carte blanche

L'hydrogène propre, une opportunité en or pour la Wallonie et Bruxelles

La Wallonie est stratégiquement positionnée pour devenir le prochain centre de déploiement de l'hydrogène[1] propre. Mais qu'est-ce que l'hydrogène propre ? En quoi est-il un facteur clé de la transition économique ? Et surtout, en quoi est-ce que la Wallonie a des cartes clés à jouer ?

L'hydrogène est aujourd'hui présenté comme une solution aux enjeux écologiques, celui-ci n'émettant pas de dioxyde de carbone lors de sa combustion. L'hydrogène est dit "propre" lorsqu'il est produit par une électrolyse alimentée par des énergies renouvelables (hydrogène "vert") ou lorsque sa production est combinée à des mesures limitant les émissions de carbone (hydrogène "bleu"). Il s'oppose ainsi à l'hydrogène dit "gris" qui est produit à base de combustibles fossiles qui génèrent du dioxyde de carbone. L'hydrogène propre réduit donc les émissions de CO2, tant lors de sa production que lors de son utilisation.

L'hydrogène est également prometteur en ce qu'il permet de s'appuyer sur les infrastructures existantes de production d'énergie verte, telles que l'éolien ou le solaire, en transformant l'énergie excédentaire en hydrogène par le biais d'une électrolyse. Il est en effet difficile de stocker l'énergie produite par ces sources étant donné leur nature intermittente. La production d'hydrogène peut cependant être utilisée pour transformer les surplus d'énergie renouvelable intermittente en une forme stable, qui peut être stockée, y compris sur une base saisonnière ou à long terme (power to gaz). L'hydrogène ainsi stocké peut ensuite être utilisé à des fins de mobilité ou être transformé en électricité (power to gaz to mobility ou power to gaz to electricity).

Intérêt politique

Cet intérêt pour l'hydrogène propre se reflète également au niveau politique. Début juillet 2020, la Commission européenne a publié, dans le cadre de l'European Green Deal, une stratégie visant à favoriser le développement de l'hydrogène et à le rendre compétitif face aux combustibles fossiles. Il n'existe pas encore de politique nationale belge, même si le nouvel accord de gouvernement fédéral mentionne le développement de l'hydrogène comme objectif pour la prochaine législature. Il faut également noter qu'une partie des fonds octroyés au fédéral en vertu de l'accord sur le plan de relance post-coronavirus servira à la construction d'une infrastructure de transport de l'hydrogène, en vue de la transition vers une économie "bas carbone".

"Le plan de relance post-coronavirus wallon fait par ailleurs une belle place au développement de l'hydrogène vert."
Patrice Viaene
Senior Associate Clifford Chance LLP

Les régions ont été plus proactives. Le nouveau gouvernement wallon a en effet affirmé à plusieurs reprises sa volonté de soutenir le développement de l'hydrogène propre. La Wallonie est ainsi à la source de projets tels que la construction, à Charleroi, d'une station de production sur la base de l'énergie générée par l'incinération des déchets carolorégiens. Cet hydrogène alimente ensuite la flotte locale de bus.

La Wallonie a également investi dans un projet porté par Liège Airport et l'entreprise John Cockerill, visant à construire une station de transformation de l'électricité produite par des panneaux photovoltaïques en hydrogène pour alimenter les véhicules de l'aéroport et les entreprises locales intéressées, créant ainsi un hydrogen cluster. Le plan de relance post-coronavirus wallon fait par ailleurs une belle place au développement de l'hydrogène vert. En effet, c'est un peu plus de 160 millions d'euros que la Wallonie souhaiterait investir dans le déploiement d'une filière wallonne de l'hydrogène.

Géographie idéale

Le développement de l'hydrogène implique nécessairement des défis. Cela nécessite en effet une expansion de l'électrolyse, ce qui entrainera un coût non négligeable. Un accès au financement de dette est donc requis mais celui-ci suppose plus de certitudes quant à cette technologie. Une augmentation des installations productrices d'énergies renouvelables, qui est la base de la production de l'hydrogène vert, sera également nécessaire.

"Le train de l'hydrogène propre est donc en gare et la Wallonie et Bruxelles n'ont qu'à monter à bord pour devenir la prochaine hydrogen valley."
Patrice Viaene
Senior Associate Clifford Chance LLP

L'hydrogène a donc énormément de potentiel et son développement peut être accéléré par le monde politique, notamment via la mise en place d'autres projets pilotes tels que les stations de production de Charleroi et Liège. La Wallonie et Bruxelles ne sont pas les seules entités à pouvoir agir (car l'UE et l'autorité fédérale ont aussi des compétences importantes à cet égard), mais elles sont idéalement placées au centre du corridor logistique reliant Londres au nord de l'Italie et bénéficient de l'opportunité d'être des précurseurs en la matière. Ces régions peuvent par exemple :

  • Apporter un soutien financier aux projets relatifs à l’hydrogène propre;
  • Travailler sur la compatibilité des réseaux de distribution avec le réseau de transport en matière d’hydrogène;
  • Faciliter la procédure d’obtention de permis;
  • Mettre en place des zones de basses émissions pour créer un attrait envers les formules limitant les émissions de CO2, comme l’hydrogène.

Le train de l'hydrogène propre est donc en gare et la Wallonie et Bruxelles n'ont qu'à monter à bord pour devenir la prochaine hydrogen valley.

Patrice Viaene
Senior Associate Clifford Chance LLP

[1] Même si le terme hydrogène est très largement répandu dans le langage courant, il est en réalité question de dihydrogène (H2). Dans cet article, hydrogène signifie dihydrogène.

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