analyse

Engie et RWE, futur Airbus de l'énergie?

©Bloomberg

Une alliance est envisagée entre les géants français et allemand de l’énergie: on ne parle pas fusion, mais échange de filiale (Innogy) contre participations (dans Engie). Une source à Paris confirme la tenue de discussions.

Alors que l’énergéticien français est engagé dans un vaste plan de transformation 2016-2018, censé le réorienter vers des activités peu émettrices de CO2, Engie fait l’objet actuellement de négociations avec le géant allemand RWE en vue de créer une alliance entre les deux groupes. C’est l’agence Reuters qui a lâché l’information vendredi en citant des sources proches du dossier, d’origine bancaire, et en précisant que l’État français était tenu informé de ce scénario visant à créer un "Airbus de l’énergie", suivant l’expression utilisée voici peu par l’ancien président François Hollande.

Un scénario un peu plus précis circule déjà, mais ne serait toutefois que "l’un des schémas envisagés", selon Reuters. Selon ce projet, Engie prendrait une participation dans Innogy, filiale cotée de RWE active dans la gestion de réseaux et les énergies renouvelables, en échange de quoi le groupe allemand acquerrait une participation directe dans Engie. La formule permettrait à la fois à Engie de rester dans les clous de son plan de transformation, compte tenu des activités d’Innogy, et à l’État français de réduire sa part dans le groupe constitué au départ de la fusion entre Gaz de France et Suez.

"Il y a en effet des discussions en cours, mais cela ne veut pas dire que cela aboutira."
une source gouvernementale française

Le président Emmanuel Macron avait annoncé dans son programme son intention de céder des participations publiques afin de financer un nouveau fonds de 10 milliards d’euros pour l’innovation et l’industrie. Paris pourrait saisir l’occasion pour céder une partie de ses actions en Engie, avec cette importante réserve toutefois qu’il faudrait en pareil cas modifier la loi française interdisant à l’État de descendre de façon permanente sous le tiers du capital de l’énergéticien. Il en détient actuellement, par dérogation "provisoire" à cette loi, quelque 28,65%. Si RWE apportait 100% d’Innogy à Engie, aux cours actuels cela permettrait aux Allemands de prendre 28% d’Engie et cela diluerait automatiquement la part de l’État français à 18%. Mais ce dernier pourrait saisir l’occasion pour céder en outre un bloc de titres, moyennant bien sûr la modification de la loi.

À noter cependant que 23% du capital d’Innogy ne sont pas aux mains de RWE, mais d’actionnaires publics allemands, ce qui pourrait compliquer le script.

Gains et risques

Reste à voir quels seraient les gains pour Engie et RWE. Au plan politique, la constitution d’un axe franco-allemand dans l’énergie s’inscrirait parfaitement dans les souhaits émis récemment par Emmanuel Macron et la Chancelière Angela Merkel de renforcer leur coopération bilatérale.

Au plan opérationnel, un analyste de chez Bryan Garnier faisait observer vendredi les nombreux risques que cela soulèverait: il citait à la fois l’intégration des deux entreprises, les perspectives financières d’Innogy, la réduction du flottant d’Engie en Bourse et les marges de manœuvre financières limitées du nouvel ensemble qui ressortirait de ces opérations. Reste que l’acquisition d’Innogy transformerait Engie en acteur majeur sur les marchés allemand et britannique.

Les chiffres clés

33 milliards capitalisation

La capitalisation boursière d’Engie. À comparer avec 9,65 milliards pour RWE et 18,6 milliards pour Innogy.

58.652 emplois

Le nombre d’emplois chez RWE à fin 2016. Engie totalise quelque 241.500 emplois.

5,7 milliards de pertes

La perte nette enregistrée l’an dernier par RWE, en raison de grosses dépréciations. Le groupe Engie a, lui, subi une perte nette de 0,4 milliard, également en raison de dépréciations.

Confirmation

"Il y a en effet des discussions en cours, mais cela ne veut pas dire que cela aboutira", a déclaré une source du gouvernement français à Reuters, confirmant ainsi la tenue de ces négociations. Celles-ci se tiendraient entre les deux énergéticiens, leurs conseillers et leurs banquiers. De leur côté, les deux groupes ont refusé de commenter.

Or, le 5 mai dernier, lors de la présentation des résultats trimestriels d’Engie, sa directrice générale Isabelle Kocher avait indiqué que son groupe n’envisageait pas d’opérations de fusion-acquisition d’envergure. Son groupe avait en revanche annoncé mettre en vente ses activités d’exploration et production pétrolière et gazière, en ligne avec ses objectifs de transformation.

Interrogée sur les déclarations précédentes d’Isabelle Kocher ce vendredi, une porte-parole d’Engie a répété ce qu’avait dit la directrice générale, comme si rien n’avait changé. Difficile d’y voir beaucoup plus clair pour le moment. L’agenda politique est chargé pour les mois à venir sur les deux rives du Rhin: élections législatives en France en juin, puis en septembre en Allemagne. Pas sûr que Paris et Berlin voudront bouger d’ici là sur un terrain aussi sensible.

En Bourse, certains semblent en tout cas y croire puisqu’à Francfort, l’action RWE a terminé la semaine à 16,93 euros, en hausse de 5,12% sur son cours de la veille. De son côté, Innogy a gagné 3,36% sur la journée à 34,6 euros. Mais dans le même temps, à Paris, l’action d’Engie n’a pris que 0,63% pour boucler la séance de vendredi à 13,48 euros.

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