À la mi-année, le groupe a annoncé son plan de "recentrage stratégique", se traduisant par sa volonté de céder deux tiers de ses activités de services et de se concentrer principalement sur le développement des énergies renouvelables et des infrastructures. Signalons au passage qu'Engie a confirmé son intention de sortir complètement du charbon d'ici 2027. Le premier à quitter le navire aura été Suez, dont la vente des 29,9% des parts d'Engie au géant français Veolia pour 3,4 milliards d’euros a été achevée en octobre.

Pour les autres activités de services, les mois à venir seront déterminants.

Notons, par ailleurs, que ce dossier mouvementé n'a pas fini de faire les choux gras de la presse business en France, le conseil d'administration de Suez ayant rejeté l'offre de reprise de Veolia ce vendredi.

Quel avenir pour Engie Solutions?

Pour les autres activités de services, les mois à venir seront déterminants. En Belgique, ils sont 10.000 à travailler pour Engie Solutions, soit la filiale spécialisée dans les services de maintenance, la gestion de la chaîne de froid ou la climatisation. Même s'il affirme qu'il n'y aura pas d'impact sur l'emploi, le groupe reconnaît étudier la possibilité d'en modifier la structure actionnariale.

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