L'après-Nethys au Congo, un héritage lourd à porter

Un ouvrier travaillant à l'installation de la ligne raccordant la centrale d'Ivugha à la ville de Beni. ©Fred Beard

Deux des trois fondateurs d’Energreen sont visés par la plainte de Nethys pour abus de biens sociaux, en référence à la saga EBI. Dialogue de sourds...

Le développement des projets d’électrification au Congo en partenariat avec Elicio (Nethys) et le trio d’investisseurs privés (Stéphane Moreau, Pierre Meyers, Marc Beyens) a été heurté de plein fouet par le déclenchement de l’affaire Publifin. La commission d’enquête s’est étonnée que de l’argent public soit investi via EBI en République démocratique du Congo et que ce projet mêle intérêts publics et privés. Pour couper court aux critiques, le conseil d’administration de Nethys a décidé en mars 2018 de racheter les parts des privés dans EBI à leur prix de souscription (et les créances à leur valeur nominale), pour un total de 3,1 millions d’euros. Puis, faute de trouver un autre repreneur, Nethys a revendu les actifs à STS (Filip Vanhoutte) en 2019 pour un euro symbolique plus l’engagement de ce dernier à rembourser pour 3,5 millions de créances. Enfin, à l’été dernier, la nouvelle direction de Nethys a décidé de porter plainte pour abus de biens sociaux à l’encontre de Stéphane Moreau, Pierre Meyers et Marc Beyens. Cette plainte se fonde notamment sur les conditions du rachat des parts des privés dans EBI en 2018. Nethys a d’ailleurs acté une réduction de valeur dans ses comptes 2019, qui montre que ses dirigeants ne croient pas au remboursement des 3,5 millions.

Arguments statutaires et financiers

Ces soupçons sont formellement démentis par Pierre Meyers et Marc Beyens. Ils arguent que la mission économique de 2015 réunissait toutes les intercommunales wallonnes de l’eau et de l’énergie au Congo sous l’égide de l’Awex et du ministre wallon Jean-Claude Marcourt : l’objectif était bien de les encourager à investir dans ces deux secteurs au Congo. L’objet social d’Elicio couvrait les activités de production et distribution d’énergie, y compris à l’étranger. L’objet social de Nethys, sa maison mère, incluait l’utilisation rationnelle de l’énergie et les partenariats public-privé. Et Elicio comme Nethys étaient des sociétés anonymes et non pas des sociétés chargées de missions d’intérêt public (comme Publifin).

Deuxième argument, le conseil de Nethys a décidé le rachat d’EBI en l’absence de Stéphane Moreau et Pierre Meyers (Marc Beyens n’était pas administrateur) : le premier ne participait pas à la réunion, le second s’était retiré lors de l’examen de ce point à l’ordre du jour parce qu’il avait un intérêt opposé de nature patrimoniale (article 523 du Code des sociétés) aux propositions - puisqu’il était actionnaire d’EBI. Les administrateurs ayant pris cette décision visée dans la plainte sont Bernard Jurion, Jean-François Cats, Charles Delloye, Marc Tinant, Jacques Tison, Olivier Servais et François Fornieri, ainsi qu’en atteste le PV de la séance.

Filip Vanhoutte a tout intérêt à rembourser le principal l’an prochain car Nethys détient un nantissement sur les 95% qu’il possède (que possède Energreen désormais) dans la société ENK qui opère et construit les centrales au Nord-Kivu.

Troisième argument, la dette de 3,5 millions due par Filip Vanhoutte doit être remboursée dans un an. L’entrepreneur vient de payer la deuxième annuité d’intérêts, et a tout intérêt à rembourser le principal l’an prochain car Nethys détient un nantissement sur les 95% qu’il possède (que possède Energreen désormais) dans la société ENK qui opère les centrales au Nord-Kivu : si Vanhoutte ne le fait pas, Nethys redeviendra propriétaire de tous ces actifs. Ce qui réduirait la valeur d’Evergreen à peu de choses.

Enfin, Pierre Meyers a proposé à deux reprises de racheter lui-même cette fameuse créance au prix de 3,5 millions, sans réponse de Nethys.

Crédit jugé optimiste

Interrogé quant au contenu de ces arguments, Renaud Witmeur, CEO de la nouvelle Nethys, nous répond qu’il trouve "optimiste" qu’on y accorde foi. A propos de la plainte de Nethys au pénal, il évoque "l’irrégularité de la comptabilité et des comptes de la société". Et ajoute que "c’est le principe même d’EBI et de la créance qui est dénoncé sur le plan pénal".

"C’est le principe même d’EBI et de la créance qui est dénoncé sur le plan pénal ."
Renaud Witmeur
CEO intérimaire, Nethys

Nethys soupçonne que les trois privés ont influencé son conseil d’administration de l’époque pour racheter leurs parts sans casse pour eux. Elle considère qu’EBi a agi avec légèreté dans toute cette affaire, au détriment d’Elicio et de Nethys, et elle doute du remboursement des 3,5 millions. Elle relève qu’elle aura déboursé au total 4,3 millions dans l’aventure, soit de toute façon 800.000 euros à perte. Plus étonnant, elle doute de la réalité des constructions de centrales en RDC. L’Echo n’est pas allé sur place, mais a visionné une vidéo qui montre le chantier d’Ivugha et l’arrivée du courant à Beni. La rédaction dispose aussi d’une lettre du gouvernement provincial du Nord-Kivu attestant de la mise en route de la centrale d’Ivugha en mai 2018, ainsi que d’un courrier du cabinet d‘avocats Liedekerke DRC à Kinshasa confirmant que ENK distribue du courant à 12.000 ménages.

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