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Engie au Brésil, une aventure aux accents belges

©Guilherme Leporace

C’est sous la houlette de Tractebel que l’aventure brésilienne a vraiment commencé pour Engie. Ce pays est désormais le deuxième contributeur du groupe, qui compte encore y accélérer ses efforts.

Kilomètre 370, sur la route nationale qui relie Fortaleza, dans le Nordeste brésilien, à Teresina. Une route défoncée, dans un paysage écrasé par le soleil, mène à un poste de livraison de gaz. Sur le grillage, une enseigne Petrobras trône encore. "Nous avons quatre ans pour rebrander le réseau de gaz que nous venons d’acheter", expliquent les responsables d’Engie, qui profitent de la présence d’Isabelle Kocher au Brésil pour exposer à une poignée de journalistes leur stratégie dans le pays.

Nous voulons maintenant accélérer notre effort, et mettre en œuvre à très grande échelle notre stratégie de services aux clients.
Isabelle Kocher directeur général d’Engie

Ce pays de plus de 200 millions d’habitants est devenu, depuis un certain temps déjà, le deuxième contributeur aux résultats du groupe. Une place ravie à la Belgique qui, suite aux déboires de ses réacteurs nucléaires, accumule les pertes ces dernières années. "Au Brésil, nous avons développé, à partir d’une page blanche, une activité très dynamique", souligne Isabelle Kocher, directeur général d’Engie.

"Et nous avons fait un grand pas il y a quelques mois en faisant l’acquisition du réseau de gazoducs TAG. Nous voulons maintenant accélérer notre effort, et mettre en œuvre à très grande échelle notre stratégie, qui est d’être présents non seulement dans la production d’énergie et les infrastructures de transport, mais aussi dans les services aux clients."

Sous la bannière de Tractebel

Cette acquisition a fait de nous le premier électricien privé du Brésil. Depuis, nous avons triplé notre capacité installée.
Gil Maranhao Neto
Directeur de la communication et de la stratégie d’Engie Brasil

L’aventure de l’énergéticien français dans le pays a de forts accents belges. C’est en effet sous la bannière de Tractebel, qui avait alors pour principal actionnaire Suez, que tout a commencé. En 1998, Philippe Bodson, qui s’est lancé à l’assaut du monde, profite de la privatisation de la société de production d’électricité Gerasul pour en prendre le contrôle, prévenant son actionnaire très tardivement de cette opération majeure.

Quelques mois plus tard, Philippe Bodson sera éjecté par Gérard Mestrallet pour cause de rupture de confiance. "Cette acquisition a fait de nous le premier électricien privé du Brésil. Depuis, nous avons triplé notre capacité installée", se félicite Gil Maranhao Neto, un des premiers employés du groupe au Brésil, qui est aujourd’hui directeur de la communication et de la stratégie d’Engie Brasil.

Le groupe exploite aujourd’hui plus de 10.000 MW de capacités dans le pays, ce qui représente pas loin de 7% de la capacité installée du Brésil. Et 90% d’entre elles sont renouvelables. Le solde est constitué de deux centrales au gaz, qui devraient être vendues dans les prochains mois.

Les racines belges ont laissé des traces visibles: à l’exception d’une seule, rebrandée L’Oréal et Engie (lire ci-dessous), les éoliennes installées par le groupe dans le nord du pays portent encore le logo de Tractebel Energia.

Des concessions qui viennent à échéance

Mais trois importantes concessions sur des barrages hydroélectriques acquises à l’époque vont arriver à leur terme en 2028, ce qui obère les résultats futurs. Et les conditions hydriques ont été plutôt mauvaises ces dernières années. Avec l’acquisition de TAG, Engie se donne un nouvel avenir et change de dimension, doublant la valeur de marché de ses activités dans le pays, qui atteint désormais 70 milliards de reais (16,7 milliards d’euros).

"Jusqu’ici, nous avions utilisé la plus grande partie de nos forces au Brésil pour produire plus d’énergie verte, notamment en construisant une série de barrages, dont le dernier est celui de Jirau, poursuit Isabelle Kocher. Avec l’acquisition de TAG, nous sommes dans le transport d’énergie, où il y a de véritables goulots d’étranglement. Et nous avons démarré ici une activité d’efficacité énergétique, parce que nous sommes convaincus que la seule manière de mettre en œuvre une transition énergétique rapide sans générer des conflits sociaux majeurs, c’est de réduire les factures, et donc la consommation énergétique."

Les services en bonne place

Nous investissons pour trente ans, et nous aurons différents gouvernements devant nous.
Mauricio Bähr
CEO d’Engie Brasil

Sur les 2.800 salariés du groupe au Brésil, 1.700 travaillent déjà dans les services, Engie ayant acquis ces trois dernières années pas moins de 6 petites entreprises spécialisées dans des domaines comme l’éclairage public ou la consultance en énergie. Ils travaillent pour des clients comme Santander, Bradesco ou GE, qui bénéficient de systèmes de monitoring qui combinent capteurs et logiciels pour leur permettre de réduire leur consommation énergétique de 30%.

Des discussions sont aussi en cours avec une université pour identifier toutes ses consommations énergétiques sur le campus et voir comment les réduire. "Cela nous conduit à devenir propriétaires de tous les réseaux de chaud, de froid et de ventilation, à procéder aux investissements nécessaires et à vendre l’énergie comme un service", explique Isabelle Kocher.

L'effet Bolsonaro

La priorité de l’actuel gouvernement brésilien ne semble pourtant guère favoriser les énergies renouvelables ou la sobriété énergétique. Le président d’extrême droite Jair Bolsonaro, qui freine la lutte contre l’exploitation forestière, s’attaque aussi aux normes environnementales, trop sévères à son goût. "Nous investissons pour trente ans, et nous aurons différents gouvernements devant nous. Et le fait que le Brésil soit en croissance ouvre beaucoup d’opportunités en matière d’efficacité énergétique", répond Mauricio Bähr, CEO d’Engie Brasil.

Un gros coup de com' avec L'Oréal

Depuis quelques semaines, Engie fournit à L’Oréal au Brésil une électricité 100% renouvelable. Le géant de la cosmétique couvre désormais la consommation électrique de ses usines, de son centre de distribution, de son laboratoire et de son siège au Brésil par de l’électricité éolienne en provenance des parcs éoliens développés par Engie à Trairi, dans le nord du pays.

Impossible de savoir sur quelle quantité d’électricité porte ce contrat, qui court jusque fin 2021. Mais les deux groupes français ont réussi à en faire un joli coup de com’. Une des 86 éoliennes, installée à quelques centaines de mètres de la plage, un paradis pour les kite surfeurs, arbore désormais, côté face, le logo de L’Oréal Brasil, et côté pile, celui d’Engie. Et les deux entreprises en ont fait un film qui tourne sur les réseaux sociaux. "En trois semaines, ce film est le deuxième film le plus vu de toute l’histoire d’Engie dans le monde", se réjouit Gil Maranhao Neto, directeur de la communication et de la stratégie d’Engie Brasil.

Sur place, à Trairi, c’est plutôt du facteur de charge de ses éoliennes que se félicite Alexandre Thiele, qui dirigeait auparavant une centrale au charbon, et a assuré le développement de ces 222 MW éoliens pour Engie. "Ici, nos éoliennes tournent, en moyenne, à plus de 50% de leur capacité sur l’ensemble de l’année, alors qu’en Europe, on est plutôt à un facteur de charge de 30 à 35%. Et nous bénéficions d’un vent beaucoup plus constant", explique-t-il. Sur les 10,2 GW installés d’Engie au Brésil, 1 GW l’est déjà dans l’éolien. Et l’énergéticien continue à développer de nouveaux projets. 

©doc

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