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John Cockerill et le français Technip Energies créent un champion de l'hydrogène vert

John Cockerill est leader mondial dans la production d'électrolyseurs, avec environ 30% de parts de marché. ©John Cockerill

Le groupe d'ingénierie John Cockerill et le français Technip Energies annoncent la création de "Rely", une joint-venture dédiée à l'hydrogène vert. Objectif: devenir le one-stop-shop de référence européen et dépasser le milliard d'euros de chiffre d'affaires d'ici à 2030.

Le marché mondial de l'hydrogène vert (ou, au moins, faiblement carboné) se dessine peu à peu. Et pour répondre à l'appétit grandissant de l'industrie pour ces molécules tout en tenant bon face à la concurrence américaine et chinoise, le Vieux continent, terrifié par le spectre de la désindustrialisation, a besoin de nouveaux champions. Ce jeudi, c'est précisément en ce sens que le groupe d'ingénierie liégeois John Cockerill a annoncé se lier à son homologue français Technip Energies dans une joint-venture dédiée à l'hydrogène vert, baptisée "Rely".

"Rely sera le pont entre l'électron vert et la molécule verte utilisable par l'industrie."

Arnaud Pieton
CEO de Technip Energies
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"Il n'y a pas de doute quant au fait que l'hydrogène propre - quelle que soit sa couleur - va jouer un rôle demain pour décarboner le monde", lance Arnaud Pieton, CEO de Technip Energies. "Pour atteindre l'ambition de neutralité carbone d'ici à 2050, il faut faire tomber un certain nombre de barrières et trouver des associations qui nous permettent d'amener à échelle des solutions propres et de les rendre disponibles pour les industries", ajoute-t-il.

Expertises complémentaires

Ensemble, les deux partenaires espèrent se reposer sur la complémentarité de leurs expertises respectives - la fabrication d'électrolyseurs pour l'un, la gestion de projets énergétiques à grande échelle pour l'autre, afin de devenir une référence mondiale dans les projets liés aux molécules vertes, un incontournable pourvoyeur de solutions clés en main à l'industrie et, in fine, un champion du secteur naissant. "Rely sera le pont entre l'électron vert et la molécule verte utilisable par l'industrie", illustre Pieton.

Détenue à 60% par Technip Energies - qui est une ancienne division de la multinationale parapétrolière TechnipFMC, cotée séparément depuis 2021 - et à 40% par John Cockerill, la nouvelle entité sera basée en Belgique. Elle sera dirigée par Damien Eyriès de Technip Energies, accompagné par Jean Jouet, le CTO de John Cockerill qui portera la casquette de directeur de la technologie.

"Grand leader mondial"

Dès le départ, les ambitions sont au rendez-vous. Ensemble, John Cockerill et Technip Energies disent viser le milliard d'euros de chiffre d'affaires d'ici à 2030, en proposant "des solutions de bout en bout, depuis les services préalables à la décision d'investissement, y compris les conseils techniques et financiers, jusqu’à la fourniture de produits propriétaires, l'exécution du projet, l'exploitation et la maintenance". En clair, Rely a pour vocation de devenir un "one-stop-shop" de l'hydrogène vert et du power-to-X (c'est-à-dire la conversion d'électricité en un autre vecteur énergétique) pour l'industrie européenne d'abord, mondiale ensuite.

"Ce n'est pas une petite alliance. Nous avons pour vocation de devenir un très grand leader mondial."

François Michel
CEO de John Cockerill

Mais derrière, l'ambition est aussi de faire entrer le marché de l'hydrogène vert dans la phase suivante de son évolution. Toujours nettement plus chère que son équivalent fossile, la molécule verte a besoin d'être produite à grande échelle pour représenter une alternative crédible pour l'industrie. "Le but de Rely est de débloquer les freins qui existent encore à l'industrialisation et à la standardisation de l'hydrogène vert", pointe Pieton. François Michel, le patron de John Cockerill, approuve. "Ensemble, nous visons à travailler sur les très gros projets, les très grosses plateformes", dit-il. "Le cœur de l'hydrogène vert, c'est l'utilisation massifiée, avec des ordres de grandeur significatifs. Et pour développer des solutions à grande échelle d'hydrogène vert, un équipementier seul ou une ingénierie seule ne peut arriver que très difficilement à faire baisser les coûts", ajoute-t-il encore.

Aussi, l'objectif de l'alliance sera de (1) "dérisquer" les projets hydrogène à venir des industriels, (2) industrialiser de manière massive pour baisser les coûts, et (3) favoriser l'innovation à plus grande échelle. "Ce n'est pas une petite alliance. Nous avons pour vocation de devenir un très grand leader mondial", insiste François Michel. Concrètement, la coentreprise proposera des solutions standardisées à l'industrie pour des installations d'un minimum de 100 MW. "Rely ne s'intéressera qu'aux projets à grande échelle. C'est essentiel pour rendre l'hydrogène vert compétitif sur le marché", appuie Arnaud Pieton.

Electrolyseurs

Leader mondial dans la fabrication d'électrolyseurs avec environ 30% de parts de marché, John Cockerill conservera cette activité au sein de son pôle dédié. Par contre, dans le cadre de l'accord, il est prévu que la co-entreprise obtienne 10% des parts de la division en question, jusqu'ici détenue à 100% par John Cockerill (à son tour propriété du capitaine d'industrie français Bernard Serin).

Le Premier ministre Alexander De Croo nous confie avoir longuement discuté du sujet avec le président français Emmanuel Macron. ©BELGA

"John Cockerill Hydrogen devient le manufacturier de référence pour Rely. Cela soutiendra la croissance de Rely puisqu'il pourra bénéficier du premier réseau mondial de gigafactories. Si elle est privilégiée, cette relation n'est pas pour autant exclusive", précise François Michel, rappelant que le groupe est en train de construire 8 gigafactories d'électrolyseurs à travers le monde (Inde, Moyen-Orient, Afrique du Nord et États-Unis) avec le concours de partenaires locaux.

"À la fin de l'année, nous aurons une capacité de production d'hydrogène entre 2 et 3 GW, répartis entre l'Asie et l'Europe. D'ici à 2025-26, nous visons une capacité entre 8 et 10 GW", rappelle le patron. En Belgique, un projet de gigafactory est aussi dans les cartons, vraisemblablement en Province de Liège. Estimée à 100 millions d'euros, l'usine devrait bénéficier de fonds publics, à travers l'intervention du plan de relance et de plusieurs invests régionaux et fédéraux.

À quoi sert l'hydrogène?

Utilisé depuis longtemps dans l'industrie chimique (ammoniac et méthanol) et le raffinage de produits pétroliers, l'hydrogène connait aujourd'hui un nouvel essor, notamment parce qu'il peut être produit à partir d'électricité renouvelable. Ici, on parle de celui produit par électrolyse de l'eau, en utilisant de l'électricité d'origine renouvelable à la base du processus. Dans ce cas, il n'est plus question d'hydrogène gris (produit à partir de combustibles fossiles) ou bleu (couplé à de la capture carbone), mais bien d'hydrogène vert.

Aujourd'hui, la course à la décarbonation de l'économie donne la part belle à cette version et tend à en multiplier les applications. Gaz très réactif, il peut intervenir dans la production de nombreux matériaux, notamment dans l'industrie du verre, pour la fabrication de composants électroniques ou encore dans la métallurgie.

En outre, il constitue une solution de stockage de l'électricité excédentaire produite lorsque les unités de production tournent à plein régime, ce qui rend possible la reconversion de l'hydrogène produit en courant via la pile à combustible.

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Mais l'hydrogène pourrait aussi avoir un rôle à jouer dans les transports, en alimentant des piles à combustible produisant de l'électricité, ainsi que des trains, avions et autres véhicules, sans autre émission que de la vapeur d'eau.

Enfin, l'hydrogène peut-être combiné au gaz naturel ou au CO2 pour fabriquer des carburants alternatifs ou recréer du méthane (moins carboné si l'hydrogène est vert, donc.)

Un trophée pour De Croo

Dans le mariage John Cockerill-Technip Energies, les gouvernements belge et français ont joué les entremetteurs. "Cela fait un an qu'on est impliqué dans ce dossier en tant qu'autorité", nous a confié le Premier ministre, Alexander De Croo (Open Vld). "Pour nous, il était crucial que l'expertise unique de John Cockerill puisse être maintenue dans notre pays. Mais, pour l'industrialisation, il fallait lui trouver un partenaire", a-t-il poursuivi, indiquant avoir discuté longuement du sujet avec Emmanuel Macron.

Bien sûr, l'alliance du jour s'est formée sans intervention des États durant les négociations, mais Arnaud Piéton reconnait "que la France et la Belgique supportent la création de Rely". Pas de financements publics pour autant, "nous ne dépendons pas des États", assurent les deux patrons de concert. "On ne base pas notre stratégie de développement sur d'éventuels subsides ou aides", poursuivent-ils.

Construire le cadre

Pour le Premier ministre, la naissance de Rely constitue un joli trophée tant elle s'aligne sur les objectifs annoncés de la politique énergétique (et industrielle) menée par son gouvernement. "Notre rôle en tant qu'autorité est de s'assurer qu'il y ait un cadre pour la stratégie hydrogène à travers les différents niveaux de pouvoir et que les infrastructures suivent", a-t-il souligné.

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Stratégie fédérale hydrogène, Sommet de la Mer du Nord et objectifs rehaussés en matière d'éolien offshore sont ici vus comme autant de pièces essentielles à la construction d'un environnement propice à ce type d'initiative en Belgique. "Dans cette stratégie, on compte sur la création de pôles industriels autour de l'hydrogène dans les ports d'Anvers, de Gand, dans la Province de Liège, etc. Ce sont les pièces du puzzle qui nous aident à construire une nouvelle histoire industrielle cohérente. C'est une partie de la réponse à apporter à l'Inflation Reduction Act des États-Unis", a-t-il assuré.

Et pourquoi pas des investissements publics pour accélérer la cadence? "Je pense que cela peut jouer un rôle, mais uniquement quand cela apporte une réponse à quelque chose qui n'est pas possible d'un point de vue privé", nous a répondu le Premier ministre. "La création de Rely se fait entre deux entreprises privées. Notre rôle est surtout de bien positionner la Belgique et de faire des liens avec les autres pays."

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