Greenpeace à l'assaut des vieilles centrales nucléaires

Fort d'une étude très documentée, Greenpeace veut faire de ce mercredi 5 mars une action européenne contre les vieilles centrales nucléaires. En Belgique, les activistes ont pris d'assaut Tihange. À côté de ses actions visibles, l'association détaille pourquoi, selon elle, ces vieilles centrales sont dangereuses. Greenpeace pointe également du doigt un manque criant d'assurances en cas d'accident nucléaire.

Des centaines de militants écologistes ont pénétré mercredi matin sur les sites de centrales nucléaires situées en Belgique, Suisse, France et Suède pour protester contre les possibles prolongations de la durée de vie de ces centrales.

Une action que l'ONG a entrepris fort d'un rapport détaillé sur le risque des vieillissements des centrales. " Prolonger la durée de vie de ces réacteurs usés exposerait le citoyen à des risques toujours plus grands et à des conséquences qui seraient énormes en cas d’accident nucléaire ", affirme Jan Vande Putte , expert nucléaire pour Greenpeace.


ACTION À TIHANGE

En Belgique, une quarantaine d'activistes de l'organisation écologiste Greenpeace se sont rassemblés vers 07h00 devant l'entrée de la centrale nucléaire de Tihange.

Une dizaine d'entre eux ont réussi à atteindre la grande cheminée du site, où ils ont déployé leur banderole. Les derniers membres de Greenpeace présents sur le site ont été interpellés par la police peu après 13 heures, a indiqué Jan Vande Putte.

Greenpeace demande que les réacteurs dont la durée d’exploitation a dépassé la durée de vie initiale soient immédiatement mis à l’arrêt. "Tihange 1 par exemple a été conçu pour durer 30 ans. Au moment de sa fermeture prévue aujourd’hui en 2025, il aura atteint 50 ans de service… C’est irresponsable et dangereux !", pointe l'aile belge l'organisation.

Dans son étude, Greenpeace estime que les risques du vieillissement des centrales sont multiples. "Le vieillissement physique des systèmes, structures et composants va de pair avec le vieillissement technologique et conceptuel, car les réacteurs existants ne permettent que de manière limitée la mise en œuvre rétroactive des nouvelles technologies et des concepts de sécurité. Il y a aussi des causes "soft" telles que les structures organisationnelles désuètes et la perte de savoir-faire et de motivation alors que les employés prennent leur retraite. Tout ceci fait que le niveau global de sécurité des réacteurs les plus anciens va devenir de plus en plus insuffisant selon les normes modernes", détaille le rapport.


ACTIONS EN EUROPE

En Suisse, une centaine de militants de Greenpeace ont pénétré dans la centrale nucléaire de Beznau,pour exiger la mise à
l'arrêt immédiate de ce site jugé trop vétuste.  Les militants ont suspendu plusieurs banderoles barrées du slogan "The End" sur le site de la centrale de Beznau. Cette action non violente avait pour but d'éviter que, 3 ans après la catastrophe de Fukushima, la Suisse ne soit touchée par un drame similaire, a affirmé Greenpeace dans un communiqué. Basé en Argovie, entre Bâle et Zurich, la centrale de Beznau est bien trop âgée pour être considérée comme sûre.

Elle compte 45 années d'activité, selon l'organisation, qui exige la mise à l'arrêt immédiate de la centrale.

En France, une tentative "d'intrusion massive" de militants écologistes dans la centrale nucléaire de Gravelines (nord) a par contre été déjouée, a indiqué le ministère français de l'Intérieur. Une vingtaine de militants écologistes avaient l'intention d'escalader la façade de la centrale pour y déployer des banderoles. Dix-huit d'entre eux, quatorze hommes et quatre femmes de nationalité française, allemande, danoise, canadienne et britannique, ont aussitôt été interpellés par les gendarmes. Une centaine de membres de forces de l'ordre ont été déployés sur place afin de "quadriller la centrale" et éviter toute autre initiative éventuelle de même type.

Une vingtaine de militants ont également forcé les barrières de sécurité protégeant la centrale nucléaire d'Oskarhsamn, en Suède. Selon le porte-parole de la centrale, Anders Osterberg, la plupart d'entre eux ont été appréhendés par les forces de l'ordre.


LA COUVERTURE DES ASSURANCES EST TROP FAIBLE

Si un accident nucléaire de type Fukushima survenait en Europe, les opérateurs nucléaires devraient dédommager les entreprises, les populations et l'Etat, mais le niveau de couverture d'assurance prévu serait entre 100 et 1.000 fois trop faible pour faire face aux coûts encourus, dénoncent Tom Vanden Borre (KUL) et Michael Faure (Université de Maastricht) dans le rapport de Greenpeace;

Ainsi, si un accident devait survenir aujourd'hui dans les centrales nucléaires de Doel ou Tihange, Electrabel devrait supporter moins d'un pourcent des coûts, selon l'étude de l'organisation écologiste. Selon la Commission européenne, une telle catastrophe coûterait en effet 187 milliards d'euros, or la couverture d'assurances est limitées à 1,2 milliard en Belgique.

Or, si l'on part du principe que le vieillissement des centrales nucléaire accroît le risque, la question des dédommagements est centrale. "Maintenant que Tihange 1 restera ouverte plus longtemps que ce qu'il était prévu, le besoin d'avoir un dédommagement sérieux en cas de catastrophe est plus grand que jamais", souligne Tom Vanden Borre.

Avant d'envisager de prolonger les réacteurs, "les Etats devraient d'abord s'assurer que lse conditions d'indemnisation des victimes soient considérablement améliorées."

Actuellement, les demandes de dédommagement sont d'office plafonnées. "Il s'agit d'une double subvention accordée à l'industrie nucléaire qui se cache derrière le plafonnement de la responsabilité de l'exploitant : le coût de l'assurance est sous-estimé, et lorsque le montant de la responsabilité est insuffisant, c'est l'Etat qui doit intervenir", expliquent les chercheurs.

Ils plaident dès lors pour une responsabilité déplafonnée et la mise en place d'un fonds commun d'assurance européen.  Electrabel de son côté indique suivre la législation actuellement en vigueur. "Si celle-ci change, nous nous adapterons", indique la porte-parole Geetha Keyaert. La société conteste par ailleurs que la prolongation de Tihange 1 comporte un risque supplémentaire.

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