Engie va amortir son parc nucléaire pour 1,9 milliard d’euros

En 2018 et 2019, Engie avait déjà effectué des amortissements pour acter dans ses comptes la fermeture prochaine des centrales nucléaires en Belgique. ©Hollandse Hoogte / Corné Sparidaens

Engie adapte sa comptabilité à l'objectif du gouvernement belge de fermer ses centrales nucléaires. Cela passe par un amortissement de 1,9 milliard d'euros.

Le groupe énergétique français Engie estime que les centrales nucléaires belges ne lui rapporteront plus rien après 2025. Vendredi, lors de la publication des résultats annuels, le groupe annoncera un amortissement de 1,9 milliard d’euros sur son parc nucléaire belge, comme l’a révélé la chaîne BFM Business, ce qui a été confirmé à notre rédaction. Engie adapte ainsi sa comptabilité avec l’objectif du gouvernement de fermer les sept centrales nucléaires en Belgiquie à l’horizon 2025.

Selon BFM, la direction du groupe Engie et le gouvernement belge auraient pris acte de cette fermeture entre 2022 et 2025, comme le stipule la loi sur la sortie du nucléaire. Engie arrêtera donc d’investir à long terme dans son parc nucléaire et procèdera à un amortissement correspondant.

Engie semble désormais accepter la voie suivie par le gouvernement. Une sortie complète du nucléaire est devenue son plan A et la prolongation son plan B.

Une source proche du dossier souligne que "la probabilité d’une prolongation de la durée de vie des centrales nucléaires s’amenuise de jour en jour, ce qui nous oblige à adapter à cette réalité la valeur des actifs nucléaires dans notre comptabilité".

Amortissements similaires en 2018 et 2019

Au cours des années précédentes, Engie avait déjà effectué des amortissements similaires. En 2018, l’entreprise avait réduit la valeur des centrales fissurées Doel 3 et Tihange 2 de 615 millions d’euros. L’année suivante, un nouvel amortissement était opéré à hauteur de 1 milliard d’euros, alors qu’une prolongation de la vie des centrales apparaissait moins vraisemblable. Le groupe ne tablait à 20 ans que sur les revenus générés par les deux centrales les plus jeunes, à savoir Doel 4 et Tihange 3, ce qui était valorisé dans ses comptes à 1,9 milliard d’euros.

Pour le Premier ministre Alexander De Croo (Open VLD) et la ministre de l’Énergie Tinne Van der Straeten (Groen), qui se concertent régulièrement avec la direction d’Engie, cet amortissement n’est pas vraiment une surprise. Le groupe n’avait de cesse de réclamer qu’une décision quant au maintien de deux centrales nucléaires soit prise avant la fin de 2020 afin de pouvoir boucler à temps les investissements de maintenance, les achats d’uranium et l’adaptation de la réglementation.

Le risque est donc bien réel que, durant l’hiver 2025-2026, la Belgique doive se chauffer sans énergie nucléaire jusqu’à la fin des travaux de renouvellement.

En novembre dernier, Thierry Saegeman, directeur nucléaire chez Engie Electrabel, avait déjà déclaré dans un message au personnel que l’entreprise n’investirait plus dans les préparatifs d’une telle prolongation. Le service de communication avait dû corriger le tir en précisant que tant la piste de la fermeture que la prolongation étaient encore sur la table.

Risques d'approvisionnement

Engie semble désormais accepter la voie suivie par le gouvernement. Une sortie complète du nucléaire est devenue son plan A et la prolongation son plan B. Le gouvernement table sur le mécanisme de subsides (CRM) qui vise à encourager les investissements dans des capacités de remplacement et de nouvelles centrales au gaz. Le gouvernement pourra cependant encore décider, à la fin de cette année, de maintenir deux centrales nucléaires ouvertes s’il apparaît que les subsides ne suffiront pas à assurer l’approvisionnement énergétique du pays.

Si une décision intervient trop tard, il n’est pas encore exclu pour Engie que les deux centrales les plus récentes restent ouvertes. Si le gouvernement le lui demande, l’entreprise peut prolonger le fonctionnement de ces deux centrales, moyennant quelques conditions. Le risque est donc bien réel que, durant l’hiver 2025-2026, la Belgique doive se chauffer sans énergie nucléaire jusqu’à la fin des travaux de renouvellement.

Les porte-paroles d’Engie et de Tinne Van der Straeten n’ont pas souhaité réagir à nos questions.

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