interview

Giles Dickson (WindEurope): "L'Europe est en retard sur le développement des énergies renouvelables"

Pour Giles Dickson, CEO de WindEurope, le principal frein au développement de l'éolien en Belgique est la procédure d'obtention de permis. ©WindEurope

Les 858 MW de capacités éoliennes installées en 2020, ne permettront pas à la Belgique d'atteindre les objectifs de neutralité carbone pour 2050, estime Giles Dickson, CEO de WindEurope.

Observateur averti du secteur, WindEurope, la fédération de l'énergie éolienne européenne, a fait les comptes. 2020 aura été une année record pour l'électricité produite grâce au vent et la Belgique n'y est pas pour rien. En chiffres, le Royaume aura ajouté 858 MW de capacités éoliennes à son système électrique. De la sorte, le pays se hisse à la huitième place du hit-parade du continent.

858 MW
de capacités installées
En 2020, la Belgique a installé 858 MW éoliens. C'est le huitième meilleur résultat européen.

Mais ici, c'est surtout du développement de l'éolien offshore dont la Belgique peut se féliciter. En effet, avec 706 MW installés, le Royaume est le deuxième pays d’Europe à avoir connecté le plus de capacités éoliennes offshore l'an dernier, derrière les Pays-Bas. Pour autant, l'éolien terrestre est à la traîne, comme dans beaucoup d'autres États membres.

Ce constat, le CEO de WindEurope le regrette. Giles Dickson s'est d'ailleurs étendu sur la question lors d'un entretien-fleuve autour du développement de la filière sur le continent. Et la conclusion est sans appel: même si les chiffres sont à la hausse, ils sont encore loin de nous permettre de renouer avec l'objectif de neutralité carbone d'ici 2050. Explications.

2020 était-elle une bonne année pour l'éolien européen?

L'Europe a installé 14,7 GW de nouvelles capacités éoliennes en 2020, soit 6% de moins qu'en 2019 et 19% de moins que ce à quoi nous nous attendions avant la pandémie. 80% de ces nouvelles installations relèvent de l'éolien terrestre. Aussi, l'éolien a représenté 16% de l'électricité consommée en 2020 dans l'Union et le Royaume-Uni. L'Europe dispose donc désormais d'une capacité éolienne de 220 GW.

"Il n'existe aujourd'hui pas de pays, pas seulement en Europe, mais dans le monde entier qui possède autant d'éolien offshore que la Belgique, si l'on considère sa zone économique exclusive totale."
Giles Dickson
CEO de WindEurope

Qu'en est-il de la Belgique?

La Belgique a construit 858 MW de nouvelles capacités éoliennes l'année dernière. La majeure partie de cela était l'éolien offshore (706 MW). Il n'existe aujourd'hui pas de pays, pas seulement en Europe, mais dans le monde entier qui possède autant d'éolien offshore que la Belgique, si l'on considère sa zone économique exclusive totale.

Ceci, bien sûr, a été rendu possible par l'achèvement des parcs éoliens offshore Seamade et Northwester 2. Cela porte la Belgique à 2,5 GW de capacité installée pour l'éolien offshore. C'était une très bonne année à cet égard, au point de hisser la Belgique deuxième au rang des pays ayant installé le plus d'éoliennes en mer l'an dernier.

"L'Europe ne développe pas les énergies renouvelables au rythme nécessaire pour atteindre l'objectif de neutralité carbone d'ici 2050."

Le gouvernement a pour objectif d'atteindre les 4 GW d'ici 2030 et, d'après nos estimations, la capacité potentielle totale de la côte belge s'élève à 6 GW d'ici 2050. Le pays est donc sur la bonne voie. Maintenant que les parcs sont terminés, il y aura une accalmie jusqu'au déploiement de la nouvelle zone Princesse Elizabeth dans la partie ouest de la côte.

En parallèle, la Belgique a développé 252 MW terrestres, c'est loin d'être assez. Notons qu'à la fin 2019, l'énergie éolienne représentait 10% de toute la consommation électrique du pays. En 2020, cette part est montée à 14%.

Ces chiffres sont-ils alignés sur les objectifs européens de décarbonation de l'économie?

Pour le continent, dans l'état actuel des choses, non. L'Europe ne développe pas les énergies renouvelables au rythme nécessaire pour atteindre l'objectif de neutralité carbone d'ici 2050. L'Europe ne développe même pas les énergies renouvelables au rythme requis pour atteindre les objectifs énergétiques actuels de 2030.

En Belgique, en revanche, les objectifs relatifs au développement de l'éolien offshore sont alignés. Le problème réside dans celui de l'éolien terrestre. Le Plan national énergie-climat prévoit que le pays atteigne les 19 GW de capacité éolienne d'ici 2030. Et au rythme actuel des choses, nous pensons que le mieux que l'on puisse espérer se situe autour de 15 GW. Ce n'est pas suffisant.

"Les règles et procédures d'autorisation de nouveaux parcs éoliens sont trop complexes."

Quels sont les principaux freins au développement de l'énergie éolienne?

Le principal obstacle, c'est que les règles et procédures d'autorisation de nouveaux parcs éoliens sont trop complexes. Il n'y a pas assez de personnes dans l'administration publique qui travaillent au traitement des demandes de permis. Par conséquent, les délais pour l'obtention de permis sont beaucoup trop importants. Et plus cette période est longue, plus le risque de développement que le développeur doit supporter est grand. Plus le projet devient cher, plus l'énergie éolienne le devient pour la société.

Aussi, ceci dissuade les investisseurs et les promoteurs de construire de nouveaux parcs éoliens parce qu'ils considèrent que le risque de développement du projet est trop élevé. Ces problèmes affectent à la fois le développement des parcs éoliens terrestres et offshore.

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