Engie arrête tous ses projets liés à la prolongation du nucléaire

Dans une vidéo communiquée ce mardi en interne aux employés de la filière nucléaire d'Electrabel, l'énergéticien a indiqué son intention d'interrompre tous les projets "LTO" (Long term operations) liés à la prolongation du nucléaire. ©Photo News

Dans une communication interne, Engie Electrabel a averti ses équipes qu'il comptait interrompre tous les projets liés à la prolongation des réacteurs. Le nucléaire et la Belgique, c'est fini.

Le gouvernement était prévenu. Engie avait, depuis longtemps, et à maintes reprises, réclamé la clarté sur le dossier brûlant de la prolongation des centrales nucléaires du pays. Et la réponse apportée par le gouvernement Vivaldi, à savoir celle de confirmer la sortie de l'atome, mais de laisser ouverte la porte d'une prolongation d'un ou deux réacteurs sous couvert d'une ultime décision prise en novembre 2021, n'a pas été jugée satisfaisante par l'exploitant des sites de Doel et Tihange.

Dans une vidéo communiquée ce mardi en interne aux employés de la filière nucléaire d'Electrabel, l'énergéticien a indiqué son intention d'interrompre tous les projets "LTO" (Long term operations) liés à la prolongation du nucléaire. Cette annonce, confirmant la ligne défendue par Engie depuis des mois, rend de facto impossible de prolonger deux réacteurs ultérieurement, même si la sécurité d'approvisionnement venait à être jugée menacée lors de l'évaluation prévue l'année prochaine par le gouvernement.

Une information confirmée par le groupe dans la soirée sur Twitter. "Nous acceptons les conséquences logiques de l'accord de gouvernements et les choix pour l'avenir du mix énergétique", a indiqué le groupe, qui ajoute vouloir rester "engagé sur le marché belge".

Timing trop serré

Prolonger deux unités - en l’occurrence les deux plus récentes, Doel 4 et Tihange 3 - ne se fait pas en deux coups de cuillère à pot.  En effet, l'AFCN, l'autorité belge en termes de sûreté nucléaire, exige que tous les travaux de rénovation pour une prolongation de la durée de vie soient réalisés d'ici 2025. Et pour être prêt à temps, Engie indique qu'il faudra, au mieux, 30 mois pour finaliser les études de conception, lancer des appels d'offres et terminer les travaux d'amélioration. De plus, 30 à 36 mois sont nécessaires pour commander le nouveau combustible nécessaire au fonctionnement des centrales.

Le timing était trop serré. Et Engie fait le choix de s'en tenir à la loi, n'en déplaise au gouvernement. Au total, c'est 1 milliard d'euros qu'Engie aurait dû allouer à la prolongation de ses réacteurs.

"Sous le choc"

Contacté par nos soins, un délégué syndical d'Engie nous a confirmé la diffusion de ces annonces en interne. "Nous sommes sous le choc. Engie n'investira plus dans la prolongation", nous confie-t-il à visage caché.

"Nous sommes sous le choc. Engie n'investira plus dans la prolongation."
Un délégué syndical d'Engie Electrabel

Un conseil d'entreprise se tiendra vendredi afin d'aligner la décision d'Engie sur les consignes données aux travailleurs. Mais, déjà, le risque d'une fuite de la main d’œuvre qualifiée se fait sentir. "Nous ne craignons pas de restructuration avant l'arrêt de Tihange 2 mais beaucoup d'ouvriers qualifiés et d'ingénieurs risquent de vouloir partir vers d'autres pays ou dans le secteur gazier. C'est déjà le cas à Doel, où la centrale est vampirisée par l'industrie pétrochimique toute proche", nous avertit-il encore.

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