L'Europe s'invite dans le divorce Areva-Siemens

La Commission européenne a lancé une enquête pour déterminer si l’accord de non-concurrence entre Areva et Siemens, conclu dans le cadre de la création de leur filiale Areva NP, respecte le droit européen.

Bruxelles (L’Echo) - Nouveau rebondissement dans le dossier d’Areva NP, l’ex-Framatome NP, une filiale d’Areva et de Siemens dont le groupe allemand veut sortir depuis début 2009. La Commission européenne a décidé mercredi d’ouvrir une enquête accélérée sur un pacte, resté longtemps secret, qui interdit aux deux entreprises de se concurrencer dans le secteur du nucléaire.

Pour le commissaire à la concurrence Joaquin Almunia, il s’agit déterminer si cet accord de non-concurrence est une entrave aux règles européennes sur les ententes et les abus de position dominante. "L’ouverture de la procédure simplifiée signifie qu’il y a matière à enquête, mais ne préjuge pas du résultat final de celle-ci", précise la Commission.

Siemens, pour sa part, est "satisfait de la décision de la Commission" qu’il a "sollicitée", a-t-il dit à L'Echo. C’est d’ailleurs la presse allemande qui a éventé une décision d’enquête que le Commissaire Almunia s’apprêtait à annoncer… jeudi. Areva annonce son intention de "collaborer".

Ce n’est pas la première fois que l’exécutif européen se penche sur le couple franco-allemand, puisqu’il avait donné sa bénédiction à l’accord de création d’Areva NP en 2001. Il doit, aujourd’hui, régler certains aspects de leur divorce.

NEGOCIATIONS DIFFICILES

Areva NP, dont Areva détient 66%, est spécialisé dans la conception et la construction de réacteurs nucléaires, dont le fameux EPR qui connaît de nombreux déboires. Pas moins de 2.000 employés de Siemens travaillent encore pour Areva NP. Le pacte de non-concurrence, révélé par Siemens, empêche les deux entreprises de se concurrencer dans certains secteurs d’activité liés au nucléaire pendant la durée de vie de leur joint venture et pendant huit ans après sa dissolution. 

Attiré par un partenariat avec le russe Rosatom et lassé par sa marge de manœuvre trop restreinte au sein d’Areva NP, Siemens veut désormais céder sa participation de 34%. Le groupe allemand veut évidement se défaire de la clause de non-concurrence. Areva, par contre, compte bien s’en prévaloir pour obtenir la part de Siemens à un bon prix. La vente doit être conclue pour le 30 janvier 2012. Le gardien de la concurrence n’est pas seul, puisqu’une cour d’arbitrage suisse a été saisie de l’affaire afin de régler le prix du rachat de la part de Siemens par Areva.

Les négociations s’annoncent âpres. Siemens espère en obtenir entre 2 et 3 milliards d’euros. Mais le groupe français a besoin d’argent frais pour financer ses activités. Son endettement net s’établissait au 31 décembre 2009 à 6,1 milliards et sera de 3 milliards après la cession de sa filiale T&D en 2010. Les 34% de Siemens dans Areva NP sont d’ailleurs inscrits dans la dette d’Areva.

Vincent Georis

 

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