La Belgique a besoin de centrales électriques pour 30 milliards d'euros

Dans le scénario d’un prix du CO2 élevé, les centrales au charbon feraient leur retour, couplées à des techniques de capture du CO2. ©REUTERS

Pour répondre à la demande d’électricité en 2025, il va falloir investir 14 à 31 milliards d’euros dans de nouvelles installations de production d’électricité, estime le consultant spécialisé en énergie Sia Partners.

L’automne dernier, le Bureau du Plan avait chiffré à 62 milliards d’euros le montant des investissements nécessaires dans de nouvelles centrales d’ici 2050, dont 31 milliards d’ici 2030.

"Notre modèle se base davantage sur les technologies, alors que le Bureau du Plan part plutôt des aspects régulatoires, note Jean Trzincski, senior manager chez Sia. Nous n’avons pas ces contraintes. Une autre grosse différence, c’est que nous considérons que le prix du CO2 va être un élément structurant du futur mix énergétique, alors qu’eux le considèrent comme une conséquence."

"Les politiques doivent être conscients des montants colossaux des investissements nécessaires."
Jean Trzcinski
Senior manager chez Sia Partners


Sia anticipe une quasi-stabilité de la demande d’ici 2025. Il prévoit en effet que deux effets vont se neutraliser. D’une part, la société va s’électrifier, suite au développement de l’air conditionné et des pompes à chaleur, à la multiplication des appareils électroniques ou à l’essor des voitures électriques. Mais d’autre part, Sia estime que les efforts d’efficacité énergétique devraient porter leurs fruits, et que le développement de la gestion de la demande va permettre d’effacer une partie des pics de consommation. Résultat: ces pics devraient se monter à un peu plus de 14.100 MW en 2025, contre 13.700 en 2014, qui a été l’année la plus chaude jamais mesurée.

©REUTERS

Toutefois, les capacités de production existantes n’y suffiront pas: elles pourraient tomber à un minimum de 15.200 MW, au lieu de 19.400 MW actuellement, avec la sortie du nucléaire et la fermeture pour cause de non-rentabilité des centrales au gaz. Et ces capacités ne sont pas toutes disponibles 100% du temps, ce qui conduit à un "gap" entre l’offre et la demande.

Il va donc falloir procéder à de nouveaux investissements. "Une des grosses incertitudes, c’est de savoir quel va être le développement des énergies renouvelables, puisqu’aucun engagement n’a encore été pris pour l’après 2020", note Jean Trzcinski. L’étude mise donc sur deux scénarios.

Le premier scénario suppose un prix du CO2 de 6,5 euros la tonne. Dans ce cas, les besoins d’investissement d’ici 2025 atteignent 14 milliards d’euros, pour disposer d’une capacité de production totale d’un peu plus de 20.000 MW, couplée à des importations de 1.600 MW — un quart de la capacité attendue à l’horizon 2025.

Dans ce premier scénario, ce sont les centrales au gaz qui jouent les vedettes, venant en complément des énergies renouvelables. Des renouvelables dont le développement se limite à répondre aux objectifs 2020 pour la Belgique.

©MEDIAFIN

Le "mix de production idéal" est calculé sur base des contraintes de chaque technologie — par exemple sa capacité à démarrer rapidement — mais aussi et surtout sur base de son coût annuel total, que ce soit en termes d’investissements ou de coûts opérationnels et de maintenance.

Dans le deuxième scénario, où le prix de la tonne de CO2 grimpe à 35,4 euros, les besoins en investissements dans de nouvelles capacités de production atteignent 31 milliards d’euros, avec une capacité totale de plus de 24.000 MW, dont une part plus importante de renouvelables. "Il est probable qu’on sera proche du haut de la fourchette. Le deuxième scénario est en effet plus réaliste, parce que l’Europe a l’ambition de changer sa politique en matière de carbone",commente Jean Trzcinski.

Dans ce scénario, le mix de production idéal est tout à fait différent. Le prix élevé du CO2 pousse le développement de l’éolien terrestre, dont les coûts opérationnels sont plus réduits que ceux de l’éolien en mer. Le solaire, par contre, ne progresse guère: il n’y aurait guère de potentiel économiquement intéressant au-delà des capacités déjà installées.

Sia ne table pas non plus sur davantage d’investissements dans la biomasse, partant de l’hypothèse que les nouvelles centrales n’auront plus droit aux certificats verts. Il prévoit par contre dans ce scénario de prix du CO2 élevé moins de centrales au gaz, et la construction de nouvelles centrales au charbon, couplées à des technologies de capture et de stockage du CO2. "C’est la technologie qui permet dans ce scénario de répondre aux fluctuations de la demande au coût le moins élevé", souligne Jean Trzcinski. À noter que dans les deux cas de figure, Sia mise sur 450 MW de capacités hydroélectriques supplémentaires — soit dans l’atoll énergétique, soit dans Coo 3.

Reste à voir si des investissements de cette taille, pour lesquels les décisions doivent être prises rapidement, pourront être réalisés sans soutiens publics… "C’est une très bonne question, répond Jean Trzcinski. Les politiques doivent être conscients des montants colossaux nécessaires, et s’efforcer de supprimer les barrières à ces investissements, en particulier les changements régulatoires trop fréquents."

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