Jean-François Steels fait commerce des crédits carbone

Jean-François Steels

Un Belge est à la base du développement de l’activité de trading en carbone de la société suisse Mercuria.

Jean-François Steels a développé, à partir d’une feuille blanche, l’activité de trading en carbone de Mecuria. Originellement active dans le trading pétrolier, cette société basée en Suisse s’est progressivement diversifiée dans l’électricité, le gaz ou le charbon.

Jean-François Steels, de nationalité belge, travaillait auparavant au trading chez Electrabel. À l’automne 2007, il rejoint Mercuria Energy Trading, qui emploie aujourd’hui plus de 700 personnes dans le monde. Il développe d’abord les relations avec les fournisseurs de crédits carbone, souvent basés dans les pays émergents, qui ont investi dans des projets de réduction du CO2 et reçoivent ces crédits. Ensuite, il va voir les acheteurs des entreprises ou des pays, souvent européens, qui achètent ces crédits pour atteindre leurs objectifs de réduction de gaz à effet de serre. En 2009, Mercuria a ainsi été une des entreprises retenues par l’Etat belge dans le cadre d’un appel d’offres, pour lui fournir des crédits de CO2 pour 30 millions d’euros…

Le portefeuille de MGM

Par an, Mercuria traite environ 200 millions de tonnes de CO2, alors qu’il s’en échange 20 à 30 millions de tonnes par jour.

"Je suis aujourd’hui responsable d’une équipe de six personnes à Genève et deux en Chine, souligne Jean-François Steels, head of emission trading. À ces huit temps pleins, s’ajoutent des collègues en Amérique latine ou en Inde, qui entretiennent des relations avec une série de contreparties. Et plus important, nous avons finalisé au tout début novembre l’acquisition de MGM International."

Basée à Miami, cette société n’a rien à voir avec la Metro-Goldwyn-Mayer… Spécialisée dans le développement de projets de réduction des gaz à effet de serre, elle apporte à Mercuria un portefeuille de près de 100 projets dans 22 pays, allant de l’implantation d’un parc éolien à l’amélioration de l’efficience énergétique d’une raffinerie en passant par l’isolation d’un réseau de transport de gaz pour éviter les pertes de méthane.

Et MGM va pouvoir bénéficier des compétences de la société suisse en matière de commercialisation et de trading du CO2. "Le portefeuille de MGM a l’avantage d’être assez mature, explique Jean-François Steels. Il va générer pas mal de crédits d’ici la fin du protocole de Kyoto, en 2012, année au-delà de laquelle il existe une incertitude sur le type de crédits que l’Europe va accepter. Il est en outre bien diversifié en termes de technologies comme de pays. Et il ne comprend pas des crédits provenant du HFC-23, par exemple, fortement contestés."

Inversion du mécanisme des prix

D’autres grands acteurs du trading de CO2 ont fait de même, et acquis des sociétés actives dans le développement de projets de réduction de carbone: en 2009, JPMorgan a ainsi racheté l’Irlandais EcoSecurities, tandis qu’en juin dernier, Baclays jetait son dévolu sur le Suédois Tricorona.

En élargissant sa gamme de produits au CO2, un trader énergétique comme Mercuria peut évidemment enrichir sa palette et proposer aux pétroliers auxquels il achète du pétrole ou aux producteurs d’électricité à qui il vend du charbon des contrats supplémentaires. "Mais il y a une raison plus stratégique, ajoute Jean-François Steels. Aujourd’hui, le prix du CO2 évolue en fonction des prix du pétrole ou du gaz. Mais à terme, ces mécanismes de plafonnement et d’échange des émissions ont pour but de modifier les comportements. Ce sera alors le prix du CO2 qui influencera celui des autres ‘commodities’. Un prix très élevé de la tonne de CO2 fera en sorte qu’un producteur d’électricité aura tendance à utiliser du gaz plutôt que du charbon. Et cela aura un impact sur les flux d’énergies entre différentes régions du monde, certaines étant soumises à davantage de restrictions que d’autres. L’expertise en matière de CO2, c’est donc une expertise très importante à développer pour Mecuria."

Son plus grand souhait, que ce soit au sujet de Cancun ou des engagements de la Commission européenne pour l’après Kyoto? "Un maximum de clarifications, par exemple concernant le type de crédits qui seront acceptés de 2013 à 2020. Nous ne pouvons pas investir dans le noir."

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