"Il faut un cadre pour le soutien aux centrales au gaz, on verra si on l'active" (Creg)

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Votez la loi-cadre sur le soutien aux centrales au gaz et voyez plus tard s’il faut vraiment l’activer, a déclaré en substance le régulateur fédéral du secteur de l’énergie au Parlement.

Au menu de la commission Economie de la Chambre mardi: la proposition de loi qui fixe le cadre nécessaire à la mise en place d’un système de soutien aux centrales au gaz. La ministre de l’Energie Marie Christine Marghem (MR) a fait du vote de ce texte une priorité. Car sans la mise en place de ce système de soutien, la Belgique risque de ne pas disposer de suffisamment d’électricité à l’horizon 2025.

"Ne rien faire n’est pas une option. Mais il faudra voir ensuite, s’il faut activer ce mécanisme."
Creg

La Creg, régulateur fédéral du secteur de l’énergie, auditionnée par les parlementaires, propose certaines améliorations à la proposition de loi qui est sur la table, et qui vise à créer un mécanisme de capacités, qui rémunère les centrales, mais aussi le stockage ou la gestion de la demande pour la capacité qu’elles apportent au marché. Elle pointe aussi une série de risques. Mais elle se montre favorable à l’adoption de cette loi-cadre. "Ne rien faire n’est pas une option. Mais il faudra voir ensuite, s’il faut activer ce mécanisme", explique-t-elle.

Le temps presse, puisque la première enchère est prévue le 31 mars 2021, pour fourniture de la capacité à partir du 1er novembre 2025. Cela nécessite un feu vert de la Commission européenne pour mi-2020, ce qui oblige à notifier officiellement l’ensemble du mécanisme – le texte de loi, mais aussi les arrêtés royaux et les règles de fonctionnement – d’ici quelques mois. Si la loi n’est pas votée avant la fin de la législature, c’est donc tout le système qui risque de tomber à eau.

Plus de 600 millions par an

La Creg a confirmé qu’elle estimait le coût de ce soutien à plus de 600 millions d’euros par an, alors que PwC l’avait estimé à 345 millions. Il s’agit en réalité des deux faces d’une même médaille. "PwC calcule un coût actualisé sur la base du coût moyen pondéré du capital, ce qui est le point de vue de l’investisseur, explique Andreas Tirez, directeur à la Creg. Nous utilisons le coût nominal, qui est le coût répercuté sur la facture des consommateurs."

La ministre Marghem avait balayé ce chiffre plus élevé, parlant d’initiative purement personnelle d’un directeur de la Creg. Koen Locquet, président faisant fonction, a confirmé hier que ses simulations étaient désormais officiellement endossées par la Creg. Sa fourchette d’estimation? 614 à 940 millions d’euros, dont il faut retirer 140 à 250 millions d’euros d’impact positif sur les prix.

Mais ce que dit aussi le régulateur, c’est que les besoins pourraient être moins importants que prévu. "Il y a aujourd’hui 4,8 GW de centrales au gaz existantes, souligne Andreas Tirez. Et elles sont de plus en plus rentables. Cela devrait encore s’améliorer en 2022 et 2023, avec la fermeture des premiers réacteurs. Ces centrales devraient donc rester sur le marché. Il ne resterait alors qu’un déficit de 900 MW et pour un faible nombre d’heures par an. Dans ce cas, on pourrait prendre une série d’autres mesures pour assurer la sécurité d’approvisionnement. Si par contre, une capacité nouvelle importante est nécessaire, on pourra activer le mécanisme."

Trouver une majorité

Reste à voir si la ministre Marghem trouvera une majorité pour faire adopter sa loi. Le soutien de la N-VA, très remontée sur la question du coût, semble exclu. Mais les autres partis, en s’abstenant ou en votant pour, pourraient permettre le vote du texte. "Si nous n’agissons pas, la sécurité d’approvisionnement du pays ne sera pas assurée, et nous aurons une situation de plus en plus délétère", a souligné la ministre. Les discussions se poursuivront en commission mardi prochain.

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