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analyse

Hausse des prix du gaz: vers une crise énergétique mondiale prolongée?

Sans nouvelles capacités d'importation additionnelles, l'Europe risque de voir la crise énergétique se prolonger. ©BELGA

En raison d'un déséquilibre offre-demande, la flambée des prix du gaz naturel se poursuit. Pour les experts du secteur, l'hiver s'annonce difficile. Et pas seulement en Europe.

Les annonces ne cessent de pleuvoir et les prix du gaz n'arrêtent pas de flamber. Dernier exemple en date des répercussions de ce phénomène d'ampleur mondiale, le groupe chimique BASF a annoncé ce lundi devoir réduire sa production d'ammoniac, notamment sur son site d'Anvers, à cause de l'impact trop important de la hausse du prix du gaz sur ses activités.

Et les prix de l'énergie continuent, inlassablement, de grimper. Mardi, l'envolée du marché du gaz s'est poursuivie avec une nouvelle hausse de 10%, pour atteindre les 84 euros/MWh à la livraison en octobre. Le prix de l'électricité à livrer en octobre a également augmenté de 10% pour atteindre les 173 euros/MWh en Belgique.

Amorcée depuis la reprise économique au lendemain des confinements successifs, l'envolée du gaz naturel se ressent en effet déjà sur la facture des industriels et des particuliers. Et, alors qu'un hiver rigoureux se fait craindre, la situation ne devrait pas s'améliorer, au moins jusqu'au mois de mars, si l'on en croit les analyses de nombreux experts du secteur.

Perfect storm

Pour comprendre les raisons de l'explosion du gaz sur les marchés, il faut regarder le monde post-confinements dans sa globalité. En effet, et tous les experts s'accordent pour le dire, l'origine de la flambée se trouve dans un déséquilibre entre l'offre et la demande de gaz naturel initié au moment de la reprise économique.

Le prix du gaz ne cesse de battre des records.

Le phénomène est principalement marqué en Europe et en Asie, où la Chine mène la danse en matière de reprise économique, mais aussi en Amérique du Sud où les sécheresses à répétition mènent de nombreux pays à préférer les centrales à gaz à l’hydroélectrique pour produire leur électricité. Mais le problème, c'est que cette hausse de la demande mondiale s'ajoute à une conjonction de facteurs mettant l'offre grandement sous pression, tout en rendant le gaz toujours plus désirable.

La hausse du prix du gaz combinée à celle du CO2 et du charbon mènent immanquablement à une montée des prix de l'électricité.

Parmi les principaux éléments, les spécialistes notent l'augmentation du prix de la tonne de CO2, qui induit une plus faible compétitivité du charbon et force de nombreuses centrales à l'arrêt, le faible niveau des stocks de gaz européens, l'augmentation du prix du charbon, la faible production d’électricité d’origine éolienne ces derniers mois en raison des conditions météorologiques ou encore la hausse de la production d’électricité à partir du gaz naturel.

Notons ici que la hausse du prix du gaz combinée à celle du CO2 et du charbon mène immanquablement à une montée des prix de l'électricité.

Production européenne en recul

À cela, il faut ajouter que de nombreuses installations gazières - principalement européennes - souffrent d'une moins bonne disponibilité qu'à l'accoutumée. En Norvège, par exemple, des travaux de maintenance sur plusieurs sites freinent l'extraction, alors qu'en Russie, une explosion dans une usine de traitement du gaz du géant Gazprom cet été a contribué à réduire les exportations vers le vieux continent.

La demande de gaz ne cesse de grimper et les problèmes d'approvisionnement menacent de ne pas se régler avant l'hiver.

La Russie, justement, a été accusée par l'Agence internationale de l'énergie (AIE) et par les États-Unis de délibérément limiter ses exportations de gaz dans le but d'insister sur le potentiel de son projet controversé de gazoduc Nord Stream 2. Qu'elle soit avérée ou non, cette raison derrière le recul des exportations russes s'ajoute à une production européenne de gaz déjà en déclin depuis plusieurs années, à l'image des Pays-Bas dont l'important gisement de Groningen s'apprête à fermer ses portes.

Par conséquent, la dépendance des pays européens au gaz étranger est amenée à grandir alors que les sources d'approvisionnement en gaz naturel liquéfié (GNL) restent trop peu nombreuses et que celui-ci a tendance à alimenter le plus offrant. L'Europe subit donc la concurrence de l'Asie au niveau du GNL aussi et les experts craignent que, sans l'aboutissement de nouveaux projets, l'offre ne parviendra pas à augmenter.

Crise énergétique mondiale

Dans un futur proche, rien ne laisse présager une amélioration de la situation. La demande de gaz ne cesse de grimper et les problèmes d'approvisionnement menacent de ne pas se régler avant l'hiver. Et, en cas d'hiver rigoureux, de nombreux fournisseurs risquent de boire la tasse.

Et puis le phénomène se globalise. La Chine, par exemple, connait en ce moment une pénurie d'électricité causée par un approvisionnement en charbon insuffisant et par le durcissement de la réglementation antipollution.

Les experts espèrent que l'Europe parviendra à réduire sa dépendance et appellent à la mise en place d'une véritable politique énergétique commune, surtout à l'heure où des relents de nationalisme énergétique commencent à poindre.

En Europe, alors que les centrales à charbon ferment une à une et que le gaz est parfois, comme chez nous, préféré au nucléaire comme énergie de transition, la demande n'est pas non plus près de se calmer. Pour le long terme, c'est donc du côté de l'offre que se placent les espoirs de rééquilibrage du marché. Là, les experts espèrent que l'Europe parviendra a réduire sa dépendance et appellent à la mise en place d'une véritable politique énergétique commune, surtout à l'heure où des relents de nationalisme énergétique commencent à poindre.

Le résumé

  • La flambée du prix du gaz continue et impacte toujours plus d'industriels et de particuliers.
  • Le phénomène s'explique par un déséquilibre entre l'offre et la demande, accentué par la reprise économique.
  • La situation n'est pas près de s'améliorer et pourrait empirer en cas d'hiver rigoureux.
  • Les experts appellent à la mise en place d'une politique énergétique européenne.

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